C'est avec un certain humour, et une étonnante autodérision, que Christine Prat revient sur les motivations qui l'ont poussée, il y a 27 ans, à créer CTM Inox, une petite entreprise de chaudronnerie basée à Saint-Victor-sur-Rhins. «J'avais pensé être avocate mais je me suis rapidement tournée vers le secrétariat... Après un BTS secrétariat de direction, j'ai été recrutée par l'entreprise de chaudronnerie Satis. 4 ans plus tard, l'entreprise déposait le bilan. Comme je m'occupais de l'administratif, j'étais en contact direct avec l'administrateur judiciaire. Je ne sais pas pourquoi mais un beau jour, il m'a proposé de m'associer avec le chef d'atelier, Robert Diaz, pour reprendre la boîte».
80% d'inconscience
Le sourire facile et la langue de bois remisée au placard, elle poursuit: «J'en ai parlé un peu autour de moi, je n'ai pas été particulièrement soutenue mais je me suis lancée quand même en faisant un prêt personnel pour financer ma part du capital. J'avais 24 ans, je crois qu'il y avait au moins 80% d'inconscience dans cette décision. Les 20% restants, c'était la motivation de ne pas avoir à recevoir d'ordres d'un nouveau patron, je déteste ça... La preuve, même les consignes des recettes de cuisine, je ne parviens pas à les suivre...». En 1982, elle reprend donc, avec son associé, le matériel de Satis et repart avec 3 salariés en orientant immédiatement la nouvelle structure vers la chaudronnerie inox. Malgré ses craintes initiales, son dynamisme couplé à l'expertise de son associé et à une bonne stratégie de développement forgent rapidement la notoriété de CTM Inox. Et celle de Christine Prat, par la même occasion. Elle est aujourd'hui reconnue dans le milieu local de la métallurgie. Pourtant, le challenge n'a pas été si facile qu'il peut y paraître aujourd'hui.
«J'ai été blessée mais cela m'a stimulée»
«Ce n'était pas facile, au départ, une femme dans un milieu d'hommes... Jeune et sans expérience de surcroît! On ne me prenait pas au sérieux, les fournisseurs essayaient parfois de me piéger. J'en ai été blessée parfois mais cela m'a stimulée, cela m'a donné envie de faire aussi bien qu'eux». Pour y parvenir, elle a dû se former, se donner à 200% pour son entreprise, ne s'accordant que de très rares vacances. Très discrète sur sa vie privée, ne mélangeant jamais les genres, elle avoue tout de même, du bout des lèvres, ne pas avoir pris assez de temps pour s'occuper de sa fille. Car à cette volonté de faire «aussi bien, voire mieux que les hommes», s'ajoute un trait de caractère particulièrement prégnant chez cette maîtresse femme: l'impossibilité presque maladive de déléguer. «Je n'y peux rien, je n'y arrive pas. Je n'accorde pas ma confiance facilement, alors si c'est pour tout vérifier, autant que je fasse moi-même. Et puis, j'avoue, j'aime bien être débordée!». Et de conclure, toujours avec humour: «c'est vrai que parfois, j'en ai ras-le-bol, je préférerais élever des chèvres dans le Larzac. Mais finalement, j'aime plutôt bien ma vie telle qu'elle est».
À 51 ans, Christine Prat dirige, avec son associé, depuis 27 ans CTM Inox. Dynamique, d'un franc-parler peu commun, elle a su se faire une place dans un milieu réputé très masculin. Très impliquée, elle milite sans relâche pour la promotion des métiers de la métallurgie.
Stéphanie Gallo