De nombreuses enseignes de mode sont en difficulté, y compris dans le textile responsable. Comment va Cocorico ?
Cocorico va très bien. 2024 a été une année record avec 15 millions d'euros de chiffre d'affaires, plus de 700 000 produits vendus, ce qui fait de nous le plus gros fabricant de textile made in France. En 2025 nous espérons dépasser le million d'articles. Nous avons plus de 600 000 clients actifs sur notre site avec en moyenne une croissance de 40 % par an. Nous arrivons donc à la fin de notre première phase qui consistait à mettre en place le modèle économique et la capacité de production.
Votre système industriel justement est original, puisque vous vous appuyez sur presque autant d’usines de production que vous comptez de salariés (38 usines, 50 employés). Comment cela fonctionne ?
On dit souvent que l’industrie du textile en France est morte, mais les bassins existent encore, dans les Vosges, dans les Hauts-de-France et ailleurs. Nous avons des savoir-faire en France et des usines qui ne demandent qu’à tourner. Nous sommes devenus le plus gros donneur d’ordre du secteur. Nous parions sur des modèles basiques, intemporels, et sur les volumes. Pour une usine c’est du pain béni : nous leur apportons de la visibilité. C’est cela qui va nous permettre de démocratiser le made in France. Nous avons un seul site à nous, pour la logistique et le stockage au Frayssinet-le-Gelat (Lot) le siège social, et partageons l'administratif entre le Lot et Bordeaux.
"On entend partout que le Made in France est une contrainte, nous pensons que c'est une chance."
Quand on voit Le Slip français diviser ses prix par deux pour survivre, vous aviez fait le bon choix de miser sur de l’abordable ?
Nous avons créé Cocorico avec mes parents, frère et sœur en sortant d’un salon Made In France. Les prix de la mode nous ont paru si élevés… Le prix c’est le premier frein. Nous prouvons que, grâce au volume et parce que la France dispose déjà de savoir-faire, il est possible de proposer du local abordable. Nous sommes régulièrement sollicités par beaucoup d’acteurs, y compris d’autres secteurs (agroalimentaire ou jouets par exemple), en quête de conseils pour du Made in France. Nous sommes des industriels plus que des acteurs de la mode.
Que leur répondez-vous ?
On entend partout que le Made in France est une contrainte, nous pensons que c’est une chance. Ce qu’il faut, c’est maîtriser sa chaîne de production et ne pas hésiter à démarcher les usines. On évite de nombreux intermédiaires et on gagne en compétitivité. Avant de lancer un produit, nous sondons les clients (sur les critères et prix) puis nous nous assurons de sa faisabilité dans une usine en France.
Fabriquer un t-shirt n’est pas fabriquer un pull, ce sont des machines et des savoir-faire différents. Nous sommes actionnaires de certains partenaires chez lesquels nous investissons dans des machines automatisées pour garantir les volumes. C’est l’automatisation qui règle la question du coût à l’heure. On entend aussi dire qu’il faut relocaliser les productions à forte valeur ajoutée, nous pensons plutôt qu’il le faut pour les produits de grande consommation.
"Nous sommes régulièrement sollicités par beaucoup d'acteurs, y compris d'autres secteurs."
À quoi ressemblent vos usines partenaires ?
Quand on a démarré c’était beaucoup de petites unités, des survivants soutenus par des fonds publics, souvent des entreprises familiales. Petit à petit elles grossissent. Nous veillons à ne pas rendre nos fournisseurs dépendants, il y a des produits qu’on ne lance pas si nos fournisseurs sont trop petits ou si toutes les étapes ne peuvent être faites en France. Plus il y aura d’acteurs comme nous, plus le secteur reprendra de la vigueur. Notre concurrence n’est pas locale, ce sont les Zara, les Shein, etc.
En quoi consistera votre seconde phase de développement ?
Dans les mois qui viennent nous commercialiseront nos articles dans les magasins multimarques - que nous dévoilerons plus tard - partout en France, aux mêmes prix que sur le site internet. En France, 70 % des articles de mode sont vendus en boutique physique.
Depuis un an, vous testez la vente physique dans trois magasins Intersport, pourquoi des boutiques de sport ?
Les enseignes de sport sont les plus gros vendeurs de vêtements en France. Les magasins sont souvent en périphérie des villes moyennes dont les centres-villes ont été désertés. Les Intersport ont très bien tenu la barque et sont partout en France, comme les Sport 2000. Ces enseignes réalisent une part importante de leurs chiffres d'affaires avec le textile, parfois plus qu'avec les articles de sport à proprement parler.
Comment avez-vous réussi à les convaincre de vous intégrer à leurs rayons ?
Notre notoriété et nos chiffres sur le web jouent pour nous. Nous sommes aussi plus réactifs que des marques comme Adidas ou Nike qui imposent des commandes un an à l'avance, made in Asie qui plus est. Le Made in France est un argument pour la clientèle et, comme les enseignes de sport, nous profitons aussi de la tendance sportswear. Dans les magasins tests, nous avons réalisé des chiffres d'affaires supérieurs aux grandes marques, avec moins de promotions. Quant à notre capacité, elle est actuellement de 2,5 millions de pièces voire plus par an, donc ce ne sera pas un frein.
Est-ce hors propos de vous demander si vous songez à l'export ?
Ce qui est exportable c'est notre système de production. Du Made in Germany en Allemagne, cela aurait du sens.