Derrière la porte de Boréal Yachts, à Minihy-Tréguier (Côtes-d’Armor), se trouve un fleuron du nautisme connu uniquement des initiés, bien qu’il vienne de fêter ses 20 ans. Des happy few constitués d’une clientèle aisée qui provient à 70 % de l’étranger et qui, à l’approche de sa retraite, a un rêve. "Celui de réaliser un grand voyage dans le monde avec un voilier, dans des endroits difficiles, comme l’Alaska, ou paradisiaques comme Tahiti, raconte Eric Vautrin, gérant de l’entreprise. Nous leur proposons un bateau en aluminium, du 44 pieds au 70 pieds (14 à 22 mètres), capable d’évoluer partout. La limite n’est pas le bateau, c’est l’équipage."
Un carnet de commandes plein pour les 3 ans à venir
Ce marché de niche, qui ne compte que quelques acteurs dans le monde (deux français, à Cherbourg et aux Sables-d’Olonne, et un néerlandais, pour ce qui est de l’Europe), Boréal Yachts (60 salariés, 10 M€ de CA en 2025) en est l’un des leaders. Et l’entreprise costarmoricaine a le vent en poupe. En 2020, lorsqu’Eric Vautrin est entré au capital de la PME créée en 2006 par Jean-François Delvoye, co-dirigeant, le chantier vendait 7 voiliers pour un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros. En 2026, elle en aura livré 10. "Et le carnet de commandes est plein pour les trois prochaines années", se félicite Eric Vautrin, ancien de l’agroalimentaire (Danone, Stalaven, Cooperl).
Une fabrication en une seule pièce en aluminium
Le succès des voiliers de Boréal yachts, réalisé sans commerciaux, tient à une particularité principale. "Nos voiliers sont fabriqués en une seule pièce en aluminium, c’est unique au monde", s’enorgueillit Eric Vautrin. Et donc entièrement recyclable.
Cette caractéristique répond aux trois objectifs de l’entreprise, qui se déclinent à toutes les étapes de fabrication : la sécurité, liée à la durabilité du bateau, un seul matériau vieillissant mieux ; le confort ; et la performance, soulignée par le poids du voilier et la forme de sa coque. Les voiliers possèdent un embryon de quille original qui permet de les poser sur le sol. "C’est pratique par exemple dans les Caraïbes, lorsqu’il y a 3 mètres de fond ou quand on se met à l’abri d’un ouragan", reprend le Briochin d’origine.
La fabrication nécessite en moyenne 8 000 heures
La fabrication, qui dure en moyenne 8 000 heures, est organisée en ateliers successifs, de la chaudronnerie jusqu’à l’aménagement en passant par la menuiserie, la sellerie, le vernis…, orchestrés par un ERP. "Toutes les pièces sont préparées au boulon près pour chaque bateau", indique Eric Vautrin. L’atelier peinture, où les voiliers passent trois mois, applique par exemple 12 couches sur le pont. La coque, elle, n’est jamais peinte, protégée par l’alumine. Pour les installations électriques et l’électronique, un partenariat a été signé avec l’entreprise costarmoricaine Teem (Pordic), dont une équipe de 4 salariés travaille en permanence sur le site.
Les voiliers sont autonomes en énergie
Les voiliers sont autonomes en énergie (pour les réfrigérateurs, congélateurs, climatisation… suivant les options, ouvertes et souvent inspirées par les clients) et connectés, via le réseau de satellites Starlink, "qui a représenté une vraie révolution", notamment pour le marché du grand voyage.
Un service personnalisé et sur mesure de "prise en main" est assuré par les gérants, eux-mêmes grands voyageurs (Jean-François Delvoye part six mois par an sur l’un des 118 Boréal qui voguent actuellement à travers le globe). Il dure un mois voire deux, pendant lesquels les propriétaires restent sur place, augmentant les retombées économiques sur le territoire, d’hôtellerie et de restauration. Une autre satisfaction pour les deux gérants.
L’entreprise agrandit son site petit à petit
Pour accompagner sa croissance, Boréal Yachts a investi progressivement dans de nouveaux bâtiments sur son site de Minihy-Tréguier. Ils s’étendent au total sur 3 800 m² aujourd'hui. En 2021, un bâtiment est ainsi sorti de terre pour accueillir les plus gros modèles de la gamme. Le premier 70 pieds a été achevé en septembre 2023. En 2025, un nouveau local a été construit, pour un investissement de 300 000 euros. Il accueille les ateliers peinture et aménagement.
Les occasions se vendent au prix du neuf, voire plus
Boréal Yachts envisage de récupérer ou construire un bâtiment au port voisin de Tréguier pour assurer le SAV de ses voiliers. Cette activité est réalisée aujourd’hui par une équipe de Boréal Yachts sur le Chantier naval du Jaudy, installé sur le port. L’implantation pourrait également accueillir une activité refit, "une fois que les propriétaires ont réalisé leur rêve". "Nos voiliers se revendent d’occasion au prix du neuf (750 000 euros HT pour les plus petits, 1,29 million d’euros HT pour les 56 pieds, NDLR), voire plus. Nous nous en chargeons pour nos propriétaires."
De quoi poursuivre la croissance du chantier naval costarmoricain. Au même titre qu’un nouveau modèle, "en gestation". "Il s’agit de l’évolution de l’un de nos modèles existants, pour proposer quelque chose qui répond encore plus à nos trois objectifs de sécurité, confort et performance." Rendez-vous à la fin de l’année 2026 pour son lancement.