Nice Côte d’Azur est la première Métropole à avoir été créée en France. Cet échelon vous semble-t-il être le bon pour piloter une politique économique ?
Il y a trois ans, nous avons créé en effet, avec les Maires du territoire, la première Métropole de France issue de la loi de 2010. Ce statut nous a permis de récupérer dès 2011 des compétences comme la promotion économique à l’international et le transport, qui sont venues s’ajouter à celles héritées de la communauté urbaine, à savoir le développement économique et l’aménagement de l’espace métropolitain. Depuis, d’autres nous ont été attribuées dont la promotion du tourisme, le pilotage des pôles de compétitivité, les aides à l’enseignement supérieur et aux programmes de recherche, les aides aux logements et la gestion de la concession des plages.
Fortes de ces compétences, la Métropole constitue l’échelon territorial nous donnant les meilleurs outils pour relever les défis économiques, développer la croissance et l’emploi, et être compétitif sur la scène européenne et internationale. Ce n’est donc pas seulement l’agglomération niçoise qui est stimulée par la création de la Métropole, mais la richesse de tout un territoire et de ses 49 communes. C’est cette complémentarité que nous vendons à l’étranger et qui permet à Nice d’attirer les talents de demain.
N’y a-t-il pas doublon avec la Région dont, par ailleurs, vous visez la présidence ?
Ces deux collectivités sont complémentaires car elles sont toutes deux à même de constituer des moteurs de relance de l’économie et de la création d’emplois, à condition qu’elles sachent toutes deux œuvrer dans le même sens. Ma volonté est de bâtir une stratégie de développement économique basée sur l’investissement productif en réduisant les dépenses de fonctionnement, et en réorientant le budget au profit de l’innovation et des aides aux territoires. Je pars dans cette campagne avec mon bilan. La Métropole Nice Côte d’Azur fait figure d’exemple, et a permis de faire passer le nombre d’entreprises sur son territoire de 54.809 à 58.300, soit une augmentation de 6% lors des deux dernières années. Aujourd’hui, la Région PACA gérée par la gauche se place à la 18e place sur 22 en termes d’investissements au service du développement économique, et à la 1re place concernant les augmentations de frais de personnel.
Dans le concert des métropoles françaises et européennes, comment Nice Côte d’Azur se différencie-t-elle ?
Nous faisons le choix d’orientations stratégiques basées sur des pôles d’excellence déjà existants que nous développons. En faisant de Nice Côte d’Azur une Métropole interconnectée, intelligente et durable, je fais vivre un écosystème favorable où des start-up et des grands groupes comme Orange, IBM, Cisco, Veolia, Schneider, EDF… travaillent à nos côtés pour faire émerger des entreprises et des emplois dans le domaine de l’innovation et du numérique. Par exemple, le Smart City Innovation Center, cette plateforme collaborative unique en France, va permettre de développer des expérimentations pour créer des services aux habitants, faciliter la gestion de la ville et faire émerger de nouvelles entreprises. Sur ce chantier notre travail porte ses fruits ! Nice a en effet été classée par le cabinet américain Juniper Research comme l’une des cinq plus importantes smart cities mondiales aux côtés de New York, Barcelone, Singapour et Londres. L’Opération d’Intérêt National Eco-Vallée, que j’ai engagée à l’Ouest de Nice, est le lieu privilégié de développement de ce secteur, avec sur 10.000 hectares et 15 communes la construction du quartier d’affaires international Grand Arenas et de la technopole urbaine Nice Méridia, dont les premiers bâtiments sortent de terre.
Nous allons également faire de Nice le pôle d’excellence de la Silver Économie. Cette année, je vais inaugurer le " 27 Delvalle " qui sera le bras armé de la Métropole pour développer ce secteur économique. J’y installerai officiellement le siège national de France Silver Eco qui, depuis Nice, développera ses activités nationales et européennes. Ce centre accompagnera le développement de start-up positionnées sur la Silver Économie et la création d’emplois dans le domaine de la e-santé. Nous opérons donc une véritable mutation industrielle axée sur ces nouvelles filières qui vont nous permettre de créer 50.000 emplois d’ici à 2020.
Les efforts portés au développement des filières innovantes ne se font-ils pas au détriment des secteurs d’activité plus traditionnels ?
Non, bien au contraire. À travers la mutation économique que nous avons engagée, notre objectif est triple. Renforcer l’activité touristique en particulier sur l’axe du tourisme d’affaires, notamment à travers le développement d’un Parc des Expositions aux portes de l’aéroport. Diversifier notre économie dans les filières innovantes que nous venons d’évoquer mais aussi soutenir le développement de notre industrie.
Contrairement aux idées reçues, le tissu économique de la Métropole se caractérise par une assez forte diversité sectorielle. Certains de nos leaders sont bien connus comme Virbac, Schneider Electric, Koné, Arkopharma, Malongo…, mais notre territoire accueille aussi de très belles PME dont la réussite, y compris à l’international, est inversement proportionnelle à leur discrétion, comme WIT, Horus Pharma, Synergie CAD, Laboratoires Ineldéa, Ragni… Comme ancien Ministre de l’Industrie, je suis particulièrement attaché au développement de ces entreprises industrielles dont les chiffres nous montrent d’ailleurs qu’elles résistent globalement mieux à la crise parce que très réactives et positionnées sur des secteurs de niche.
