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Comment les propriétaires de Nerys Group ont cédé l’entreprise à leurs salariés
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Comment les propriétaires de Nerys Group ont cédé l’entreprise à leurs salariés

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Une vingtaine d’employés de la holding Nerys Group, spécialiste des essais et des systèmes de mesures dans la défense, l’énergie et l’automobile notamment, ont repris 100 % du capital. Il aura fallu trois ans et le franchissement de quelques obstacles pour réussir le passage de flambeau entre les salariés et les fondateurs de l’entreprise implantée à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône et dans les Alpes-Maritimes.

L’équipe de Nerys dirigée désormais pas Luc Desruelle et Sylvain Bistagne (au centre) — Photo : © François Moura Photographe Aute

La transmission d’une entreprise n’est jamais une mince affaire. Parfois, elle marque le début de la fin. Pour Nerys Group, ce sera une nouvelle ère. La société, en pointe dans la conception de solutions de tests et mesures dédiées aux industriels et chercheurs, a en effet choisi une voie peu banale pour succéder à ses fondateurs. Ayant son siège social à Gardanne (Bouches-du-Rhône), cette holding lancée en 2022 en intégrant les PME Nerys (fondée en 2007), Mesulog (créée en 2000) et depuis peu Nerys Group Services, est désormais totalement détenue par ses salariés.

Ne pas briser la dynamique existante

L’idée a germé il y a trois ans de l’esprit des trois instigateurs de l’entreprise, particulièrement celui de Caroline Couvert, la dernière en poste. "Deux étaient à la retraite. Il fallait préparer les choses, je savais qu’à un moment j’allais m’arrêter moi aussi, confie-t-elle. Ça avait du sens pour nous que les salariés portent le fruit de ce qu’ils avaient créé ensemble. Ils sont très attachés à cette société et nous ne voulions pas briser la dynamique. Il aurait été très différent de vendre à l’extérieur."

Très vite, le projet plaît en interne. Encore faut-il convaincre les personnels, des ingénieurs, des techniciens et des personnels administratifs, de la faisabilité de la démarche. Être associé est une chose. Mais diriger, représenter et réaliser les choix stratégiques fait peur aux troupes. "Il y avait une inquiétude sur ces points et pas vraiment de leader qui se détachait", explique Caroline Couvert.

Lever les doutes

La solution est venue avec la montée en puissance de Luc Desruelle, un taulier de Mesulog, expert en développement logiciel et Sylvain Bistagne, spécialiste en management et en conduite de changement "qui avait accompagné Nerys durant de longues années", détaille un communiqué. Ce duo, prêt à prendre les rênes de la société nouvelle génération, a porté le plan et travaillé à lever les doutes, favorisant une transition en douceur. "Tous avaient envie mais passer de "je vis de mon travail" à "je suis acteur de mon travail" est différent. Il a donc fallu créer les ingrédients nécessaires et rassurer", dit Luc Desruelle, aujourd’hui président de Nerys Group et directeur de Mesulog. Une partie des salariés déjà actionnaires "Moi je suis juste un ingénieur, nous avons été accompagnés par des spécialistes, notre banque BNP Paribas nous a aussi vraiment aidés, détaille-t-il. Certains salariés possédaient déjà 25 % de l’entreprise. Sans ça, nous n’aurions pas pu reprendre les 75 % restants." "Pour nous, ce qui a été le plus long c’est de passer de "on a envie de le faire" à "on le fait" avec des éléments concrets. Il a fallu un an de travail d’activation avant le montage final", ajoute Sylvain Bistagne, désormais directeur de Nerys et directeur général de Nerys Group. "Du pain béni" pour les clients Une fois tout calé, le rachat des parts des fondateurs, pour un montant non communiqué, au sein d’une SAS, a suscité un véritable enthousiasme selon Luc Desruelle : "le seuil défini a été atteint en quelques minutes, il y avait beaucoup de demande, certains ont même craint de ne pas pouvoir obtenir tout ce qu’ils voulaient acquérir." Depuis le 1er février et la clôture de l’opération, 16 des 19 salariés sont associés, "hormis les cinq alternants" de l’entreprise. Pour les dividendes sonnants et trébuchants, "ce ne sera pas pour tout de suite car c’est une PME, il y a eu des endettements à faire notamment", indiquent les anciens et nouveaux dirigeants, préférant mettre en avant le fait que les équipes "travaillent sur les projets qu’elles voulaient réaliser, sont actrices de leur boîte et ont pris la main". "Je vois des gens qui aiment encore plus leur entreprise. Ils s’autorisent plus d’initiatives. Le fait d’avoir une partie des clefs du camion permet de prendre sa place plus aisément" Luc Desruelle, nouveau président de Nerys Group Suffisant pour rassurer les clients ? Assurément, affirme Caroline Couvert : "les techniciens sont en lien directs avec eux. Quelque part c’est du pain béni pour eux puisque s’il y avait eu un repreneur extérieur, celui-ci aurait peut-être décidé des orientations différentes, avec le risque d’une fuite des experts techniques, voire de savoir-faire…"

La Défense en ligne de mire

Porté par cette "dynamique", "sans faire de révolution dans le management", Nerys Group vise aujourd’hui une nouvelle phase de son développement grâce à ses bancs d’essai et ses logiciels dédiés aux tests et à la mesure. Cette structure, capable de scruter sous toutes les coutures le fonctionnement des produits (comme s’ils étaient utilisés en situation réelle) d’Airbus Helicopters, Ariane Group, Valeo, de l’Armée de l’air, Framatome, STMicroelectronics, Radiall ou AMD pour ne citer qu’eux, ambitionne, parmi d’autres projets, de faire mieux encore dans le secteur de la défense appelé à grandir toujours plus au regard du contexte international. "Si on veut exister, on doit rester actif dans ce domaine", confirme Sylvain Bistagne.

Les clefs du camion

Nerys a contribué à la mise au point, par SBM Offshore, d’un banc de test d’étanchéité de têtes d’injection qui collectent du pétrole offshore à partir d’unités flottantes, généralement des bateaux — Photo : DR

"Un supplément d’âme"

"Il est vrai que cela a libéré les énergies, opine Sylvain Bistagne. Le fait d’être salarié-associé favorise le dépassement de fonction et créé une communauté de destin, en donnant un petit supplément d’âme."
Une motivation qui sera sans doute capitale à l’avenir. En 2024, Nerys Group a annoncé 2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour la suite, vaste programme en vue : "On souhaite notamment rester des sous-traitants de rang 1 auprès de gros donneurs d’ordre et agrandir nos carnets d’adresses, annonce Sylvain Bistagne. Il faudra continuer à rester au niveau tout en continuant à nous développer sur d’autres secteurs d’activité."

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