Produit phare du plan Transmission lancé en 2025, le "prêt croissance transmission" illustre la volonté de Bpifrance d’élargir son accompagnement à l’ensemble du champ entrepreneurial. Ce nouveau prêt sans garantie, pouvant atteindre 5 millions d’euros sur sept ans — ou dix ans pour le secteur hôtelier -, avec deux années de différé en capital, s’adresse aux repreneurs de PME et d’ETI.
Combler le déficit de fonds propres des repreneurs
Il a été conçu pour combler le déficit de fonds propres dont souffrent de nombreux porteurs de projet, souvent dans l’incapacité de financer seuls une opération de reprise. Associé à un prêt bancaire classique, il offre un effet de levier déterminant sur le plan de financement.
"On a désormais la capacité d’accompagner la transmission de tout type de projet et de taille, via un continuum complet de solutions : accompagnement, financement, garantie et investissement", souligne Eric Versey, directeur exécutif de Bpifrance en charge du financement et du réseau. Et d’ajouter : "Nous avons déjà quelques opérations en cours, avec des dossiers significatifs de PME et d’ETI".
Favoriser des opérations perçues comme risquées
Jusqu’ici, la banque publique dirigée par Nicolas Dufourcq n’avait pas les moyens d’intervenir sur la transmission de structures plus importantes, ce qui est désormais possible. Même si les cessions d’ETI restent rares — la France en compte environ 4 000 -, Bpifrance peut désormais répondre présent sur les quelques-unes qui seront à céder. Avec ce nouvel outil, l’institution publique couvre ainsi "toutes les franges de population d’entreprises, du petit fonds de commerce jusqu’à l’ETI".
Moins sécurisées que les opérations de financement d’investissement classiques — dits capex, généralement adossés à des actifs tangibles -, les transmissions sont perçues comme plus risquées. La participation de Bpifrance permet de partager ce risque et d’équilibrer la trésorerie de l’opération. Un mécanisme qui, selon Eric Versey, est "vu d’un très bon œil" par les partenaires bancaires de la banque publique d’investissement.
Un maillage enfin national
Reste à garantir un accès équitable sur l’ensemble du territoire. Jusque-là, les repreneurs pouvaient déplorer une certaine hétérogénéité de l’offre de Bpifrance, avec certaines régions dotées d’un produit pour accompagner la transmission et d’autres qui n’en avaient pas. "L’idée est de compléter les dispositifs régionaux par un dispositif national pour pouvoir adresser la transmission dans tous les territoires et quelle que soit la nature du projet", indique Eric Versey.
Une offre d’accompagnement
Ce nouveau prêt vient compléter les autres solutions proposées par Bpifrance : prêt d’honneur reprise à taux zéro, garanties transmission, missions de conseils et d’accompagnement, apports en fonds propres ou quasi-fonds propres.
Au-delà du financement, Bpifrance muscle aussi son offre d’accompagnement. Côté cédants, l’établissement aide les dirigeants à préparer leur départ. Côté repreneurs, il propose un suivi post-reprise : diagnostic de l’entreprise rachetée, appui à la gouvernance, optimisation des process… Objectif : sécuriser les opérations dans la durée.
Pour favoriser les mises en relation, Bpifrance a mis en place un outil, "le Meetic de la transmission" selon Eric Versey. La Bourse de la Transmission recense quelque 46 000 affaires à reprendre, dont près de 6 000 entreprises - le reste étant composé majoritairement de fonds de commerce.
En toile de fond, un défi de taille : répondre au vieillissement des dirigeants de PME et d’ETI, à la baisse du nombre de transmissions, et éviter la destruction d’emplois, de valeur et de savoir-faire dans les territoires.