Grenoble
Bâtiment : Les entreprises à bout de souffle
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Bâtiment : Les entreprises à bout de souffle

CRISE. Les dirigeants du bâtiment interrogés par l'Insee en octobre estiment que le climat des affaires est alarmant. En Rhône-Alpes, les acteurs de la filière organisent la riposte. Les communes qui bloquent les permis ou qui réduisent leurs investissements sont visées.

Plus qu'une sonnette d'alarme, un strident appel au secours. Confrontée à une conjoncture particulièrement compliquée, la Fédération du Bâtiment Rhône-Alpes tape du poing sur la table et demande à l'État de prendre ses responsabilités en soutenant la filière. Un État incarné dans la Région par le Préfet Carenco. Après une conférence de presse aux visées lobbyistes le 3 novembre dernier, Jacques Blanchet, président de la FFB Rhône-Alpes et les sept présidents des fédérations départementales doivent donc rencontrer Jean-François Carenco à la fin du mois. Au menu de cette rencontre : la présentation détaillée des 17 propositions (voir encadré) adressées aux services de l'État, au Conseil régional, au Comité des Banques, aux collectivités locales et aux parlementaires. L'enjeu : trouver des solutions pour permettre aux entreprises rhônalpines de passer les 18 prochains mois... avant une hypothétique reprise.






« L'heure est grave »

« Depuis 2012, le rythme des mises en chantier n'a cessé de diminuer. L'heure est grave. Depuis 1975, la moyenne rhônalpine est de 42.600 logements. Or fin juillet à peine 34.000 logements étaient en chantier. L'un des niveaux les plus bas constatés depuis 30 ans », s'alarme Jacques Blanchet. En 2011, cet indicateur s'établissait à 51.417. Des chiffres encore : fin août, les mises en chantier avaient reculé de 22 % dans la région contre 12 % en moyenne en France. Deux départements sont très touchés : le Rhône avec une chute des mises en chantier de 37 % en un an et la Loire, moins 28 %. La fédération Loire vient d'ailleurs d'ouvrir une cellule de soutien et déplore un retard de cotisations à la caisse des congés payés de 7 à 8 % des entreprises traduisant une situation très dégradée. « Nous prenons cette crise de plein fouet » s'inquiète Thierry Vidonne, président de la FBTP Loire. Une crise générée principalement par la conjonction de deux facteurs selon la FFB R-A: les freins à la construction générée par la loi Duflot et la chute brutale des investissements des collectivités engendrée par la baisse des dotations de l'État. Or, en Rhône-Alpes, sur les 14 Md€ de chiffre d'affaires global, 40 % sont directement connectés aux collectivités publiques. Deux facteurs principaux auxquels se sont ajoutées, depuis mars dernier, de nouvelles problématiques de chantiers arrêtés ou annulés. « Nous avons l'habitude, après des élections municipales, de subir des reports ou des annulations. Sauf que cette fois cela ajoute encore aux difficultés ! », s'insurge Jacques Blanchet. Dans les prochains mois, la Fédération va d'ailleurs s'attacher à recenser tous ces chantiers bloqués ou arrêtés en Rhône-Alpes pour trouver des solutions. Illustration de cette situation de blocage à Grenoble, Décines ou Montbrison, où certains chantiers, à l'arrêt, sont en attente d'une décision politique.






Grenoble (38)

Six mois après l'entrée en fonction de la nouvelle municipalité, les acteurs du bâtiment et de l'immobilier sont inquiets face à la remise à plat des grands projets urbains grenoblois. Esplanade, Presqu'île, ZAC Flaubert, réaménagement de l'A480 ou encore réfection du stade Lesdiguières... « Six mois avant les municipales, nous étions au fond du trou. Six mois plus tard, nous sommes encore plus bas car rien n'a bougé », affirme Pierre Streiff, président de la Fédération du BTP en Isère. Selon lui, le service social de la Fédération du bâtiment de l'Isère ne désemplit pas face aux demandes de mise en activité partielle ou de licenciements économiques. « Nous savons que nous avons déjà perdu entre 400 et 500 emplois en un an en Isère », affirme le représentant de la filière. « La majorité des projets arrivent à leur terme, et nous n'en voyons pas de nouveaux arriver », s'inquiète-t-il. « Celui du stade Lesdiguères, qui ne se fera pas, prévoyait par exemple l'installation de commerces et de grosses enseignes comme Auchan, souligne Michaël Reboh, directeur marketing et communication du groupe immobilier AGDA, voilà clairement un frein à l'activité économique du quartier ». Si les groupes Bouygues Immobilier et BNP Paribas n'ont pas souhaité s'exprimer à ce sujet, Eiffage reste prudent et ne s'estime pas concerné par la remise à plat des projets immobiliers. « Conformément aux deux permis de construire que nous avons obtenu à l'automne 2013, notre groupe est entré en phase de commercialisation pour réaliser deux immeubles de 90 logements au total sur la Presqu'île », annonce Marie-Claire des Lauriers, directrice de la communication du groupe, qui précise qu'une troisième demande de permis n'a pas encore été déposée. Pour Vincent Delaunois, président de la Fnaim38, la situation reste toutefois à nuancer puisque la demande en logements neufs n'est pas forcément présente sur l'ensemble des quartiers. « Mais attention à ne pas recréer un marché de l'immobilier tendu, que l'on ne connaît plus depuis 5-6 ans à Grenoble, en créant la pénurie », prévient-il. Vincent Fristot, adjoint à l'urbanisme et à l'habitat à la ville de Grenoble admet « que la situation nationale n'est pas florissante pour l'industrie de la construction. Mais nous nous sommes engagés à insérer correctement les opérations au niveau des riverains, cela est contraignant mais cela évite de devoir faire ensuite face à des recours et des blocages. Il y a une production possible de 700 logements par an sur Grenoble, qui ne dépend pas que de la Ville. Enfin, pour assurer de l'emploi aux professionnels, nous misons également beaucoup sur la réduction thermique, avec le projet de réhabiliter un grand nombre de bâtiments existants




