CCI : Attention aux coupes claires !

CCI : Attention aux coupes claires !

Alors que les CCI bretonnes votent leur budget 2015, en forte baisse devant les contraintes imposées par Bercy, des voix s'élèvent sur le terrain contre les coupes claires programmées. Personnels, associations, réseaux, infrastructure.... Personne n'est épargné.

Les chambres de commerce sont au régime sec. Bercy, leur tutelle, leur impose une diète de - 36,25 % sur trois ans (2015 à 2017) qu'il faut donc digérer. « Il va falloir abandonner des choses, hiérarchiser les priorités et remettre à plat les services », confie cet observateur. En clair, c'est le moment de dépoussiérer la maison. Du coup, la colère gronde.




- 14 % à la CCI de Rennes

À la CCI de Rennes, le budget primitif a été voté à l'unanimité et à huis clos, le 24 novembre. L'an prochain, son montant global s'élèvera à 24,657 millions d'euros, tenant compte d'une restriction des ressources fiscales de - 14 % par rapport à 2013, soit une baisse de 771.000 €, « à relativiser » selon son président. Et encore un million à trouver en 2016 et autant en 2017. « Les restrictions annoncées pour 2016 et 2017 obligent, dès à présent, à considérer le budget voté insuffisamment adapté pour anticiper les années à venir », ajoute la CCI de Rennes qui prévoit déjà de voter, en début d'année, un budget rectificatif « de combat ». À la clé : 700.000 € de plus à trouver dès 2015 pour « dégager de nouvelles marges de manoeuvre ». « Ce n'est pas notre argent mais celui des entreprises ! », s'insurge Youenn Le Boulc'h, à Saint-Malo, qui parle de « vol de l'Etat ». Frais de fonctionnement et de personnel, soutien financier à certains organismes ou associations : tout le monde met la main à la poche. À Rennes, la baisse des subventions représentera une économie de 23 % dès 2015. « Nous allons réétudier certains dispositifs qui méritent de ne plus être portés seuls », souligne Emmanuel Thaunier, président de la CCI de Rennes. L'opération « JeCréeMaBoîte », par exemple, lui mobilise 0,8 ETP...






Des impacts sur l'emploi

Au plan national, les CCI menaçaient de supprimer 6.000 à 7.000 emplois. En Bretagne, elles vont commencer à mettre ces menaces à exécution. Les départs ne seront plus remplacés poste pour poste. « Nous allons travailler sur le levier de la masse salariale : 11 CDD nous quittent », confie Emmanuel Thaunier, qui annonce aussi trois ruptures conventionnelles et trois départs « naturels ».




Sans les pépinières rennaises

La CCI de Rennes a moins de patrimoine immobilier à vendre éventuellement, comme dans les Côtes d'Armor, mais propriétaire de quelques pépinières d'entreprises, elle songe à s'en désengager comme à Saint-Grégoire. « Est-ce bien raisonnable, lorsque nous gérons des pépinières, d'en être aussi le propriétaire ? », s'interroge Emmanuel Thaunier. Il songe aussi à l'orientation des collégiens, mission du conseil général qu'il assure en partie. Même des vitrines comme l'ESC de Rennes (1,4 M€ par an) sont mises à contribution. Les CCI n'excluent pas non plus de facturer demain certaines de leurs prestations aujourd'hui gratuites.




Emprunter davantage

Pour la première fois depuis de nombreuses années, la CCI22 a voté un budget primitif 2015 déficitaire pour la partie services aux entreprises. « Dans notre département, le manque à gagner par rapport au budget 2014 est de 656.000 €, précise Dominique Lecomte, président de la CCI. Le fonds de roulement atteint 357.000 € soit 1/2 mois de fonctionnement. Certes, l'ensemble s'équilibre grâce au budget des ports qui devrait rester excédentaire, mais la situation est grave. » Dans cette logique, et pour conserver un niveau d'investissement conforme à ce qu'elle réalisait les années passées, la chambre va devoir emprunter davantage que par le passé.




