Derrière une timidité apparente, sans doute exacerbée par la réserve et la discrétion qu'exige sa fonction, Claude Mouquin est un homme de caractère. Un caractère forgé à la rigueur des monts jurassiens dans lesquels le directeur de la Banque de France du Haut-Rhin a grandi. Lorsqu'il est amené à se dévoiler un peu, plusieurs mots reviennent régulièrement dans la conversation: fidélité, loyauté, pragmatisme, confiance, discrétion... Autant de qualificatifs qui définissent parfaitement l'homme, son engagement et sa vision de la relation de travail. Il va sans dire qu'il n'en attend pas moins de ses interlocuteurs. En interne comme à l'extérieur. Attention, il ne s'agit pas là d'aveux de faiblesse: «Si effectivement dans le cadre de mon travail je recherche le consensus, je n'accepte pas le consensus mou!», prévient le responsable. Avant de poursuivre: «je recherche avant tout l'adhésion des gens à la stratégie et aux valeurs de la Banque, dans le sens desquelles va ma conviction». Loyauté...
«On apprend beaucoup auprès des patrons»
Homme d'échanges, «boulimique de découvertes» ainsi qu'il se décrit, Claude Mouquin a, depuis 1986, noué de nombreux contacts avec le secteur privé. Développant par la même occasion une forte sensibilité aux problématiques rencontrées par les entreprises. La récente déconfiture du moutardier Amora qu'il a bien connu à Dijon, l'a «marqué», reconnaît-il. «On apprend toujours beaucoup auprès des patrons», concède le dirigeant, «et j'espère leur rétrocéder un peu de ce qu'ils m'apportent». Humilité... De fait, ce passionné de chiffres, qui se destinait initialement à l'enseignement de l'économie, a appris à s'intéresser aux idées et aux business sans lesquels l'entreprise n'existerait pas. S'il admet avoir moins de temps pour le faire, Claude Mouquin ne manque pas une occasion pour aller, sur le terrain, à la découverte de ces sociétés. Ne serait-ce que pour se faire une idée précise de leur situation et émettre les recommandations les plus justes possibles, en phase avec la réalité. Crédibilité... Ces nombreux contacts ont parfois pu lui donner l'occasion de rejoindre le secteur privé. Mais il n'a jamais voulu trahir une institution qui lui a permis de gravir les échelons, faisant de son parcours un modèle de l'ascenseur social. Fidélité...
Le «bon sens paysan» pour arme
Sa casquette de directeur de la Banque de France lui vaut aujourd'hui le costume médiatisé de médiateur du crédit. Fils de la terre, c'est armé de ce qu'il appelle un certain "bon sens paysan" qu'il fait l'interface entre des banquiers devenus trop prudents et des chefs d'entreprises aux comptes en banque parfois exsangues. Au risque (calculé?) de déconcerter, parfois. Mais il s'agit avant tout d'un rôle de plus pour lui, qui se nourrit d'expériences. Tels ces jobs d'été qu'il a enchaînés, jeune, pour financer ses études: notamment l'animation et la direction de centres de vacances pour enfants difficiles. «C'est là que j'ai découvert ce qu'était l'animation d'une équipe, la satisfaction d'obtenir des résultats avec les gamins», explique Claude Mouquin. Quant au seul rôle qu'il n'a pas joué, le destin en ayant décidé autrement, celui-là même qui semblait être sa raison d'être, celui de professeur, il ne le regrette finalement pas aujourd'hui. «La Banque m'a apporté beaucoup de choses intéressantes, elle m'a permis de découvrir des métiers», reconnaît-il. Son empathie et son engagement lui ont aussi permis de se construire, au sein de l'institution, une carrière faite de rencontres, d'échanges et d'accompagnement des autres. Tout ce qu'il aime.
D'un naturel plutôt discret, le directeur de la Banque de France du Haut-Rhin a endossé fin 2008 le costume de médiateur du crédit. Un rôle que ce passionné du monde des entreprises, «boulimique d'échanges et de découvertes» ainsi qu'il se décrit, a pris à bras-le-corps.
Philippe Armengaud