».

Décines (69)

Les bureaux d'étude et entreprises du BTP s'inquiètent. Les travaux connexes hors Grand Stade sont au point mort. Ainsi deux hôtels, un immeuble de bureaux, un centre de loisirs et un centre médical ne peuvent pas sortir de terre et les travaux être lancés tant que le Maire UMP Laurence Fautra, n'aura pas signé les permis de construire. Sollicitée par le Journal des Entreprises, elle n'a pas souhaité s'exprimer, son cabinet indiquant que « les dossiers déposés sont à l'instruction et les interrogations concernant les travaux du Grand Stade concernent l'OL et sont confidentielles ». Selon le porte-parole de l'Olympique Lyonnais, qui est maître d'ouvrage du Grand Stade mais pas de l'ensemble du Parc Olympique, « il n'y a pas d'affolement. Nous échangeons sur le projet, le dialogue n'est pas rompu, nous espérons que les travaux seront finis pour l'Euro 2016 ». La maire de Décines qui a réclamé à Lyon sa part des recettes que générera, pour l'UEFA, l'Euro 2016, ne devrait en effet pas bloquer les dossiers très longtemps. Mais les entreprises ont-elles le temps d'attendre ? Pour l'heure 1.039 personnes sont employées sur le chantier à travers 176 entreprises (dont 68 % de Rhône-Alpes) sollicitées par Vinci.Un chiffre qui bondirait si le dossier du Parc Olympique (bureaux, hôtel, centre médical et de loisirs) était débloqué par la Ville.


Montbrison (42)
Presqu'au lendemain des élections municipales, le nouveau maire de cette commune ligérienne de 15.000 habitants, Christophe Bazile (Union de la droite et du centre), a annoncé l'annulation immédiate de 12 M€ de travaux financés par la Ville. 6 M€ pour la construction d'un nouveau cinéma et 6 M€ pour un nouveau centre technique municipal. « Il s'agit d'une décision politique mais surtout économique », assure Christophe Bazile. « Avec les nouvelles dotations de l'État, la Ville de Montbrison a une capacité d'investissement de 4,5 M€ par an (contre 6 M€ auparavant). La précédente municipalité avait budgété 25 M€ sur les deux prochaines années, nous allions droit dans le mur ». Et de confier : « j'exerce une profession libérale, j'ai plutôt une conception entreprenariale de ma ville. Ce n'est pas de gaieté de coeur que je suis allé annoncer à des entreprises que nous leur retirions leurs marchés ». Parmi les principales intéressées : l'entreprise de construction montbrisonnaise Brunel (CA 2013 : 8,5 M€, 48 salariés). Elle avait reçu une commande de 2,1 M€ pour le gros oeuvre du cinéma et en avait déjà réalisé 300.000€. « Du jour au lendemain, nous avons perdu 20.000 heures de travail et 20 % de notre chiffre d'affaires 2014. C'était il y a six mois. En raison de la conjoncture, nous n'avons pas retrouvé d'équivalent. Nous serons quand même bénéficiaires en 2014 mais notre résultat va être fortement impacté », déplore Luc Brunel, le dirigeant de cette entreprise familiale. Un résultat qui ne sera renfloué que très partiellement par les indemnités dues par la Ville, actuellement en négociation. Grâce à ses réserves et à un carnet de commandes relativement rempli, l'entreprise Brunel a réussi à éviter le chômage technique pour l'instant. « La situation est très préoccupante mais il y a des projets qui vont émerger, c'est certain. Il faut juste être assez solide pour faire le dos rond pendant les 18 prochains mois », conclut Luc Brunel.

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