Les Français pourront bientôt savoir d'où vient le bœuf de leurs lasagnes surgelées achetées au rayon « plats préparés ». La mesure était réclamée de longue date par les associations de consommateurs. La demande devenait de plus en plus pressante de la part des éleveurs. Le gouvernement s'y est attelé en 2013 après le scandale de la viande de cheval retrouvée dans des lasagnes.
Pays de naissance, d'élevage et d'abattage des animaux...
À partir du 1er janvier 2017, ce sera chose faite ! L'étiquetage de l'origine des viandes et du lait dans les produits transformés sera obligatoire, dès lors qu'ils contiendront plus de 8 % de viande et 50 % de lait d'origine étrangère. Pour la viande, l'étiquetage devra préciser l'origine du produit (pays de naissance, d'élevage et d'abattage des animaux) et pour le lait, il indiquera le pays de collecte, de conditionnement et de transformation. La mention « Origine France » ne pourra être utilisée que si 100 % des viandes le sont. Cette initiative française est une première en Europe. Testée pendant deux ans, elle pourrait, ensuite, être pérennisée et élargit à toute l'Union Européenne si le test s'avère concluant.
Coût : des centaines de milliers d'euros
Cela serait alors une petite révolution dans le monde de l'agro-alimentaire. Pour être prêts au 1er janvier, les industriels travaillent sur leur étiquetage depuis des mois. Depuis même un an pour le groupe Arrivé, gérant de la marque Maître Coq. « Nous sommes obligés d'anticiper, nous sommes actuellement en train d'élaborer nos gammes pour les fêtes de l'année 2017. Cela prend du temps avec l'échantillonnage, la R&D, la conception des produits, etc. », précise Frédéric Saillé, directeur général du groupe Arrivé. Fleury Michon, lui, s'y est mis aussi il y a plusieurs mois. « 85 % des produits Fleury Michon présents en rayon ont l'étiquetage d'origine depuis avril. Et d'ici la fin de l'année, nous allons ainsi étiqueter l'ensemble des produits pour la charcuterie et les plats cuisinés. Sur la charcuterie, nous appliquons le code 1 pour l'origine France, 2 pour l'Espagne. Pour les plats cuisinés, nous avons complété la liste des ingrédients au dos du packaging », assure David Garbous, directeur du marketing stratégique de Fleury Michon. La mesure a un coût pour les groupes. « J'estime que le coût de ce changement à 100 000 euros tout compris, c'est finalement assez faible pour nous qui faisons 500 millions d'euros de chiffre d'affaires », chiffre le directeur général du groupe Arrivé. « Il s'agit d'un investissement de renouvellement des emballages et de frais d'impression. Changer l'ensemble des emballages sur le jambon coûte plusieurs millions d'euros », note David Garbous.
« Dire que c'est français n'est pas une garantie de qualité supérieure »
Un investissement obligatoire dont certains industriels se seraient manifestement bien passés. En témoignent les réactions gênées de certains géants de l'alimentaire de la région contactés qui disent ne pas voir « l'intérêt de parler de ce sujet », sans parler de ceux qui n'ont jamais répondu à nos multiples sollicitations. Le sujet serait-il sensible? Pas chez Fleury Michon. En fait, cet étiquetage, selon le directeur marketing stratégique du groupe, ne répond pas suffisamment aux besoins de transparence et de vérité qu'expriment les consommateurs : « Préciser l'origine des produits c'est une chose mais ça ne dit pas la qualité réelle de la viande. Et il ne faut pas faire croire aux consommateurs que dire que c'est français c'est la garantie absolue de la qualité supérieure. Fleury Michon, qui s'approvisionne localement pour le bœuf et le canard et dans les pays européens pour le poulet, achète d'abord une qualité plutôt qu'une origine. » Lui, milite pour une information plus complète incluant les modes de production ou la présence d'additifs, d'antibiotiques ou d'OGM. Pour l'industriel, l'origine des produits est devenue un enjeu stratégique. « Par exemple, la gamme "J'aime" de Fleury Michon sans OGM, ni antibiotiques représentait 2 % de nos volumes en 2015. Notre objectif est d'atteindre 20 % en 2020 », détaille David Garbous.
Peur de la chute de l'export
Si d'autres industriels veulent rester plus discrets, c'est parce qu'ils craignent une chute des ventes à l'export. En particulier pour les yaourts, beurre, fromages et autre produits laitiers transformés. C'est ce qu'explique Olivier Picot, président de la Fédération nationale des industries laitières : « Ce n'est pas la transparence qui nous gêne mais le côté protectionniste de la mesure. » Car d'autres pays comme la Lituanie et l'Italie ont aussi décidé de tester cet étiquetage. « Je ne vois pas les Italiens accepter d'utiliser du lait français pour faire leur mozzarella », remarque Olivier Picot dans les colonnes du Monde. Il craint que cette législation fasse chuter les exportations qui représentent 40 % des volumes de la filière laitière.