Nice Côte d’Azur a des atouts, mais aussi des faiblesses notamment en terme d’offre foncière réservée aux entreprises de production. Une récente étude menée par la CCI NCA l’a démontré. Quelles sont vos actions en ce sens ?
Notre stratégie à cet égard est structurée selon deux axes : la création de capacité d’accueil supplémentaire et l’amélioration de la fonctionnalité de sites existants. Ainsi nous travaillons à la création d’une nouvelle zone d’activité de 3,8 hectares, au vallon du Roguez, sur les communes de Colomars et de Castagniers, qui permettra d’accueillir de 15 à 20.000m² de locaux et de 20 à 30 entreprises. Nous allons réaliser sur les 12 hectares du site de La Baronne, sur la commune de la Gaude, une plateforme agroalimentaire de 36.000m² de surface planchers (SDP) et 7.000m² de SDP complémentaires pour les activités de transformation et de logistique. Nous sommes engagés également aux côtés de l’EPA, des communes et de l’État, dans une longue et patiente démarche de densification de sites existants tels que la zone industrielle de Carros le Broc ou la zone d’activité de Saint-Estève sur la commune de Saint-Jeannet. Nous veillons aussi à ce que les documents de planification urbaine de nouveaux sites dédiés soient réservés à ces activités, comme sur la Plaine des Iscles, au nord du parc d’activités de Saint-Laurent du Var, ou encore à Lingostière centre, sur la commune de Nice, dans un positionnement mixte production et recherche.
Le second axe de notre stratégie est également important puisqu’il s’agit de contribuer à l’alignement qualitatif de sites existants pour les rendre plus attractifs.
A propos de l’éventuelle cession des parts de la société Aéroports Côte d’Azur détenues par l’État, autorisée par l’article49 de la loi Macron, il semble qu’au regard des sommes envisagées (entre 800M€ et plus d’1Md€) le rachat par un consortium local soit exclu…
Avant toute chose, je tiens à rappeler que la privatisation de l’aéroport NCA est une initiative de l’État dont les représentants du territoire ne voulaient pas. Quant à la valorisation à plus d’un milliard d’euros de l’aéroport, elle n’est pas due à l’État. Si la collectivité n’avait pas engagé 750M€ dans le chantier de la ligne 2 du tramway qui va desservir les terminaux 1 et 2 de l’aéroport, si nous n’avions pas le projet Grand Arenas, si nous n’aménagions pas le plus grand pôle multimodal d’Europe, pour ne donner que quelques exemples, l’aéroport n’aurait pas cette valeur et l’État ne pourrait pas en tirer les recettes espérées. Après une forte résistance contre ce texte en première lecture à l’assemblée nationale, après la consultation référendaire des Niçois qui se sont prononcés à 97,5 % contre la privatisation, les propositions que j’ai faites lors de mon entretien avec Emmanuel Macron ont enfin permis la modification du texte au Sénat le 18 avril dernier.
Pour quelles avancées ?
J’ai obtenu que le nouveau texte garantisse que les collectivités conservent la main sur la stratégie de développement de l’aéroport, sur le développement économique du territoire de l’aéroport et sur sa gestion comme outil de développement du territoire. Ainsi rien d’essentiel ne pourra être décidé sans l’accord des collectivités territoriales. Elles participeront à la rédaction et à la validation du cahier des charges, puis au choix des acquéreurs, et chacune d’entre elles sera inclue dans le pacte d’actionnaire. De même, 10 % de la cession de l’aéroport sera attribué à des projets d’aménagement du territoire.
Vinci semble sur les rangs. Vous confirmez ?
Ce que je peux vous confirmer, c’est que nous resterons maîtres de notre stratégie et que nous conserverons un droit de veto sur des repreneurs qui chercheraient la rentabilité à court terme ou une introduction en bourse.
Vous avez annoncé en début d’année que la Métropole maintiendrait ses investissements en 2015 sans compenser la baisse des subventions par une hausse du taux d’imposition. À quelle hauteur seront-ils ?
Compte tenu du contexte budgétaire, la Métropole fait le choix de miser sur des économies internes soutenues pour arriver à maintenir l’investissement. Même si j’ai souhaité économiser 10M€ d’investissement, nous sommes parvenus à programmer 268,5M€ de dépenses d’équipement sur l’ensemble du territoire, soit une hausse de 5 % par rapport à 2014.
Les finances de la Métropole le permettent-elles sans laisser filer la dette dont le montant approche le milliard d’euros ?
Il s’agit d’être un bon gestionnaire et d’établir un plan d’économie rigoureux qui nous permettra d’économiser ces 10M€: 6M€ sur les dépenses d’entretien courant sur le budget principal (économies en ressources humaines avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, dans le domaine économique, sur l’exploitation des voies métropolitaines, sur le budget des parcs de stationnement, en matière de collecte des déchets et d’environnement) auxquels s’ajoutent les efforts de l’administration liés à la poursuite de la mutualisation à hauteur de 4M€.
Quant à la dette, elle évolue au rythme de nos investissements structurants. Des partenaires majeurs comme la Banque européenne d’investissement ou la Caisse des dépôts nous accompagnent de manière significative car ils ont confiance dans le modèle de développement économique de la Métropole, porteur à terme de nouvelles ressources financières sur notre territoire.