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"Cette année, LDC investit autour de 350 millions d’euros"
Interview Sarthe # Agroalimentaire # Grandes Entreprises

Philippe Gelin président du directoire du groupe agroalimentaire LDC "Cette année, LDC investit autour de 350 millions d’euros"

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Le groupe LDC signe ce mercredi 28 mai 2025 l’acquisition officielle et à 100 % du traiteur isérois Pierre Martinet. Ce rachat va notamment permettre au géant agroalimentaire sarthois de renforcer encore ses activités traiteur. Philippe Gelin, président du directoire précise comment LDC, qui a multiplié les acquisitions en France et à l’étranger ces dernières années, va dépasser ses objectifs et les 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires à la fin de l’exercice en cours.

Philippe Gélin est le président du directoire LDC — Photo : LDC

Ce mercredi 28 mai, LDC signe avec Pierre Martinet (230 M€ de CA 2023, 700 salariés, cinq sites) la reprise de son groupe. Quelles sont vos intentions derrière le rachat du traiteur isérois ?

À partir du 1er juin 2025, nous allons nous développer avec ce groupe et renforcer notre pôle traiteur sur deux activités : les salades et les pâtes fraîches. Le but va être de consolider ces activités ; acheter c’est facile, intégrer est plus difficile. Comme c’est déjà le cas en surgelés, LDC sera présent sur 70 % du rayon traiteur en GMS (grande distribution), contre 58 % actuellement.

Votre pôle traiteur avait intégré la marque Marie en 2009. Le changement de dimension est-il similaire avec Pierre Martinet ?

On peut y voir un équivalent, en effet, en termes d’apport de notoriété des marques et de volumes sur leurs activités respectives. Mais le groupe n’est plus dimensionné comme en 2009. Quand nous avons repris Marie, l’activité traiteur est passée de 250 millions à 500 millions d’euros de chiffre d’affaires : là, notre pôle va passer d’environ 1 milliard d’euros à 1,5 milliard d’euros. Quinze ans après, l’impact n’est donc pas le même, et nos équipes sont plus structurées pour intégrer Pierre Martinet (230 M€ de CA 2023, 700 salariés, cinq usines).

Sur l’exercice 2024-2025, LDC a réalisé 6,323 milliards d’euros de chiffre d’affaires et annonce pouvoir atteindre l’objectif de 7 milliards d’euros prévu en 2026-2027 avec un an d’avance. En revanche, la croissance en valeur recule si on ne tient pas compte des entreprises intégrées en cours d’exercice. Comment cela s’explique-t-il ?

À périmètre identique, lors du dernier exercice, nous avons en effet enregistré une croissance en volumes (+ 3,9 % des tonnages commercialisés) mais pas en valeur sur le pôle volailles (-2,2 % du CA à 3,83 Md€). C’est surtout le cas en France. C’est plutôt stable à l’international. Il faut aussi rappeler que l’année 2023 était exceptionnelle. En France, la consommation de volailles est repartie à la hausse cette année (+ 10 %), mais, sous l’effet de la loi Egalim, les prix à la production ont baissé du fait de la baisse des cours des céréales. Nous attendons des hausses de tarifs avant l’été 2025, de 6 % à 8 % sur les volailles et les œufs, et de 3 % à 5 % sur les produits traiteur afin de compenser les hausses de matières premières d’origine animale.

La croissance du groupe est-elle principalement basée sur une multiplication de rachats d’entreprises ?

Nous avons en effet accéléré sur la croissance externe, ces dernières années (à partir de 2018, LDC s’est notamment implanté dans six pays en Europe, NDLR). Mais nous travaillons également notre croissance organique, en renforçant la position commerciale de nos marques et en capex. Cette année, notre groupe investit autour de 350 millions d’euros dans ses sites (contre 250 M€ en 2022-2023, et 300 M€ en 2024-2025, NDLR). Cela représentera 240 millions d’euros dans les sites du pôle volailles, 30 millions d'euros pour le pôle amont, dont les œufs, 40 millions d'euros pour le pôle traiteur et 50 millions d'euros pour le pôle international. Plus d’un tiers concerne la hausse des capacités de production, 13 % la productivité et l’innovation.

Quels types de produits profitent en priorité de ces enveloppes ?

