"Au nom des 7.000 entreprises qu'elle représente, la CCI Seine Estuaire et plus particulièrement la délégation du Havre exprime toute son inquiétude quant aux conséquences économiques majeures dues aux blocages répétés et aux tensions sociales actuelles". La CCI Seine Estuaire n'est pas la seule à s'inquiéter des dommages économiques causés par les blocages sur le territoire normand. La CGPME Le Havre Estuaire, le Medef Normandie ou encore la FNTR Normandie montent au créneau pour dénoncer la mise en danger de l'économie locale et la détérioration du fonctionnement des entreprises face aux problèmes d'approvisionnement en carburant. En effet, deux jours de blocages des deux raffineries de Normandie Exxon et Total et du terminal pétrolier Rubis de Grand-Quevilly ont suffi à plonger les agglomérations de Rouen, Le Havre et Caen dans une véritable pénurie de carburant.
Une analyse faussée de la loi Travail
La Fédération des transports routiers de Normandie (FNTR) est l'une des premières à avoir dénoncé ce mouvement de blocage en estimant que la loi Travail ne comportait pas de danger pour sa profession, contrairement aux dires des syndicats. "Deux organisations syndicales (FO et CGT, Ndlr) considèrent que ce projet aboutirait à ce que les heures supplémentaires effectuées par les salariés soient nettement moins bien rémunérées, et qu’en conséquence les salariés perdent de manière significative du pouvoir d’achat. Elles considèrent qu’un accord d’entreprise pourrait permettre de ne rémunérer les heures supplémentaires qu’à hauteur de 10%. Or c’est ignorer que le code du Travail offre déjà, depuis 2008, la possibilité aux entreprises d’instaurer le paiement des heures supplémentaires à 10% au lieu de 25 % et 50 %. A notre connaissance depuis 2008, aucun accord dans la branche n’a permis à une entreprise de rémunérer les heures supplémentaires à hauteur de 10%. La mobilisation de FO et de CGT Transport sur le fondement de la loi El-Khomri n’a donc pas de raison d’être. La loi el-khomri ne remet pas en cause en l’état la validité des dispositions conventionnelles existantes". Un point de vue repris par le Medef Normandie qui s'inquiète de la trésorerie fragile des TPE et PME déjà impactées durement par la crise: "C’est notamment le cas des entreprises de transport routier, alors que les salariés de cette branche, contrairement à ce qu’affirment certains syndicats, ne seront pas impactés par les dispositions contenues dans la loi El Khomri sur la modulation de la rémunération des heures supplémentaires. On constate également des problèmes dans l’industrie et le BTP, en raison notamment des difficultés d’accès et d’approvisionnement".
Des conséquences durables
Les perturbations engendrées par les blocages à répétition font craindre le pire aux fédérations patronales pour la santé des entreprises. Pour la CGPME Le Havre Estuaire, la situation est intolérable sur la zone d'activités du Havre, pour les entreprises comme pour les salariés, et le dit avec force: "La CGPME Le Havre Estuaire dénonce le blocus du Havre et la prise en otage des salariés et des entreprises par une minorité d'irresponsables". La CGPME Le Havre Estuaire interpelle même directement les manifestants: "Le Havre et son arrondissement, avec près de 13% de chômeurs est l'une des agglomérations les plus sinistrée de Normandie. Défendez-vous vraiment l'emploi? Est-ce cela votre vision humaniste des choses. Que voulez-vous? Mettre encore plus de personnes à la rue? Faire mourir la ville et le port? Nous ne comprenons pas ce mouvement contre une loi (certes discutable et mal expliquée) mais dont le seul but était de redonner de l'air et de la confiance aux entreprises pour qu'elles puissent embaucher sans crainte et redonner un horizon aux petits entrepreneurs aujourd'hui désespérés. Nous ne comprenons pas le mode d'action qui fragilise encore plus nos entreprises et leurs salariés". De son côté, la CCI Seine Estuaire s'inquiète pour les conséquences sur les entreprises du mouvement de blocage ainsi que pour l'image du Havre qui pourrait pâtir durablement de cette crise: "Dans le contexte économique actuel, cette crise qui perdure et s'enlise va entraîner des conséquences durables et très dommageables pour un grand nombre d'entreprises de la région havraise, déjà fragilisées. Cette asphyxie de l'activité économique est également dangereuse pour les emplois et de nature à accélérer les pertes d'emplois et la précarité. Autre conséquence majeure, la dégradation très forte de l'image de la ville qui ruine durablement tous les efforts fait pour l'améliorer". Certains syndicats s'inquiètent également de la situation à l'image de la CFE-CGC du Havre pour qui: "Cette situation engendre de graves dysfonctionnements pour l'économie déjà fragilisée de la région havraise, pouvant encore générer des pertes d'emplois et d'activité".
Appel a cesser les blocages
Tous appel à faire cesser au plus tôt les blocages qui paralysent déjà l'économie du territoire. Le syndicat CFE-CGC du Havre dénonce: "des organisations syndicales profitant de la situation pour montrer leur capacité de nuire alors qu'elles n'arrivent pas à rassembler les salariés (...) La liberté de travail doit être rendue aux salariés immédiatement". La CCI Seine Estuaire lance un appel "très solennel à la responsabilité individuelles et à la prise de conscience de chacun pour l'intérêt général du Havre et de sa région". Un appel solennel repris par le Medef Normandie qui met en garde les syndicats grévistes: "Nous appelons les syndicats concernés au sens des responsabilités, afin de mettre fin dès aujourd’hui à ces blocages et ces barrages. Si manifester est un droit légitime, prendre en otage l’économie régionale et ses salariés relève au mieux de l’inconscience, au pire de l’acte suicidaire ! Soyons clairs : ils seront tenus pour responsables des faillites d’entreprises et des licenciements qui ne manqueront pas de se produire si cette situation était amenée à perdurer". De son côté, la CGPME Le Havre Estuaire crie: "Ca suffit" et dénonce une prise d'otages: "Vous voulez manifester, faites-le contre les pouvoirs publics, mais ne prenez pas les Havrais en otages, et respectez la Démocratie, vos entreprises, votre environnement". Enfin, la FNTR rappelle la fragilité de son secteur d'activité composé majoritairement de TPE et PME sensibles aux moindres aléas économiques: "Le transport routier de marchandises est un secteur fragile mais essentiel à la vie des territoires. Le secteur est très majoritairement composé de TPE et PME qui subissent des mouvements dont les revendications sont totalement déconnectées de la réalité des relations salariés-employeurs. La FNTR Normandie appelle à faire cesser ces blocages intempestifs qui rassemblent peu de manifestants issus de la branche (conducteurs) et qui perturbent la libre circulation des biens et des personnes. Les manifestants pénalisent les entreprises et leurs collaborateurs dans une période économique suffisamment compliquée. Ce déficit d’activité pèsera lourd commercialement et dans les comptes des entreprises".