C’est un ingénieur anglo-italien, marié à une Française, qui a atterri à Lannion (Côtes-d’Armor), pour y implanter son projet d’appareil aérien autonome, à mi-chemin entre le drone, car sans pilote, et l’avion puisqu’il peut évoluer dans l’espace aérien régulier. La technologie qui permet cela constitue l’innovation de rupture du projet. "Nous voulons être les premiers à proposer un drone civil qui vole dans l’espace aérien occupé par des appareils pilotés", ambitionne Tommaso Passerin D’Entreves.
Itinéraires programmés
Cette technologie, l’entrepreneur, âgé de 36 ans, la garde secrète. Il développe cet engin de 3 mètres d’envergure et de 40 kg depuis plus d’un an. Outre cet avantage de voler dans l’espace aérien classique, sans les restrictions imposées aux drones (limitations de hauteur, autorisations de vol…), l’appareil de TompAéro ne nécessite pas de pilote puisque ses itinéraires se programment, grâce à une liaison satellitaire. "Il n’y aura besoin que d’une seule personne d’astreinte pour tous nos appareils volant dans le monde", se félicite l’ingénieur, qui a notamment travaillé chez un fabricant d’hélicoptère et un équipementier aéronautique.
Des marchés universels
Le premier domaine d’utilisation de l’engin électrique qui peut voler à 200 km/h pour une autonomie à pleine charge (il pourra contenir l’équivalent d’un bagage cabine) d’une heure, est le transport médical d’urgence (organes, prélèvements, etc.) entre les hôpitaux entre eux ou les laboratoires… Le second est l’industrie, avec la livraison de pièces, prototype, et autres documents.
Le business model consiste à louer en direct les modèles et leur station de recharge aux clients, qui les auront sur leur site, et d’en facturer l’usage à l’heure de vol effectuée. "Nous visons le monde, en commençant par la certification européenne, car ce sont des besoins universels", précise le dirigeant.
Des levées de fonds prévues
Le calendrier de développement est connu. Un prototype devrait être construit à Lannion avec des pièces fabriquées par des sous-traitants bretons et la collaboration de deux universités du grand Ouest. Ce premier modèle pourrait voler mi-2025. Ensuite, deux ans de R1D supplémentaires seront nécessaires pour une certification complète de l’appareil en 2028.
Pour le tenir, Tommaso Passerin D’Entreves doit lever 500 000 euros fin 2025, notamment pour recruter une équipe de 5 à 6 salariés. Puis 3 millions d’euros en 2027. Pour l’instant, la start-up fonctionne en fonds propre. "Je suis ouvert pour accueillir des co-fondateurs opérationnels, pour complémenter sur la partie administration et gestion, et des apporteurs de capital, afin que je puisse avoir le nez entièrement dans la technique", annonce l’entrepreneur. Lauréat Emergys, TompAéro pourrait également obtenir des fonds de la French Tech et de l’incubateur de l’Agence spatiale européenne.
Si TompAéro s’est installé sur l’aérodrome de Lannion, dans un espace de 100 m² qu'elle a intégré en octobre, c’est que le site allie les deux aspects, drone et aéronautique. "Il y a une vraie volonté de Lannion Trégor Communauté, d’Anticipa (technopole lannionnaise) et du CTDO (Centre Technologique Drone Ouest) d’accompagner le projet", se réjouit le dirigeant.