La CCI 22 vend sa vitrine À noter que malgré une volonté affirmée de quitter les deux syndicats mixtes, la CCI 22 s'est résolue à payer sa part dans le fonctionnement des aéroports de Lannion et Saint-Brieuc. Une ligne de contribution de 470.000 € (soit deux fois plus que la perte annoncée de 229.536 €) a été provisionnée. « Nous espérons faire infléchir les autres parties car cette situation n'est plus tenable. Le contexte actuel nous amène à faire des choix entre les structures que nous gérons en direct et celle que nous subventionnons. Nos ressources fiscales 2015 vont quand même passer de 5,8 à 5,1 millions d'euros. » Du côté des dépenses ou de la recherche de recettes nouvelles, la CCI 22 vient de mettre en vente son emblématique vitrine du développement durable, construite sous la mandature de l'actuel président de région, Alain Daher, en 2006 : le bâtiment Exceltys à Ploufragan. Prix demandé : 700.000 €, là où mobilier inclus, la chambre avait déboursé 1,4 million. Les réseaux d'entreprises sont également impactés. Subventionnés chacun à hauteur
de 15.000 € par, le CEPR Dinan, Promouvance à Loudéac, Saint-Brieuc Entreprises et le Club Ouest Côtes-d'Armor à Lannion ne savent pas encore à quelle sauce ils seront mangés. Reçus ensemble par le président Lecomte à la fin du mois de novembre, ils se sont vus signifier que la décision finale serait prise dans le courant du mois de mars 2015. S'il est clair que la subvention sera réduite de manière conséquente, nul ne peut en connaître encore la somme. Certains espèrent grappiller 5.000 € quand d'autres estiment déjà que rien ne sera versé.

Le Finistère repousse l'échéance

À la CCI de Brest, qui utilise un arrêté ministériel autorisant le vote du budget primitif jusqu'au 31 janvier, Frank Bellion n'est guère plus optimiste : « Si la ponction de 15,4 M€ prévue à l'origine nous était affectée, notre CCI se retrouverait en situation de cessation de paiement, prévient-il. Dans tous les cas, ces coupes nous amèneront probablement à faire des choix sur les subventions que nous attribuons à de nombreuses associations ». À Morlaix aussi, on votera en janvier. « Mais je me battrai jusqu'au bout contre ces ponctions ! », fulmine Jean-Paul Chapalain, président de la CCI nord-finistérienne, qui devait au départ se voir enlever 10 M€. « Nos capitaux propres ne viennent pas de ressources fiscales mais d'opérations privées (de Brit Air où la CCI était actionnaire notamment, NDLR). Il serait injuste de nous les prendre. Surtout qu'elles servent à investir sur un territoire qui souffre énormément : Gad, Tilly-Sabco, etc. », ajoute l'élu.

Des projets annulés dans le Morbihan
Dans le Morbihan, le budget primitif vient d'être voté unanimement fin novembre. En dehors, les concessions que sont le port et l'aéroport, les charges devraient atteindre 15 M€. « Il faut savoir que l'Etat va nous syphonner 5,2 M€ de fonds propres. Cela ne sera pas sans incidences. Dès janvier, nous organiserons une nouvelle assemblée générale où nous réétudierons ce budget », tempête Jean-François Le Tallec, président de la CCIM Une situation complexe qui aura d'ores et déjà des incidences. « Cet argent était prévu pour construire la pépinière d'Auray, pour aménager 15.000 m² sur la zone de Kerpont à Caudan, idem sur la BSM où nous avions prévu de réaménager un bâtiment. Ces projets sont clairement annulés. » Seul point positif aux yeux de certains : ces économies vont pousser à la refonte de la carte consulaire, avec des fusions en perspective. Un séminaire de travail régional y a travaillé le 3 décembre, lendemain de l'AG nationale.

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