Christian Estrosi : « A fond dans l'action, tout de suite.. : »

Christian Estrosi : « A fond dans l'action, tout de suite.. : »

Intervention au Castellet avec la CCIR, présence à Rousset sur le site de ST Microelectronics, courant février, le nouveau président de la Région Paca a enchaîné les annonces en faveur des entreprises. En exclusivité pour le Journal des Entreprises, Christian Estrosi revient sur ces différents points...

Il l'a clairement expliqué lors de sa venue à l'assemblée générale de la CCIR Paca. Son mandat se fera sous le signe de l'économie, principale prérogative du conseil régional. Pour Christian Estrosi, le constat est simple : l'économie régionale était endormie et a été sacrifiée sur l'autel du dogmatisme. « Notre Région a le troisième taux de chômage de France, à 12%. Elle a en outre subi la folie fiscale de la majorité précédente avec les impôts régionaux les plus élevés de France, plus 25% en 18 ans. Les dépenses de personnel ont également atteint une croissance de + 300% (1998: 780 agents, 2015 : 6.000 agents dont 3.000 sans la moindre compétence supplémentaire) ». Son programme des années à venir tient en quatre principaux points : la création de douze opérations d'intérêt régional, la mise en place d'un nouveau fonds, baptisé Fier (Fonds d'Investissement pour les Entreprises de la Région), la constitution d'un guichet unique pour les entreprises. Enfin, Christian Estrosi ambitionne de faire de la région Paca la première Smart Région d'Europe.


Vous venez de prendre la tête de la Région Paca. Quels sont aujourd'hui les atouts de ce territoire ?

Notre région est sans doute celle, avec l'Ile de France, qui dispose le plus d'atouts. Il y a un classement incontestable. Nous sommes la deuxième région de France en terme de puissance économique avec 28.700 euros de PIB par habitant. Rhône-Alpes-Auvergne, par exemple, n'a que 27.200 euros de PIB par habitant. Nous avons entre nos mains des atouts considérables pour autant que nous ne commetions pas d'erreur dans la relation qui doit exister entre la collectivité et le monde économique. Enfin, Paca a échappé au redécoupage des régions. Elle n'a pas bougé d'une ligne. C'est pour nous un immense avantage, car dès le premier jour nous pouvons être au travail sur nos vraies compétences alors que les autres régions sont obligées d'organiser leur organisation territoriale. Elles en ont au moins pour trois ans. Nous, nous sommes à fond dans l'action. Tout de suite.




Justement, vous souhaitez structurer l'économie de la région en filières avec la création de douze Opérations d'Intérêt Régional.




Qu'entendez-vous par là ?

Les études d'implantation des douze Opérations d'intérêt régional ont été lancées à la fin du mois de février en lien direct avec les autres collectivités territoriales et les représentants des entreprises. Ces opérations seront structurées autour de filières d'excellence comme la Santé, les Biotechnologies, l'Energie, la Défense ou encore l'Agriculture. L'objectif est de créer des gisements d'emplois et les conditions nécessaires pour attirer au moins 500 entreprises à fort potentiel. Les Opérations d'intérêt régional doivent porter une ambition économique, mais également territoriale. Elles permettront, par un écosystème favorable, de tirer parti des atouts de notre région et de porter le développement sur l'ensemble du territoire.


Dans ce cas, que vont devenir les Prides mis en place par votre prédécesseur ?

Concernant les Prides, créés par la précédente majorité, ils ont démontré leur inefficacité et leur complexité. C'est un échec. L'accent sera donc mis sur les Pôles de compétitivité et les Opérations d'intérêt régional. Enfin, au sujet du budget, les premiers crédits seront votés lors de l'Assemblée plénière du 8 avril.


A quelles entreprises sera destiné le Fier, le fonds d'investissement dont vous annoncez la création ?

Le Fonds d'Investissement pour les Entreprises de la Région (le Fier), que je vais lancer dès septembre prochain, sera un nouvel outil au service des entreprises. Ce fonds s'adressera à toutes les entreprises, qu'elle que soit leur taille, la nature de leur activité ou la localisation de leur siège social. Le seul critère posé sera la création d'emplois.




Comment interviendra-t-il ?

Ce fonds pourra concéder des prêts aux entreprises qui font face à la frilosité des banques, entrer provisoirement au capital des entreprises qui connaissent des difficultés passagères, ou encore amorcer la création d'entreprises. Je veux que l'on puisse palier à l'aversion du risque des circuits classiques et aider les entrepreneurs qui veulent mettre en place des projets audacieux.


