Entre la suppression du dispositif Scellier, la hausse de la TVA à 7% ainsi que le recentrage du Prêt à taux zéro+(PTZ+) sur le neuf, l'année 2012 s'annonce plus difficile que prévue pour le secteur du BTP en Rhône-Alpes. «Si l'on n'avait pas connu la crise de 2008, ces mesures auraient eu un impact limité», estime Jean-Louis Lambert, président régional de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Il estime que ce coup de rabot aura un impact direct sur la consommation des ménages en ramenant la croissance du secteur à zéro. «Jusqu'ici, les entreprises avaient réussi à préserver les emplois en puisant dans leurs réserves personnelles, mais aujourd'hui, elles n'ont plus de trésorerie et les banques refusent de leur prêter de l'argent», résume Jean-Louis Lambert. Il craint donc que certaines sociétés de la région ne soient obligées de licencier, voire de mettre la clef sous la porte... «Près de 98% des entreprises du BTP ont moins de cinq salariés: si elles doivent licencier deux employés sur trois, elles n'ont plus qu'à fermer boutique», constate-t-il. Sans compter que ces nouvelles dispositions s'ajoutent à d'autres problématiques qui asphyxiaient déjà les entreprises, à savoir la hausse du coût des matières premières ou l'allongement des délais de paiement. Avec près de 38.000 entreprises, soit 10% de l'activité nationale, le BTP en Rhône-Alpes suit de près les tendances qui se dessinent dans l'Hexagone. «Il n'y a que les régions frontalières qui pourraient tirer leur épingle du jeu en raison de la bonne santé du franc Suisse, qui a pris 30% au cours de la dernière année», résume le président de la Capeb. Selon lui, les régions où il existe encore de grands projets d'infrastructures (Grand Lyon, Giant à Grenoble...) pourraient garder le nez hors de l'eau. «Mais la tendance est plutôt à ce que les gros joueurs du bâtiment se déplacent sur le terrain des PME», précise-t-il.
Vers une baisse de la création de logements
Le président de l'Union des constructeurs immobiliers (UCI-FFB), Dominique de Sauza, prévoit une chute de la commercialisation des logements neufs. «C'est dans les zones urbaines tendues où l'on aura le plus de problèmes car aucun acquéreur ne va se substituer aux investisseurs Scellier», met-il en garde. Face au ralentissement des ventes, certains particuliers pourraient être tentés de retirer leurs biens du marché et de faire payer le prix fort aux futurs acquéreurs. «En France, près de 40.000 créations de logements neufs vont être supprimées, ce qui représente aussi 70 à 90.000 emplois menacés», estime Dominique de Sauza. Selon lui, la hausse de la TVA devrait toutefois avoir des effets limités. «Cela va surtout affecter les consommateurs qui veulent faire des travaux et pour lesquels chaque variation des coûts a son importance.» Les professionnels attendent le bilan d'activité du secteur qui doit être publié fin novembre. Sans se voiler la face.
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Conjoncture Les mesures d'austérité présentées par le gouvernement début novembre ont sonné le glas des espoirs de reprise pour le BTP.