Au centre de l’atelier d’impression numérique de Photoweb (220 salariés ; 30 M€ de CA), trône désormais une machine blanche flambant neuf à l’allure de vague écumeuse, une imprimante à jet d’encre écologique, et qui pourrait bientôt déferler sur le marché de l’imprimerie. C’est du moins l’ambition du directeur général de l’entreprise Laurent Boidi.
Baptisée Belharra, cette machine, censée réduire l’empreinte carbone de Photoweb de près de 60 %, "devrait révolutionner l’impression des tirages photos", espère le dirigeant. Non seulement parce qu’elle sera vertueuse pour la planète, et plus économique pour les imprimeurs mais aussi grâce à son utilisation ultra-simplifiée pour les opérateurs. "Cette machine est beaucoup moins stressante et bruyante que les imprimantes traditionnelles.", assure Laurent Boidi.
Une machine née du virage RSE engagé par Photoweb
C’est après avoir participé à la première édition de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) en 2022, que Photoweb décide d’engager un virage stratégique décisif pour réduire son empreinte carbone et remettre ses activités "au sein des limites planétaires", explique Clément Poursac, responsable RSE de la société. Photoweb réalise alors un premier bilan carbone et le constat est sans appel : le tirage argentique est responsable de près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise. "Nous avons donc souhaité trouver une alternative industrielle à cette activité", poursuit Clément Poursac.
Laurent Boidi rencontre alors Kyocera Nixka Inkjet Systems (KNIS), une jeune entreprise basée à Aubagne (Bouches-du-Rhône) experte dans les têtes d’impression, qui a justement pour projet de développer une imprimante numérique avec la même qualité photos et la même productivité qu’une imprimante numérique. Après trois ans de collaboration et de co-développement, les deux acteurs mettent donc au point la Belharra. "Notre analyse du cycle de vie démontre que tous les critères d’impact sont réduits de 60 % (changement climatique, utilisation des sols, des produits chimiques…)", avance le responsable RSE.
80 % des volumes de tirage photo sur cette technologie d’ici 2030
À ce jour, Photoweb propose encore deux gammes de tirages photos, la gamme Belharra écoconçue et un tirage premium argentique. "Pour avoir un niveau d’adoption rapide et élevé je ne voulais pas que les tirages éco-conçus soient plus chers" argumente le dirigeant. Les photos de la Belharra coûteront donc 3 centimes de moins que l’argentique.
À terme, l’entreprise a pour ambition de passer 80 % de ses volumes de tirage photos sur cette nouvelle technologie. "Le temps devrait permettre aux clients de basculer vers la Belharra", poursuit le dirigeant. Avec l’objectif que Lalalab et Feezer, les autres marques du groupe Digital Photo Group (60 M€ de CA) dont fait partie Photoweb adoptent aussi ce type d’impression.
"Photoweb est également l’opérateur photos pour la Fnac. L’idée est que nous puissions imprimer leurs photos sur la Belharra."
Un investissement de 2 millions d’euros
Si l’entreprise a investi 2 millions d’euros dans le projet (imprimante, machine de découpe photos et R & D compris), elle ne compte pas pour autant accaparer la technologie co-développée avec KNIS. Bien au contraire. "Nous n’avons pas d’exclusivité de brevet sur cette machine, KNIS pourra la produire pour la concurrence", avance Laurent Boidi, qui souhaite faire de cette innovation un levier de changement collectif.
Les premiers intéressés ont déjà pointé leur nez, trois semaines après la mise en fonction de cette imprimante, qui serait unique au monde pour le moment. "Nous avons trois demandes de visite de la part d’un équivalent de Photoweb au Canada, au Japon et aux Etats-Unis. Que des imprimeurs photos internationaux demandent à venir ici à Saint Egrève dans une ETI, pour voir comment la Belharra fonctionne est pour nous un très bon signal", conclut Laurent Boidi. Et les projections pour la planète ont de quoi faire rêver. Si tous les acteurs de l’impression photo en Europe de l’ouest adoptaient cette nouvelle technologie, 150 000 tonnes de CO2 seraient économisées.