Les tensions entre fournisseurs d'un côté et clients de l'autre, seraient-elles monnaie courante dans le secteur de la chimie ? Tout au moins des non-dits que le " guide des bonnes pratiques des relations clients fournisseurs dans le secteur de la chimie " tend à mettre en lumière et à dépasser. La région Rhône-Alpes devrait profiter largement de ce document. 2ème région par son poids économiques du domaine de la chimie en France, elle pèse 12,3 Mds de CA et représente 48.000 emplois directs. La charte afférente au guide signée fin janvier au Palais du Luxembourg, par le GIFIC (groupement interprofessionnel des fournisseurs de l'industrie chimique), le CDAF (compagnie des dirigeants et acheteurs de France) et les entreprises qui ont participé à sa mise en place porte donc l'ambition d'améliorer le dialogue entre les acteurs du monde de la chimie.
À bâtons rompus
« Les débats ont commencé dans un climat tendu. Pour autant, nous avons pu nous exprimer sans censure pour faire bouger les lignes », explique Anthony Ruiz, P-dg d'INEVO Technologies (concepteur de sites industriels). Des propos complétés par Xavier Vignal, responsable du développement commercial chez ERAS (société d'ingénierie lyonnaise dédiée à l'industrie des procédés) : « Les rencontres par collège (chimistes et équipementiers) et en plénière ont permis d'exprimer un mécontentement. Mais rapidement, les expériences positives et négatives ont alimenté concrètement les discussions. Nous avons alors pu nous inscrire dans une logique de construction ». Très vite, le constat d'un manque de connaissance des besoins et attentes de ses sous-traitants ou clients a été tiré. Bien souvent d'ailleurs, ce faible niveau d'information finit par crisper un certain nombre de situations. Les acheteurs, par exemple, ont expliqué leur métier et méthodes de travail justifiant ainsi la nécessité de leur présence dès la phase de négociations techniques. Et non uniquement au moment de la signature du bon de commandes. Plusieurs sujets ont fait l'objet d'un approfondissement. Le premier est directement lié au problème d'ignorance et concerne l'identification des acteurs dans les organisations. Avant d'envisager toute collaboration, il compte de « trouver les bons interlocuteurs. Ensuite, le respect des procédures internes rend les collaborations plus fluides », précise Xavier Vignal.
Embarquer avec les grands groupes
Les questions autour de l'export ont aussi été portées sur le devant de la scène. Les fournisseurs ont largement reproché le manque d'accompagnement des grands groupes à l'international. « Il ne s'agit pas de s'inscrire dans un patriotisme exacerbé mais de donner la possibilité aux fournisseurs de travailler avec les filiales à l'étranger de groupes français », explique Anthony Ruiz. Ainsi, les savoir-faire des PME françaises gagneraient en visibilité. En outre, elles perdraient le sentiment que seuls les coûts importent dans le choix d'un fournisseur. Côté R & D, les équipementiers ont sérieusement mis en garde leurs homologues sur leur besoin de conserver la propriété intellectuelle de leurs innovations. « Les grands groupes ont tout intérêt à collaborer avec des sous-traitants pérennes et inventifs », note Anthony Ruiz. Charge donc aux grands groupes de valoriser les PME les plus dynamiques. En parallèle, les échanges autour du guide ont contribué à traiter les problématiques relatives à l'équité financière. Pénalités et garanties excessives ont ainsi été montrées du doigt. Dernier sujet : la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les grands donneurs d'ordres ont exposé leurs engagements et les éléments intégrés dans leurs cahiers des charges en matière de RSE. « Pour les fournisseurs, ce partage a rendu les choses plus concrètes », intervient Xavier Vignal. Le guide reste un point d'étape. Les discussions vont se poursuivre pour creuser certains thèmes peu développés. De plus, « deux axes méritent encore notre attention : la communication autour du document et sa mise en pratique », conclut Bruno Allenet, président du pôle de compétitivité Axelera impliqué dans les débats.
En temps de crise, la crispation des relations clients / fournisseurs est plutôt légion. Aussi, le guide des bonnes pratiques la concernant vise à détailler les procédures les plus équitables pour les deux partis. Il devrait se diffuser en Rhône-Alpes, un berceau du secteur de la chimie.