Quel est le problème avec le bisphenol A ? Pourquoi une loi pour l'interdire?
Le problème vient des molécules qui viennent "perturber" notre système endocrinien ou hormonal. Le bisphénol A et les phtalates* en font partie mais pas seulement. Le problème est beaucoup plus large car les molécules potentiellement dangereuses sont nombreuses. Le bisphénol A et les phtalates en général sont une problématique qui existe depuis plusieurs années.
Vous dites que le problème ne s'arrête pas au bisphénol A?
La réflexion qu'il faut mener est celle de l'après-pétrole. Car c'est de cette industrie qu'est issu le bisphénol A, entre autres. Il faut regarder beaucoup de substances. C'est une question de durabilité et d'environnement à très long terme. Et il ne faut pas croire que cela ne concerne que l'industrie agroalimentaire. Les plastiques sont partout aujourd'hui: de la portière de voiture au stylo en passant par les claviers d'ordinateurs. L'agroalimentaire et ses emballages sont plus visés car cela renvoie à ce que l'on avale. Mais une étude de l'INRA montre bien que le passage des molécules dans le système se fait aussi par l'épiderme, donc le toucher.
Quelles conséquences pour les industriels?
Il faut un changement d'approche des entreprises dans leurs achats. Car ce ne sont pas les industriels bretons qui "fabriquent" ces phtalates. Mais ils en consomment. À voir s'ils peuvent peser, ensemble, sur les pétroliers pour refuser des produits contenants ces molécules dangereuses.
Existe-t-il des alternatives?
Cela fait 10 ans que l'on connaît le problème. J'imagine que des gens ont travaillé dessus. Mais s'il existe des solutions, je ne les connais pas.
Pourquoi aucune solution?
Il peut y avoir de nombreuses raisons pour que rien ne se soit sorti. Ils n'ont rien trouvé ou un coût trop élevé, des stocks à écouler avant, un problème plus complexe de valorisation de coproduits. Qui sait?
Quels conseils donnez-vous aux membres de Breizpack?
Le rôle du réseau est d'avoir une vision prospective. La stratégie à adopter est peut-être de travailler sur autre chose. Selon moi, le circuit court peut être cette solution, en revenant à des produits avec une date limite de consommation de quelques jours. Ceux-ci nécessitent des emballages moins performants et plus simples sur lesquels nous pourrions éviter d'utiliser ces molécules.*Produits chimiques couramment utilisés comme plastifiants.
Santé Thierry Varlet est ingénieur, conseiller technologique en emballage chez Breizpack, il revient sur la nouvelle loi concernant le bisphénol A.Entretien.