Brest métropole : Des métiers bientôt à court de main d'oeuvre ?
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Brest métropole : Des métiers bientôt à court de main d'oeuvre ?

Une étude identifie cinq familles professionnelles qui risquent de manquer de main-d'oeuvre dans les années à venir. Entretien avec Lucie Bianic, du pôle emploi et prospectives à l'Adeupa.

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ianic, pourquoi avoir lancé cette étude sur les métiers en tension dans le Pays de Brest ?

Un premier travail a été fait en 2002, sur la base du recensement de 1999. Il s'agissait de faire de la prospective sur les familles professionnelles afin d'identifier les besoins pour développer certains secteurs d'activité et faciliter l'insertion professionnelle. Cette étude, qui identifie quatorze familles professionnelles, a permis à Brest Métropole de lancer des actions concrètes afin, par exemple, de changer l'image d'un métier en manque de main-d'oeuvre ou encore de créer des formations adaptées. Aujourd'hui, les choses ont beaucoup évolué et la métropole a tout naturellement demandé à l'Adeupa de reconduire ce travail.


Comment avez-vous procédé ?

En partenariat avec l'Insee, nous avons tout d'abord réalisé une étude quantitative sur les métiers à forts enjeux de renouvellement sur la zone d'emploi, qui est en moyenne à 2,5 % de croissance. Les familles que nous avons retenues sont en revanche aux alentours de 10 % de croissance, et ont des taux de départ projetés importants, essentiellement pour cause de départs en retraite. Cela nous a permis d'identifier vingt métiers en tension. Nous nous sommes ensuite réunis avec tous les acteurs économiques du bassin, et avons isolé quatre métiers à forts enjeux afin de creuser les leviers de renouvellement et de faire en sorte qu'ils soient suffisamment pourvus en main-d'oeuvre.


Quels sont ces métiers que vous avez identifiés et sur lesquels Brest Métropole va mettre l'accent ?

Aides à domicile et ménagères, cadres dans les services administratifs comptables et financiers, techniciens et agents de maîtrise des industries mécaniques, attachés commerciaux et représentants, et enfin ingénieurs informaticiens. Il s'agit d'un éventail large que nous avons voulu représentatif de tous les secteurs, afin que chaque demandeur d'emploi potentiel puisse s'y retrouver.


À quoi attribuez-vous le manque de main-d'oeuvre à venir en informatique, en comptabilité/finance et en force commerciale ?

Si l'on prend l'exemple des ingénieurs en informatique, on peut l'attribuer à l'éloignement de notre territoire, mais surtout à la généralisation de l'informatique dans tous les secteurs. Le potentiel de croissance est énorme, et on l'a déjà vu ces dernières années. Pour les cadres des services administratifs comptables et financiers, on peut l'attribuer à la présence d'entreprises phares dans le secteur bancaire, au fait que ce métier concerne un large secteur d'activité, et au fait qu'il s'agit de métiers à fort potentiel d'ascension sociale.


Quels sont les leviers de renouvellement sur lesquels on peut agir pour parer à ces éventuels manques de main d'oeuvre ?

La formation, bien sûr : s'assurer que l'offre est suffisante, et en lien avec les métiers concernés. Mais aussi la mobilité professionnelle, c'est-à-dire identifier d'éventuelles passerelles entre professions. Par exemple, il y a un lien très fort entre le métier d'aide à domicile et celui d'employé de maison, lequel est en décroissance... On peut aussi agir sur la mobilité géographique, en regardant si le métier en tension est représenté dans les zones d'emploi adjacentes telles que Morlaix, Quimper et Carhaix, ce qui peut éventuellement permettre de combler les besoins. On peut aussi regarder du côté de la demande d'emploi, chez nous comme dans les bassins adjacents, mais aussi du côté des métiers en lien.


Quelles sont les prévisions en matière de plan d'action ?

La métropole a ainsi décidé de faire se rencontrer les acteurs économiques de chaque famille professionnelle en tension afin de définir des actions concrètes à mener d'ici à la fin de l'année.



Propos recueillis par Jean-Marc Le Droff

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