Back-office: les entreprises sous la pression des "prosommateurs"
# Conjoncture

Back-office: les entreprises sous la pression des "prosommateurs"

La génération Y, une invention de sociologues ou une vraie génération à part ? Pour le spécialiste en génie logiciel Frédéric Fourdrinier, les entreprises devraient se pencher de près sur ces "drôles" de recrues.

«Le DSI*, demain, sera un broker de services. À lui de trouver les meilleurs ratios prix/productivité pour répondre aux exigences des usagers en interne en termes de connectivité et d'applications métiers.» Frédéric Fourdrinier, responsable de l'option Systèmes d'information et génie logiciel de l'EPITA, prévient: «il est utopique de croire que les entreprises vont pouvoir résister à la pression de la génération Y. Ces jeunes nés avec MSN font une utilisation personnelle permanente des outils de mobilité. Ils sont devenus des prosumers** (en français: prosommateurs) qui ne comprennent pas que l'entreprise ne leur fournisse pas les mêmes moyens. Pour un employeur, c'est une question d'image, la condition sine qua non pour fidéliser ou attirer les jeunes talents.» Et l'enseignant-chercheur de citer l'exemple du campus Evergreen du Crédit agricole, à Montrouge, aux portes de Paris. Fini le temps où l'entreprise décidait à quel collaborateur elle fournissait un ordinateur portable et qui pouvait ou non accéder à internet et sous quelles conditions. «Ce débat est dépassé!», assène Frédéric Fourdrinier.




Arrivée de la 4G: un accélérateur

Il s'appuie notamment sur de récentes études selon lesquelles plus de 43% des utilisateurs d'outils de mobilité ont recours à en moyenne trois terminaux. «On se lève le matin en relevant ses mails sur son smartphone, on poursuit dans la journée devant une workstation à écran géant et on termine le soir sur sa tablette. Avec la nécessité, quel que soit le support, de pouvoir accéder tout au long de la journée aux mêmes fichiers.» L'arrivée annoncée de la 4G va de ce point de vue constituer un réel accélérateur, bien plus que la fibre optique. Et pour cause: en 2011 et pour la première fois, les ventes de terminaux mobiles ont dépassé celles des fixes. «Le problème des DSI est dorénavant de fournir la connectivité et les services qui vont permettre aux collaborateurs de faire leur métier. Après, que les données soient stockées dans l'entreprise ou ailleurs n'a aucune importance de leur point de vue. Ce qu'ils veulent, c'est accéder et partager en temps réel l'information où qu'ils se trouvent. On va par exemple banaliser les postes de travail qui seront accessibles depuis n'importe quel point du globe et n'importe quel terminal.» Pour autant, souligne-t-il, la mobilité ne signe pas la fin des serveurs. «Il faut pouvoir décliner l'offre en interne. Peut-être des opérateurs de premier niveau peuvent-ils se contenter d'une messagerie placée sur un cloud public.




Débat sur le cloud computing

Mais on imagine mal les dirigeants d'EDF, d'Areva ou Safran ne pas disposer de réseaux totalement sécurisés pour échanger sur des informations relevant du secret défense ou du secret industriel. C'est une question qui relève de l'intelligence économique.» D'où le débat sur le cloud computing. Conclusion: «on part de loin mais les entreprises ne pourront pas résister longtemps. Alors de deux choses l'une, comme souvent en informatique: ou l'entreprise se contente de réagir avec toutes les conséquences en termes de coûts et d'évolution des métiers, ou elle adopte une démarche proactive avec une chance de satisfaire les utilisateurs.» * Directeur des services informatiques. ** Prosumer ou prosommateur: désigne de plus en plus un consommateur professionnel et un consommateur producteur.

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