Bureaux : «Construire une tour, c'est construire un totem»
# Immobilier # Conjoncture

Bureaux : «Construire une tour, c'est construire un totem»

Fervent défenseur des tours, architecte de l'une d'entre elles à Lyon, Abbès Tahir nous fait partager sa passion. En se posant comme défenseur du quartier de La Défense. Un schéma urbain, selon lui, «parfaitement réussi et cohérent.»

«Signe de puissance, de croissance économique, les constructions en hauteur ont toujours existé depuis la Tour de Babel. Il y a eu une extraordinaire avancée avec l'école de Chicago au début du XXesiècle et pour une ville comme New York, les tours traduisent la vision iconique de la ville, la carte postale. Elles s'imposent aujourd'hui en Orient et en Extrême-Orient de manière exponentielle.» Abbès Tahir est un des principaux architectes de la prestigieuse agence française Arte-Charpentier, créée en 1969 par Jean-Michel Charpentier. Responsable de plusieurs projets en Chine et en Pologne, on lui doit entre autres en France le terminal passager Eurotunnel de Coquelles, la station Météor Saint-Lazare de la ligne 14 avec sa bulle de verre sur le parvis et la tour Oxygène de La Part-Dieu, à Lyon.




2030: 2.000 nouvelles villes d'un million d'habitants

C'est à travers la démographie qu'il explique le développement des projets de tours dans le monde. La moitié de la population de la planète, rappelle-t-il, est aujourd'hui concentrée dans les villes, avec 400 agglomérations millionnaires et 27 mégapoles comptant plus de dix millions d'habitants chacune. «Chaque jour, la population urbaine au niveau mondial s'accroît de 180.000 personnes. À l'horizon 2030, ce sont deux milliards de nouveau citadins en plus, soit 2.000 villes d'un million d'habitants, souligne l'architecte. Le problème est que l'étalement urbain a ses limites. Il oblige à la construction de routes qui génèrent trafic et embouteillages, ce qui est peu compatible avec la notion de développement durable.» D'où la construction de tours de 200 à 300 mètres mais aussi des ensembles plus modestes de 50 mètres qui prennent en compte un environnement global.




Tour downtown avec accès depuis la rue

«D'une part, la tendance n'est plus aux tours platoniciennes ou parallélépipèdes comme à La Défense. D'autre part à Shanghai, par exemple, il est intéressant de constater que le coefficient d'occupation des sols est de quatre, soit la même densité que certains quartiers du 1erarrondissement de Paris mais avec la présence de parcs publics autour des tours qui apportent beaucoup d'air et d'ensoleillement.» Sous cet angle, Abbès Tahir se pose en défenseur du quartier français de La Défense qui, comme La Part-Dieu, à Lyon, ont, à ses yeux «atteint leur objectif d'un schéma urbain parfaitement réussi et cohérent». Problème de La Défense: les tours construites il y a 30 ans sont aujourd'hui pour beaucoup obsolètes et leur réhabilitation se heurte, entre autres, aux limites de la copropriété et aux contraintes d'usage. Oxygène à Lyon représente au contraire la nouvelle génération de tours avec la prise en compte dès la conception de son environnement immédiat, de son usage, de la flexibilité pour répondre aux contraintes du marché immobilier et du choix pertinent des matériaux répondant aux critères de l'éco-construction, dans une démarche de développement durable. «La tour Oxygène est la première tour de downtown avec un accès depuis la rue. Nous avons traité le socle de la tour comme un socle actif», explique son concepteur. Parmi les originalités, une réflexion poussée sur le noyau de l'immeuble qui accueille les ascenseurs et les escaliers de même que les couloirs de sécurité généralement placés à l'extérieur. «D'où une grande clarté, une grande luminosité.» Reste que les projets sont, en France, peu nombreux à voir le jour. À Paris, le plan local d'urbanisme ne permet plus d'immeubles d'une hauteur supérieure à 37 mètres. À Lyon, le PLU est assez souple pour envisager d'autres réalisations mais le nerf de la guerre - les finances - fait souvent défaut.




«La satisfaction de l'appropriation»

«L'équation tient au rapport entre le prix et le taux de rentabilité exigé par les investisseurs dans le cadre de la compétition à laquelle se livrent entre elles les grandes villes européennes. Des projets sont très vite abandonnés en raison des conditions financières et du risque de recours qui gèle les fonds de pension», explique Abbès Tahir. Question: qu'est-ce qui motive un architecte dans la réalisation de tours? «Une tour, en soi, reste dans nos horizons un type de construction assez exceptionnel. Quand on construit une

tour, on construit un signal, un totem. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Mais ma motivation première, c'est la satisfaction des clients, des usagers, des acteurs de la ville. Les Lyonnais sont très fiers de la tour Oxygène. Que le public s'approprie l'architecture est une grande satisfaction.»

# Immobilier # Conjoncture