De combien sera-t-il doté ?

Ce fonds sera la porte d'entrée unique des aides aux entreprises de la Région. Je veux un outil unique et clairement identifié pour être plus efficace. Concernant le budget, je reviens d'un déplacement de 48 heures à Bruxelles où j'ai décroché 250 millions d'euros, dont 60 millions seront consacrés au Fier pour aider les entreprises.


Vous parlez également de guichet unique. Quel sera son rôle ?

Mettre en place un guichet unique, plus qu'une nécessité, c'est une exigence des chefs d'entreprises. Je veux faire de la Région le premier partenaire des entrepreneurs. Ceci suppose que la collectivité s'adapte à leurs besoins. Avec ce guichet unique, tout entrepreneur aura désormais un interlocuteur unique, qui suivra personnellement ses dossiers et qui lui apportera une aide personnalisée.


Comment les entreprises y auront-elles accès ?

Ce guichet unique sera mis en place dès le mois d'avril 2016 à travers un numéro vert, un site internet et une présence physique dans les territoires. Les horaires de ce guichet seront adaptés à leurs contraintes. Je m'engage également à ce qu'une réponse soit apportée en quinze jours maximum. Il n'y a rien de pire pour un chef d'entreprise que de ne pas savoir. C'est une relation de confiance que je veux nouer avec les entreprises. Confiance, ce mot si important en économie.


Vous ambitionnez de faire de Provence-Alpes-Côte d'Azur la première Smart Région d'Europe. Au-delà des déclarations d'intentions, comment la Région va-t-elle mettre en place ce programme ?

Je veux faire de notre région un territoire pilote de l'économie intelligente et devenir ainsi une vitrine internationale du déploiement des nouvelles technologies, du numérique et des Smart Grids. A l'image de la politique que j'ai entrepris à Nice, qui est désormais la quatrième Smart City du monde, de ce que fait la ville de Marseille ou encore les autres villes labélisées French Tech, je veux créer un écosystème économique qui permettra de créer de nombreux emplois. Ceci passe par le développement des projets des start-up avec la création d'incubateurs, des aides à l'implantation des entreprises innovantes via une politique foncière et fiscale favorables ou encore en créant des passerelles entre le monde de la recherche, de l'enseignement supérieur et de l'entreprise. La présence de la Région sur les grands salons internationaux sera renforcée. Notre région porte également un ambitieux projet nommé FlexGrid, qui peut potentiellement créer plus de 6.000 emplois sur notre territoire et représentera quelques 500 millions d'euros d'investissement en s'appuyant sur notre géographie qui est un véritable atout et qui nous permettra de développer les Smart ports ou encore les Smart mountains. 20 millions d'euros sont déjà investis dans la recherche et l'innovation. Je souhaite y allouer 14 millions d'euros supplémentaires pour la seule année 2016.


Vous annoncez enfin la remise à plat de la politique de formation en PACA pour faire de l'apprentissage une filière d'excellence. Quelles actions concrètes la Région va-t-elle mettre en place dans le domaine de la formation ?

Fin 2015, il y avait plus de 470.000 chômeurs en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (+6% sur l'année), mais quelques 25.000 offres d'emplois ne sont pas pourvues. Il faut donc adapter la formation aux besoins des entreprises. Je veux miser sur l'apprentissage, qui a été sacrifié ces dix-huit dernières années par la précédente majorité, puisque le nombre d'apprentis a diminué. Dès la rentrée prochaine, je vais créer une banque régionale de l'apprentissage pour mettre en relation les chefs d'entreprises et les apprentis. J'ai également fait une proposition de loi pour permettre l'apprentissage dès 14 ans et aligner les conditions de travail des apprentis sur celles des salariés. Je regrette que le Gouvernement s'y soit opposé par sectarisme.


Avez-vous chiffré l'ensemble ou partie de ces actions ? Comment comptez-vous les financer ? Allez-vous vous attaquez à la dette ?

Plus que chiffrées, je les ai financées ! J'ai engagé une politique d'économies dès mon élection pour plus de 70 millions d'euros. Lors de mon déplacement à Bruxelles, ce sont plus de 250 millions d'euros de fonds européens que j'ai décroché. Cet argent sera d'une part consacré au financement de ces mesures et d'autre part au désendettement de la collectivité. La précédente majorité nous a laissé une dette de 2,6 milliards d'euros pour un budget de 2 milliards.



Propos recueillis par Gaelle Cloarec et Didier Gazanhes