Mondial des métiers, Forum de l'apprentissage de la CCI de Lyon, Semaine de l'apprentissage en Rhône-Alpes... Février fait la part belle à ce mode de formation dont on redore le blason. L'apprentissage semble enfin se départir de cette image peu valorisante qui lui collait à la peau. Parce qu'il concerne tous les niveaux de qualification, du CAP au diplôme d'ingénieur, il peut potentiellement intéresser tous types d'entreprise et de secteurs d'activité. Le gouvernement a débloqué des aides financières à l'apprentissage en2009 et2010. Quid pour 2011 ? Il souhaiterait désormais augmenter le quota de jeunes en alternance de 3 à 4% pour les PME de 250 salariés et plus. Pour autant, les ambitions nationales ne sauraient suffire à faire se rencontrer les demandes des apprentis et les offres des entreprises, sur le terrain. D'où la mobilisation des collectivités, des écoles et des entreprises locales.
Offre et demande en phase
Le Medef Lyon-Rhône a ainsi lancé VIP-Alternance.com en mai dernier, sur le modèle de VIP-Stage, une plateforme de mise en relation des offres et des demandes. L'outil, développé en partenariat avec BTP Rhône, l'Union des industries de la chimie Rhône-Alpes, forma sup Ain Rhône Loire, l'Ifir et l'Idrac, a été élaboré dans l'urgence. «La crise a été révélatrice d'une nécessité. Le Medef était à la croisée entre des entreprises qui avaient des offres et ne trouvaient pas d'apprentis, et des jeunes qui ne trouvaient pas d'entreprise», explique Bruno Verney, délégué aux Affaires sociales, juridiques et à la formation du Medef. Le site termine sa première campagne d'apprentissage avec 250 candidatures et 150 entreprises qui ont déposé une offre de contrat. «C'est encore modeste et nous visons l'objectif ambitieux de 500 offres en ligne en octobre prochain. Mais ce n'est pas neutre car embaucher un jeune en apprentissage est une démarche plus lourde qu'en stage», souligne Bruno Verney.
Alléger les procédures
La lourdeur des procédures est d'ailleurs souvent citée, surtout par les petites entreprises, comme un frein à l'élaboration d'un contrat, qui requiert un engagement tripartite (apprenti, entreprise, établissement de formation). Soulever les barrières administratives est l'une des missions de Laurence Gaze, développeur de l'apprentissage de la CCI de Lyon. Elle est l'une des 100 développeurs des CCI de France, postes créés après l'annonce du plan d'urgence pour l'emploi des jeunes, en avril2009. «J'accompagne les entreprises dans la mise en place des contrats, avec le service d'appui aux entreprises de la CCI, détaille-t-elle. Je les aide à formaliser leurs besoins, à déterminer le bon diplôme, à former les maîtres d'apprentissage et à trouver les jeunes qui correspondent, ce qui est une de leurs principales difficultés.» À fin mai2011, elle devrait avoir suscité 100 nouveaux contrats d'apprentissage. Le contexte est favorable: sur le territoire de la CCI de Lyon, en 2010, le nombre de contrats enregistrés a augmenté de 4,1 %, à 4.250. Ce sont surtout les plus petites entreprises qui sont réceptives. Les plus grandes, qui ont l'obligation de recruter par alternance, sont déjà sensibilisées et les aides financières ne sont pas déterminantes, alors qu'elles constituent un coup de pouce pour les plus petites. En plus des aides d'État, la Région verse une aide générale aux employeurs de moins de 100 salariés de 1.000€ par année de contrat et de 500€ pour les majeurs sans qualification, ainsi que des bonifications aux employeurs de moins de 20 salariés. Pour Denis de Benazé, directeur général de l'Idrac, l'un des plus gros acteurs de Rhône-Alpes en matière d'alternance, avec 800 à 900 contrats par an du bachelor au master, le gros problème de l'apprentissage tient en son financement. «Le nombre de contrats d'apprentissage est limité dans chaque région. Or, l'apprentissage fonctionne bien quand les incitations de l'État sont fortes et que cela coûte le moins cher possible à l'entreprise. De nouvelles solutions de financement doivent donc être trouvées.» Les entreprises étant déjà sollicitées par la taxe d'apprentissage, les financements sont à nouveau attendus de la part de l'État et des Régions. Le jeu en vaut la chandelle: à la remise des diplômes de l'Idrac,
l'insertion professionnelle atteint près de 90%.
Longtemps déconsidéré, l'apprentissage s'affirme de plus en plus comme une voie de formation et d'embauche de choix.
Collectivités, écoles et entreprises se mobilisent pour faciliter l'emploid'apprentis, du CAP à l'ingénieur.