Le Finistère boude-t-il Las Vegas ? En 2016, E-Sensory était présente au Consumer Electronics Show ou « CES », le plus grand salon sur les innovations technologiques grand public. La start-up, qui fabrique un sextoy connecté y avait d'ailleurs reçu un prix (lire ci-contre). Mais cette année, pas de start-up finistérienne. Seules deux entreprises de la pointe bretonne seront de la délégation cette année. Bluecom (25 salariés ; 2,7 millions d'euros de chiffre d'affaires), entreprise spécialisée dans les réseaux informatiques sera du voyage. Le Crédit Mutuel Arkéa y envoie, lui, sept personnes. Un moyen de sentir le marché mondial pour la banque avide d'innovation. « Nous sommes allés à deux en 2016, en éclaireurs, pour donner ensuite envie à nos collaborateurs d'y aller. C'est génial, alors cette année, nous y allons à huit. C'est l'endroit où il faut être pour avoir idée de ce à quoi va ressembler le monde de demain », explique Bernard Snoeck, directeur général de Suravenir.
Un coût non négligeable et une question de timing
La toute jeune start-up brestoise Asamgo a bien envisagé, un temps, de se rendre à Las Vegas... Créée en juillet dernier autour d'un objet connecté permettant de tester la qualité de l'eau de sa piscine et de l'illuminer via une application, elle y a renoncé. « Finalement on a préféré aller au Piscine Global, un salon qui attire des professionnels du monde entier à Lyon, explique Annick Le Bihan, co-fondatrice d'Asamgo. On a trouvé plus judicieux d'aller sur un salon spécialisé dans notre coeur marché plutôt qu'au CES, qui donne également une visibilité mondiale mais qui met davantage en avant les développements technologiques et qui coûte beaucoup plus cher en termes de logistique. Je pense qu'on ira plutôt à Las Vegas l'année prochaine : 2018 devrait être le bon moment, à notre stade, pour rayonner au-delà du secteur de la piscine ».
Le reste de la Bretagne présente
Mais d'autres start-ups bretonnes sont bien décidées à tenter l'aventure... Pour la French Tech Brest +, ce sont les Costarmoricains de Ticatag qui feront le déplacement. En Ille-et-Vilaine, 3D Sound Labs ou encore Niji seront de la partie. « Nous y allons pour la troisième fois. La première fois, nous présentions le casque 3D Sound ONE, puis le module lors de la seconde édition. Cette année, nous avons encore une innovation à présenter », indique Maxime Sabahec, directeur marketing et communication de 3D Sound Labs. Pour Niji, ce sera la quatrième fois. Selon Hugues Meili, P-dg, et David-Henri Bismuth, responsable du Lab, le CES est un « véritable concentré de ce qu'est l'économie connectée d'aujourd'hui (et de demain), ce salon est devenu le rendez-vous incontournable pour observer et comprendre les innovations technologiques et les usages liés à l'intelligence artificielle, à la domotique, aux robots, aux drones ou encore à la réalité virtuelle et augmentée. Les " géants " du secteur avec des stands des plus futuristes cohabitent avec des startups, triées sur le volet, qui rivalisent d'idées et d'envies de rupture. Ce rendez-vous international très ancré historiquement dans l'électronique et la dimension matérielle de l'innovation se déplace clairement vers le logiciel, les services, et l'immatériel, au coeur de la digitalisation de l'économie et de la société. »
Objectifs : nouer des contacts
Selon que vous soyez exposants ou observateurs, les objectifs d'un voyage au CES peuvent varier. Mais tous se retrouvent sur une chose : nouer des contacts. « Pour nous, l'objectif est de sentir le marché, conforter notre analyse et ce qui va constituer nos offres d'assurance dans les prochaines années : nous devrons être plus « préventeurs » qu'assureurs. Nous allons devoir prendre en compte l'arrivée des véhicules connectés, de la santé connectée, de la maison connectée, relève Bernard Snoeck. Pour le groupe Crédit Mutuel Arkéa, c'est aussi l'occasion montrer aux startups que la banque est proche de leurs préoccupations et sensible à leur environnement. Pour l'exposant 3D Sound Labs, le but est plutôt de rencontrer l'ensemble de ses partenaires, qu'ils viennent d'Asie ou des États-Unis. Étonnamment, la forte présence française fait que nous rencontrons aussi nos partenaires français. En France, tout le monde manque de temps... À Las Vegas, nous sommes tous réunis dans un même espace, pour les mêmes raisons. »
Préparer mais aussi se laisser surprendre
Chez Niji, l'expérience est vécue comme une opportunité d'être surpris : « En 2016, ce fut le cas autour des objets intelligents, par la présence inattendue d'acteurs en pleine transformation à l'image du Hub de La Poste en 2015 ou bien encore par la démonstration grandeur nature de cas d'usage comme ceux présentés l'an dernier autour de la réalité virtuelle sur les stands LG et Samsung. Nous préparons cette " learning expédition " plusieurs semaines à l'avance en nous documentant sur les acteurs en présence, leurs annonces, fiertés et douleurs. Notre expérience du CES montre néanmoins qu'il faut aussi se laisser "perdre" dans Eureka Park, pavillon des startups, et multiplier les contacts avec ces entrepreneurs venus du monde entier pour affiner nos convictions et identifier de nouvelles sources d'inspiration. »
Valoriser au retour
Une fois l'expérience terminée, encore faut-il la valoriser. Chez Suravenir, une suite est donnée aux échanges dès le retour. « Ceux-ci y sont très riches car on y va pour les mêmes raisons. On gagne du temps car nous rencontrons des partenaires potentiels, français très souvent », souligne le DG de Suravenir. « En marge des annonces médiatiques qui alimentent tout le buzz, il y a le CES version Off, avec réunions, afterworks et soirées qui offrent de belles opportunités de rencontre, y compris avec des clients français, ajoutent Hugues Meili et David-Henri Bismuth. De retour en France, et en complément de notre Live Tweet, nous publions une synthèse documentée et illustrée que nous commentons lors d'une restitution clients et partenaires. Ce déplacement alimente bon nombre de contacts commerciaux au premier trimestre ». Du côté de L3D Sound Labs, on espère une nouvelle visibilité internationale pour l'entreprise et ses partenaires : « Nous avons la chance de partir une nouvelle fois sous les couleurs de la French Tech. Cela nous permet non seulement de mettre en avant la région mais aussi la France. 224 entreprises françaises sont présentes au CES, dont une grosse partie dans la zone pour les startups, l'Eureka Park. Les visiteurs savent, en entrant dans cette zone, qu'ils arrivent en terre quasi française. »