En 2025, Matmut a franchi un cap. Le groupe mutualiste rouennais a dévoilé des résultats 2025 en nette progression, marqués par un chiffre d’affaires de 3,689 milliards d’euros, en hausse de 16 %, et un résultat net part du groupe de 163,2 millions d’euros, en progression de 56 %.
Ces résultats tiennent compte de la reprise de HSBC Assurances Vie France (rebaptisé Korege), en octobre 2025. À périmètre constant, la hausse reste soutenue, à près de + 10 % pour l’activité et de + 42 % pour le résultat net.
"En 2025, le groupe Matmut a véritablement changé de dimension"
"Tous nos indicateurs sont au vert pour être confiants sur l’atteinte des objectifs de 2026", a indiqué Virginie Le Mée, membre du comité exécutif en charge de la coordination stratégique, de la finance et des risques.
Au-delà des résultats, Nicolas Gomart a surtout insisté sur la transformation du profil du groupe. "En 2025, le groupe Matmut a véritablement changé de dimension", a -t-il résumé. Le vice-président et directeur général a toutefois rappelé que le plan stratégique ne repose pas seulement sur la diversification, mais aussi sur le renforcement de l’activité historique d’assurance dommages, avec un travail mené sur le ratio combiné, la qualité de service et la rentabilité.
Une diversification visible dans le mix d’activités
L’acquisition de Korege ne se limite pas à un effet volume. Elle modifie en profondeur l’équilibre du groupe de 7 000 salariés. Activité historique du groupe, l’assurance dommages, qui pesait 69 % des primes encaissées en 2024, ne représente plus que 47 % en 2025 si l’on raisonne en année pleine avec Korege. L’épargne et la prévoyance bondissent de 6 % à 36 %, quand la santé recule de 25 à 17 %.
Pour Matmut, la logique est claire : réduire sa dépendance aux aléas de l’assurance dommages et lisser la volatilité de ses résultats. L’opération donne aussi au groupe une autre surface financière. Avec Korege, les actifs sous gestion sont multipliés, et Matmut se rapproche, en pro forma, des 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. "Nous sommes désormais un groupe complet d’assurance", a insisté Nicolas Gomart.
Réussir l’après-Korege en 2026
Pour 2026, l’enjeu n’est plus l’acquisition, mais l’intégration. "2026, et probablement aussi 2027, seront consacrés à la consolidation de ce que nous avons fait", a prévenu le dirigeant. Première priorité : achever le découplage technique de Korege vis-à-vis de son ancien actionnaire et finaliser les branchements informatiques. La distribution des produits Korege par les conseillers Matmut n’interviendra pas immédiatement. Aujourd’hui, ces produits restent vendus quasi exclusivement par le CCF, banque patrimoniale française. Leur diffusion plus large dans le réseau n’est pas attendue avant fin 2027, voire début 2028.
Cette phase de consolidation passera aussi par l’achèvement de la transformation du système d’information de l’assurance dommages, engagée en 2021 et qui doit s’achever fin 2027. À cela s’ajoutent la création d’un véhicule interne de réassurance qui devrait voir le jour au 1er janvier 2027, la finalisation du rapprochement entre Ociane Matmut et Mgéfi et des travaux d’optimisation sur les coûts et l’efficacité opérationnelle.
Climat, santé, IA : trois fronts à tenir
L’activité historique du groupe rouennais reste marquée par la hausse de la sinistralité climatique, dont le coût brut a atteint 147 millions d’euros en 2025, contre 83 millions un an plus tôt. Et 2026 a déjà mal commencé, avec tempêtes et inondations au compteur. Le groupe continue donc d’affiner sa tarification, ses outils de prévention et ses services digitaux.
Dans la santé, Matmut cherche aussi à accélérer la consolidation de ses activités après la perte du contrat du ministère de l’Économie pour Mgéfi fin 2025. Si le choc a été moins brutal qu’anticipé grâce à un "fort taux de rétention des retraités", il accélère néanmoins la réorganisation du pôle.
Reste enfin le chantier de l’intelligence artificielle, que Matmut veut exploiter sans renoncer à son ancrage territorial. Le groupe revendique plus de 110 cas d’usage identifiés et plus de 50 déployés ou en cours de déploiement, dans la fraude, la relation sociétaire ou la gestion. Mais Nicolas Gomart a tenu à poser une limite claire : "Nous sommes très attachés à ce modèle hybride", a-t-il affirmé, en défendant le maintien de ses 481 agences. Pour lui, "l’IA doit accroître l’efficacité, pas effacer la relation humaine".
Cap sur le prochain plan
Après une année 2025 marquée par le changement de dimension du groupe, Matmut ouvre une nouvelle séquence centrée sur l’intégration de Korege, la finalisation de plusieurs chantiers opérationnels et la préparation de son prochain plan stratégique. Celui-ci couvrira la période 2027-2030 et devrait être présenté plus précisément à l’automne et préciser comment le groupe entend convertir son changement d’échelle en avantage durable.