Depuis leur atelier rénové, les dix salariés d'Aéro XV ont une vue de choix : la chaîne d'assemblage du gros porteur Airbus A330, sur le site de Colomiers (Haute-Garonne)... Un emplacement voulu, à deux pas du géant de l'aéronautique, le premier à avoir passé commande à cette petite société pas forcément comme les autres. À l'origine, un seul actionnaire : l'Apeihsat, l'association des parents d'enfants inadaptés et handicapés de la société Airbus Toulouse, présidée par Bruno Spitz, qui chapeaute six établissements accueillant des adultes en situation de handicap. Dont l'ESAT Saint-Exupéry, à Colomiers, où 55 salariés produisent des pièces aéronautiques. « Avec la hausse des cadences de l'A320, et le fait qu'on ne peut pas facilement augmenter ce nombre d'employés, nous avons voulu créer une entreprise adaptée (entreprise en milieu ordinaire employant majoritairement des travailleurs handicapés, ndlr) », raconte Daniel Innocente, ancien directeur des achats chez Airbus puis Aerolia et président d'Aéro XV.
Capital de 236 000 euros
Cette dernière est donc créée en juillet 2015, et, pour impliquer les industriels, Daniel Innocente se rapproche de certains d'entre eux pour les faire monter au capital. Résultat : 21 entreprises actionnaires (ACE Management, WeAre, Nexteam, STTS, Lauak, Sotip...) et trois actionnaires (personnes physiques), qui ont fait grimper le capital à 236.000 euros. L'Apeihsat reste majoritaire avec 51 %. La nouvelle société, certifiée entreprise adaptée en avril 2016, a commencé sa production le même mois, dans un local de 600 mètres carré modernisé et réaménagé, notamment par des bénévoles. Airbus et Stelia ont donné du matériel : établis, outillages, bureaux... « Airbus nous a donné notre premier contrat (sur quatre ans) : le nettoyage des tapis de protection du plancher des programmes A380, A350 et A330 », déclare le président, qui discute aujourd'hui avec l'école d'ingénieurs Icam pour fabriquer une machine qui nettoierait ces tapis des deux côtés de manière automatique. D'autres commandes ont été passées par Lauak, Mecahers-Mecachrome, Tiso, M-Tech, Aviacomp, Sud Aero et WeAre (tous actionnaires) : finition de pièces, alésage, fabrication de petits outillages...
Dix salariés (bientôt 12) ont été recrutés principalement via Cap Emploi, l'objectif étant d'atteindre les 30 employés dans deux ans. La difficulté ? « Encadrer le personnel, s'organiser pour servir nos clients comme un vrai industriel. Il y a là un défi logistique et de qualité. » Un premier chiffre d'affaires est prévu autour de 500.000 euros, puis 1 million en 2017 et 1,5 million en 2018.