Pour toute organisation patronale, le rapprochement du politique et de l'économique constitue un enjeu majeur, d'autant plus en période pré-électorale. Non pas "pour servir la soupe", comme le précisait Philippe Renaudi en juin dernier lors de sa prise de fonction à la tête de l'Union pour l'entreprise (UPE) 06 - qui fédère le Medef 06 et la CPME 06 - mais "pour mettre le doigt là où nous avons mal (...) afin de trouver ensemble des solutions". Du lobbying, en somme, qui sous l'ère Grosso avait pris la forme d'un "Vis ma vie" où élus et dirigeants échangeaient leur casquette le temps d'une journée pour prendre la mesure des problématiques de chacun. Philippe Renaudi, lui, a opté pour un format plus traditionnel, plus collectif aussi, avec les Premières Rencontres Economiques Territoriales : soit trois tables rondes thématiques, une quarantaine de chefs d'entreprise et un élu pour une matinée de dialogue sur les enjeux économiques du département.
Louis Nègre ouvre le bal
Et c'est Louis Nègre, sénateur-maire de Cagnes-sur-Mer et vice-président de la Métropole Nice Côte d'Azur qui a ouvert le bal le 16 janvier pour le bassin ouest-métropolitain sur les thèmes du numérique, du commerce de proximité et du transport. Un sujet qu'il connaît bien, lui qui co-préside le groupe de travail "Mobilités et Transports" du Sénat et plaide pour consacrer 2% du PIB aux infrastructures et transports, "un des points forts de l'attractivité économique de notre pays qui se délite faute d'investissement". Lui dont la commune, aussi, se situe sur un axe de l'A8 emprunté quotidiennement par 136.000 véhicules. Et l'élu de prôner, pour décongestionner le réseau routier et autoroutier, le développement du transport collectif.
Incohérences
Un constat partagé par les dirigeants azuréens présents qui n'ont toutefois pas manqué de souligner leur absence de toutes les instances décisionnelles sur le sujet alors qu'ils en constituent, au travers du versement transport, les principaux financeurs. Première incohérence soulignée, suivie par beaucoup d'autres dont le manque de transports collectifs desservant les zones industrielles, qui plus est aux horaires inadaptées pour les entreprises travaillant en 2 fois 8. « Cela concerne environ 3000 personnes sur Carros », avance Henri-Philippe Lepage (Malongo). Même constat pour le représentant de Cap 3000, qui souligne la difficulté des enseignes à recruter faute d'horaires de transports correspondant à la fermeture des boutiques (21h) et au travail du dimanche. Une problématique appelée à s'intensifier une fois la rénovation du centre commercial achevée. Cap 3000 accueillera alors 3600 salariés, soit 1400 de plus qu'aujourd'hui. Et autant de voitures ?
Solutions multiples
« Il n'existe pas de solution unique », plaide pour sa part Pascal Nicoletti, élu à la CCI Nice Côte d'Azur. L'homme milite pour multiplier les expérimentations ("covoiturage, voie réservée sur autoroute, péage différentiel...") sans toutefois s'affranchir d'un réseau ferroviaire renforcé. Et l'on reparle de la Nouvelle Ligne Provence Côte d'Azur, projet structurant capital mais qui réveille des querelles de chapelles faisant craindre un retard à l'allumage. « Le risque serait de perdre les lignes de crédits affectées », prévient Louis Nègre. Soit 4 milliards d'euros pour les Alpes-Maritimes. Henri-Philippe Lepage reprend, lui, une proposition de Christian Estrosi alors président du Conseil Général, à savoir la transformation du train des Pignes en tramway, raccordé à la Ligne 2 niçoise.
« Vos interrogations sont audibles, on va dans le même sens », assure Louis Nègre qui, en guise de conclusion, invite l'UPE à rédiger une synthèse des débats qu'il transmettra aux autorités compétentes, de la Métropole à la préfecture. « Vous avez mis l'accent sur des retards, des priorités à faire évoluer en termes de transport, de fracture numérique et de revitalisation des commerces de proximité. Vous avez mon soutien ». Reste à savoir s'il sera suivi d'effet.