Ils attendaient un geste, une légère inflexion de la part du nouveau ministre de l'Économie, a priori plus enclin à la discussion que son prédécesseur. Il n'en fut rien. Emmanuel Macron a tranché dans le vif et confirmé le plan initié par Arnaud Montebourg. Invitées à participer à l'effort collectif de 50 Md€ d'économies pour la période 2015-2017, les CCI devraient voir leurs recettes fiscales réduites de 37 % en trois ans, auxquelles s'ajouterait dès mars 2015 une ponction de 500 M€ dans leurs fonds de réserve. Pour les intéressées, la coupe est pleine ! Après avoir dû composer en 2014 avec 270 M€ de ressources en moins, les voilà de nouveau sollicitées pour mettre au pot. La pilule a du mal à passer. « Les CCI sont doublement pénalisées, s'insurge Francis Guillot, président de la CCI du Pays d'Arles et vice-président de la CCIR Paca. Aucune institution n'est soumise à un régime de restriction aussi brutal ». Et d'aucuns de crier à l'assassinat. « Nous nous sommes heurtés à un mur, rage Jacques Pfister, premier vice-président du réseau des CCI de France et président de la CCIM-P. La taxe pour frais de chambre représente 70 % des recettes globales des CCI. Une taxe qui, jusqu'en 2012, était intégralement reversée aux CCI. Depuis, nous constatons une certaine opacité de la part de l'État qui n'en reverse qu'une partie aux CCI. De 1,234 Md€ en 2014, l'État souhaite verser moins de 800 M€ en 2017. Cette baisse est mortelle. »
Des projets compromis
En Paca, ce plan d'économie se traduirait par une perte sèche de 36 M€ de ressources fiscales. Dans les Alpes-Maritimes, par exemple, le budget de la chambre passerait de 18 M€ en 2013 à 10 M€ en 2017. Un « hold-up » qui irrite profondément son président, Bernard Kleynhoff : « En démolissant le réseau des CCI, l'État sacrifie les entreprises, et plus particulièrement les PME et TPE en les privant des services de proximité qui répondent à leurs besoins. » Et l'homme de prévenir : « On prépare le plus grand plan social de France. Sur les 26.000 collaborateurs du réseau, 6 à 7.000 pourraient perdre leur emploi. Si cela devait arriver au cours de ma mandature, je ne signerai pas les lettres de licenciement. Que notre tutelle s'en charge puisque c'est de sa décision. » Et Jacques Pfister de renchérir : « Si je dois faire face à une telle chute de mes ressources, soit j'entreprendrai une restructuration lourde, soit je remettrai les clés au Préfet si mon budget n'est pas à l'équilibre. Trop, c'est trop » Autre sujet d'ire, les fonds de réserve qui se verraient amputer au niveau régional de 44 M€. « Le risque induit est de couper l'élan et de compromettre les investissements dans les équipements utiles au territoire comme le port fluvial, le palais des congrès ou encore la modernisation de nos centres de formation », indique le président de la chambre arlésienne. Sur la Côte d'Azur, c'est le Campus de l'Apprentissage, projet phare de 85 M€, qui en ferait les frais. La CCI doit y contribuer à une hauteur maximale de 27 M€, prélevés sur son fonds de réserve, ce même fonds qui selon toute vraisemblance devrait être tronqué de 15 M€. « Dans ce cas-là, j'arrête tout », affirme Bernard Kleynhoff.
À la croisée des chemins
Dans ce contexte tendu, le président de la CCIR Paca, Dominique Estève, appelle à « ne pas avoir peur de révolutionner notre petit monde, en accélérant le choc de simplification et de mutualisation ». Francis Guillot acquiesce : « Il faut réfléchir à l'offre de services et à l'organisation de notre présence territoriale. La proximité avec les entreprises est un vrai enjeu. Compte tenu des mesures financières qui vont nous être appliquées, il nous faudra revoir notre panel de prestations, le resserrer sur les besoins majeurs de nos entreprises, de nos territoires et multiplier les partenariats pour éviter les doublons avec d'autres structures. » « Nous allons faire jouer la solidarité avec les chambres de la région et dialoguer afin de constituer une nouvelle équipe avec moins de frais. Par contre, si l'État pense qu'il ne faut qu'une seule chambre par région, mieux vaut arrêter-là ! », avance Jacques Pfister. Bernard Kleynhoff, lui, milite pour une réduction drastique du nombre de CCI en Paca. À l'instar du rapport Attali, il propose de changer le paysage consulaire régional en passant de sept chambres territoriales à deux grandes chambres, Nice Côte d'Azur et Marseille-Provence, en sus de la CCI régionale. « La question est de savoir si l'on est capable d'être intelligent et de faire des propositions avant qu'elles nous soient imposées par Bercy. » Une proposition accueillie avec méfiance par les plus petites des chambres. « Je souhaite avant tout que les politiques décident clairement si le pouvoir économique est affecté au niveau régional ou métropolitain, insiste le président arlésien. Si les conseils régionaux l'assument, la logique serait de régionaliser au maximum en favorisant la montée en puissance de la CCIR, appuyée par ses délégations territoriales. Si ce sont les métropoles et qu'il ne subsiste que Marseille et Nice, ces deux CCI ne couvriront en fait sur la totalité du territoire qu'un département, les Alpes-Maritimes, et une moitié de département, les Bouches-du-Rhône. Nous savons qu'il faut augmenter notre efficience, mais tout le monde doit se remettre en question, même les plus puissants. »
La colère gronde dans les CCI. Le réseau va devoir composer avec un plan d'économie drastique qui, selon toute vraisemblance, amputera leurs ressources fiscales de 37 % d'ici à 2017. Quelles répercussions en Paca ?Dossier réalisé par Gaëlle Cloarec, Jean-Christophe Barla et Laurie Maneval