À l’occasion des 10 ans de la société nancéienne d’expertise-comptable en ligne Clémentine, les dirigeants avaient communiqué sur leur volonté d’atteindre les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2032, pour les 20 ans de l’entreprise. "C’est un objectif qui est réaliste mais pas raisonnable", estime aujourd’hui Maximilien Saint-Dizier, toujours discret sur le niveau actuel de l’activité. Ancien directeur commercial de Clémentine, chargé du développement et arrivé dans la société peu après sa fondation, le dirigeant est aujourd’hui installé à la présidence du groupe. L’ancien président, William Boiché, a en effet décidé de passer le relais à l’occasion de la vente de l’intégralité du capital de Clémentine, l’entreprise qu’il a co-fondé en 2012 avec son père Jean-Louis Boiché, au groupe italien TeamSystem.
Le projet d’un acteur de dimension européenne
Revendiquant deux millions de clients en Europe, TeamSystem réalise un chiffre d’affaires de 695 millions d’euros avec 2 700 salariés, et génère chaque année plus de 415 millions de factures électroniques pour un total de 850 milliards d’euros traités. "Depuis plusieurs années, nous avons été très sollicités", retrace Maximilien Saint-Dizier. "Par des fonds, par des industriels. Mais pour retenir notre attention, il ne fallait pas présenter une position dictée par des éléments financiers, mais par un projet."
Une feuille de route stratégique en cours d’élaboration
Se présentant comme le leader européen de la facturation électronique en Europe, TeamSystem a approché les dirigeants de Clémentine en 2023. D’abord peu convaincu, William Boiché a accepté d’entrer en négociations, pour aboutir à une vente signée à l’été 2024. Société rentable depuis sa création, développée sans levée de fonds et lancée dans une phase de forte croissance, avec un point de passage à 20 millions d’euros de chiffre d’affaires récurrent en 2022, le pionnier de l’expertise-comptable en ligne coche toutes les cases pour attirer les financements et affiche une valorisation conséquente. Revendiquant aujourd’hui 15 000 clients, Clémentine emploie 240 salariés : "Le cœur de métier de Clémentine, c’est l’accompagnement des entreprises sur le plan comptable. Et pour que cet accompagnement puisse se faire de manière fluide, nous avons mis en place des méthodes de fonctionnement. Le maître mot de nos douze dernières années, c’était la dématérialisation", insiste Maximilien Saint-Dizier, avant de légèrement lever le voile sur la feuille de route en cours d’élaboration avec les équipes de TeamSystem.
Le retard du marché français
"Aujourd’hui, la question fondamentale, c’est comment nous voulons nous positionner", fixe le président de Clémentine. Ce qui agite le président de la société nancéienne comme l’ensemble du marché, c’est la généralisation de la facture électronique, programmé pour le 1er septembre 2027. Très en retard sur la digitalisation des procédés comptables, le marché français est donc "très porteur" pour un acteur comme TeamSystem : "Parce que ce retard, il va falloir le rattraper", fixe Maximilien Saint-Dizier, qui concède qu’il n’est pas possible "d’adresser la facture électronique si on est des artisans". Capable aujourd’hui de gérer quelques milliers de clients, Clémentine devra demain pouvoir en gérer des "centaines de milliers", du fait de l’apport de son nouvel actionnaire.
L’IA pour se débarrasser des tâches à faible valeur ajoutée
Autre sujet dans lequel Clémentine va pouvoir bénéficier de l’expertise de son nouveau propriétaire : l’intelligence artificielle. "En 2027, au moment même où l’entreprise édite une facture, elle est chez le client, elle est dans la comptabilité, avec toutes les infos", décrit Maximilien Saint-Dizier. "En supprimant toutes les taches qui n’ont pas de valeur ajoutée, il devient possible de se concentrer sur les enjeux du client. Et l’IA pourra nous y aider, en montrant qu’un niveau de marge n’est pas le bon par exemple." Déjà engagé sur ce terrain, notamment avec des outils développés dans le cadre de la société Comptalib, appartenant au groupe Clémentine, permettant aux équipes d’exploiter des modules d’intelligence artificielle déployés dans l’interface des outils de Clémentine, Maximilien Saint-Dizier veut aller aujourd’hui beaucoup plus loin : "Non seulement l’IA va nous permettre d’accroître notre zone de vigilance mais également de traiter les dossiers différemment. Parce que dans la comptabilité, il y a la saisie, mais il y a aussi la révision, la fiscalité ou encore la relation client".
Un actionnaire majoritaire qui opère à l’échelle de l’Europe
Parmi les chantiers prioritaires figure aussi l’international. Opérant aujourd’hui à l’échelle de la France, Clémentine appartient aujourd’hui à un groupe qui réfléchit à l’échelle de l’Europe. "De l’Europe et même du bassin Méditerranéen", précise le président de Clémentine. Pour autant, la stratégie ne semble pas encore fixée : "Est-ce que c’est Clémentine qui va avoir des clients en Europe ou est-ce que c’est l’Europe qui viendra à Clémentine ?", s’interroge Maximilien Saint-Dizier. Quoi qu’il en soit, l’expérience accumulée par TeamSystem dans l’ensemble des pays déjà concernés par la facturation électronique, comme l’Espagne, l’Italie mais aussi la Turquie sera stratégique pour prendre des positions solides sur le marché français.