Christophe Bonduelle : «Bien financer ses stocks »

Christophe Bonduelle : «Bien financer ses stocks »

La notoriété du groupe Bonduelle n'est plus à démontrer sur le territoire national. Depuis ces dix dernières années, l'agro-industriel nordiste enregistre aussi une forte croissance externe à l'international: Canada, Europe de l'Ouest et de l'Est ou encore Amérique latine. Le 1eravril, il vient aussi d'intégrer à 100% l'entreprise France Champignon. Un retour en France septans après la dernière acquisition du groupe en Bretagne avec Caugant. Christophe Bonduelle, P-dg du groupe, revient également sur la croissance enregistrée cette année. Propos recueillis par Thomas Baume



Dans un contexte difficile, qu'est-ce qui explique aujourd'hui que le groupe Bonduelle enregistre une hausse de CA au premier semestre de+3,5%?


Dans cette progression, il y a eu à la fois de la croissance interne et externe au Canada, en France ou encore en Belgique. Nous avons aussi 15% de croissance du résultat opérationnel en euro constant et 10% en euro courant. Les marchés sur lesquels nous nous situons ne sont pas dynamiques tant en conserve, en surgelé et tant à l'Ouest qu'à l'Est. Nous arrivons cependant à gagner des parts de marché. En ce qui concerne notre résultat, nous avons attaqué tout le bas du compte d'exploitation depuis un an et demi. Ce grand plan, que l'on appelle en interne plan de compétitivité durable, consiste à tailler dans les frais généraux, de structure. On s'était fixé en trois ans de faire une économie annuelle de 30M€. À fin décembre2009, on en est à 16M€. Le déficit de marge commerciale a ainsi été compensé par ce plan de compétitivité et par le gain de parts de marché.




Votre croissance externe a été principalement portée par l'international. Cependant, vous venez d'acquérir au niveau national l'entreprise France Champignon. Qu'attendez-vous de cette acquisition?


C'est vrai que notre croissance externe est et sera portée par des acquisitions à l'international. Cela faisait 7 ans, depuis l'acquisition de l'entreprise Caugant dans le Finistère, que nous n'avions pas enregistré une opération de rachat en France. En matière logistique, il n'est pas excessivement compliqué d'additionner des boîtes de petits pois et des boîtes de champignons. C'est une entreprise qui pèse 200M? de CA, 1.500 personnes, 6 usines, nous devons les intégrer. Cette 8e filiale du groupe, officielle depuis le 1eravril, va aussi avoir beaucoup de passerelles avec les autres filiales.








En temps de crise on a eu la fâcheuse habitude de mettre les patrons de PME d'un côté et ceux des grands groupes de l'autre. Comment vous positionnez-vous?


Aujourd'hui, je ne sais pas à quelle catégorie nous appartenons. Il y a une nouvelle définition d'entreprise en France qui s'appelle l'ETI (entreprise de taille intermédiaire) à laquelle nous n'appartenons pas. Il paraît que l'on est trop grand pour ça. On n'est plus une PME, ni une ETI. Cela veut donc dire que nous appartenons par défaut au groupe des grandes entreprises. Pourtant, je pense qu'une entreprise qui fait 1,5Md€ de CA et une autre qui en fait 50Md€ ne jouent pas dans la même cour. J'avoue aussi que je préférerais être taxé de PME. Par les temps qui courent, elles ont plutôt meilleure presse que les grandes entreprises. Non, réellement, il y a des différences énormes entre nous et des groupes comme Total ou Accor. Étant une entreprise familiale, nous sommes d'un point de vue culturel dans le camp des PME. Sachant en plus, que dans notre métier nous sommes atypiques. Les PME sont souvent spécialisées dans les marques distributeurs et les grands groupes sur leur marque forte et nous, nous faisons les deux (40% de MDD). Ne respectant pas les seuils, cela ne nous donne pas droit à des subventions Oséo. En même temps nous ne sommes pas suffisamment grands pour faire du lobbying dans les ministères. Cependant, on arrive quand même à s'en sortir avec nos petits bras!




La crise peut-elle aussi apporter des opportunités dans l'agroalimentaire?


Dès le début de la crise, j'ai dit qu'elle allait créer des opportunités pour Bonduelle. Nous sommes dans un métier très lourd en financement. Nous devons financer nos stocks car on n'a pas trouvé le moyen, sauf au Brésil, d'aller faire pousser des petits pois en plein mois de janvier. À fin juillet, on a un an de stock de petits pois. Il faut donc financer ces stocks. Des gens qui n'auraient pas reclassé leurs dettes ou ayant subi le moindre avatar, voudraient jeter l'éponge. Pour autant, pour saisir ces opportunités encore faut-il avoir les ressources financières et les ressources humaines suffisantes. On parle souvent de finances et moins souvent d'hommes, c'est cependant l'addition des deux qui permet de saisir ces fameuses opportunités. Ça a été le cas avec France Champignon. Il y a, pour ne rien cacher, en permanence chez nous 3-4 dossiers d'acquisitions.




Y a-t-il eu un cap de passé au niveau de vos effectifs avec l'intégration de France Champignon?

Avec l'intégration de France champignon, en saison on sera 10.000ETP. Cela fera 25 ans que je suis chez Bonduelle, il n'y a pas un an où on n'a pas franchi un palier. Si je reviens une vingtaine d'années en arrière, notre premier congrès de l'encadrement rassemblait 90 personnes. À l'heure actuelle, il y a plus de 1.000cadres dans l'entreprise. Je suis, aujourd'hui, dans l'impossibilité de connaître tous les cadres mais je ne sais pas précisément quand nous avons franchi cette étape.