Nous nous concentrons prioritairement sur deux familles de produits. Nous réorganisons notre production du poulet du quotidien, dont la consommation progresse de 8 à 10 %. Cette tendance devrait s’inscrire dans le temps (la volaille est devenue pour la première fois en 2024 la viande la plus consommée en France, NDLR). Nous investissons aussi sur les produits élaborés. Nous voulons notamment accompagner la demande en volailles panées, rôties, et en charcuterie, qui sont des segments qui vont continuer à se développer.

Et dans le pôle traiteur, dès le rachat de l’usine Les Délices de Saint Léonard dans le Morbihan (reprise au groupe Agromousquetaires en janvier 2024, NDLR), nous avions identifié une ligne qui n’était pas saturée, elle ne tournait qu’à 50 %. Nous voulons en faire une ligne dédiée 7 jours sur 7 à une recette type de pizzas fraîches — jambon champignons ou quatre fromages. Et avec Marie, nous avons lancé en avril quatre nouvelles références de pizzas surgelées à pâte fine : l’objectif est de devenir leader de ce marché sous trois ans.

Votre pôle traiteur s’est bien renforcé avec les acquisitions à l’étranger. Y aura-t-il des répercussions sur le marché français ?

Que ce soit en Hongrie, en Belgique, au Pays de Galles, en Pologne, en Roumanie ou en Allemagne, les acquisitions actées depuis 2019 ont surtout renforcé notre position sur le marché des produits élaborés. Certes en Allemagne, par exemple, nous intégrons des produits végétaux qui répondent à une évolution des consommations. Mais contrairement à ces plats cuisinés, les produits élaborés n’appartiennent pas au pôle traiteur, mais bien au pôle volailles. À chaque fois, nous produisons des produits à base de volaille pour des consommateurs locaux. Si nous sommes leader de la dinde en Pologne, c’est pour alimenter le marché polonais. C’est notre stratégie depuis vingt ans : des volailles nées, élevées et transformées dans le pays.

Qu’en est-il des autres viandes qui sont incorporées dans les plats du pôle traiteur ? Celles destinées au marché français, en particulier ?

Lorsque des agriculteurs ont contrôlé en 2024 un camion à Maresché, en Sarthe, qui contenait de la viande étrangère (de Pologne, NDLR) qui nous était destinée, nous leur avons présenté les chiffres du marché : LDC importe 20 000 tonnes de volailles. Au total, la France en importe 700 000 tonnes par an. LDC représente donc 3 % des importations. Cela ne concerne pas nos marques propres. Des clients nous demandent des viandes étrangères, pour des raisons de coûts. Nous préférons travailler avec eux et petit à petit essayer de les convaincre d’évoluer vers des approvisionnements en origine France garantie. Actuellement, certains clients manquent aussi d’offre et préfèrent rétropédaler sur l’origine France. Car la filière amont française atteint ses limites en termes de capacités de production et nécessite des investissements à chaque maillon (couvoirs, usines d’aliment, élevages, etc.). Mais en attendant, nous préférons rester sous contrat avec nos clients pour faire tourner nos usines.

LDC n’est pas concerné par les menaces de droits de douane de Donald Trump. Mais les États-uniens entrent-ils dans les perspectives du groupe ?

Les États-Unis ne sont pas du tout un objectif à date. Ils ont déjà de leur côté à régler le problème de l’influenza aviaire. LDC ne représente aujourd’hui que 5 à 6 % du marché européen, UE à 27 et Royaume-Uni compris. Nous avons donc déjà beaucoup à faire ici pour bâtir un champion européen.

En Ukraine, depuis le début de la guerre, d’autres champions de la volaille ont éclos et pénétré le marché européen. Comment rivaliser avec MHP ou PCC ?

MHP (80 % des volailles ukrainiennes importées en Europe, NDLR) dispose de 370 000 hectares de cultures et d’une vingtaine de fermes de 38-40 bâtiments d’élevage chacune dans un rayon de 30 kilomètres… Ce n’est pas du tout sur le modèle développé en France, ils ne suivent pas les mêmes réglementations. Seul le politique peut leur fermer nos marchés. Actuellement, l’étiquetage sur l’origine des produits cuits est en discussion pour une application réglementaire dans la restauration hors domicile. Nous espérons que cela passera, comme en début d’année. Nous l’avons obtenu pour l’étiquetage d’origine des viandes crues. Parce que ce n’est pas normal non plus qu’une viande brésilienne puisse être étiquetée d’origine des Pays Bas, donc européenne, une fois cuite en Hollande…

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