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n entend souvent dire qu'il n'y a pas assez de projets et d'argent sur le territoire, vous partagez cette analyse ? Des projets, il y en a ! Il y a aussi beaucoup de fonds d'investissement qui interviennent en développement, mais il manque des fonds d'amorçage. Le territoire n'en compte pas assez et les entrepreneurs n'en trouvent pas.
D'où la création de Fair West ?
Oui. Fair West répond à un besoin. Et pour ces jeunes créateurs, il est intéressant d'avoir un accompagnement financier, mais aussi un accompagnement en terme de gestion d'entreprise, avec des chefs d'entreprise qui ont de l'expérience. L'expérience, c'est ce que l'on paye pour savoir ; ces investisseurs ont déjà payé pour savoir. Ils peuvent faire profiter ces jeunes entrepreneurs de leur expérience, leur faire gagner du temps, donc de l'argent, et leur éviter de faire des erreurs. Fair West est un groupe d'une quinzaine d'entrepreneurs à ce jour qui peuvent examiner ensemble des dossiers, se concerter, confronter leurs idées. À plusieurs, le risque de se tromper est réduit.
Vous avez créé ce fonds il y a un an maintenant, quel recul avez-vous aujourd'hui ?
C'est d'abord une surprise pour moi... Je ne m'attendais pas à autant de projets dans cette région. Et de beaux projets, innovants, dans des technologies de pointe, qui vont se vendre à l'international. C'est impressionnant de voir le nombre de projets qui émergent dans l'Ouest. Je mesure également la qualité des entrepreneurs, y compris des salariés qui ont commencé leur carrière dans de grands groupes. Ils auraient pu s'installer dans un certain confort, mais ont un tempérament et la mentalité d'entrepreneurs. Ils en veulent, ont tous les ingrédients pour réussir et une expertise pointue. Leurs technologies intéressent le monde entier.
Pourquoi Fair West est-il si seul alors et l'amorçage aussi difficile ?
Fair West est effectivement une goutte d'eau, car il est difficile aujourd'hui d'intéresser un certain nombre de chefs d'entreprise dans les fonds d'amorçage. Il y a eu, par le passé, beaucoup de casse et il y en a toujours. Cela refroidit des chefs d'entreprise qui préfèrent investir dans l'immobilier, dans des entreprises en développement, voire en racheter. L'amorçage dans des sociétés hautement technologiques et très innovantes fait peur. On ne comprend pas toujours très bien où ces jeunes veulent en venir. Il y a une certaine réticence à tout ce qui est biotech, high-tech... C'est un problème culturel français. Ma génération, par exemple, a souvent peur du numérique car elle ne le comprend pas. Il y a une certaine méfiance. D'où les difficultés des porteurs de projets à lever des fonds. Plein de Mozart sont assassinés faute d'amorçage. L'amorçage est capital !
Il y a pourtant de beaux succès, y compris dans l'Ouest...
Oui, ces domaines sont générateurs de belles pépites. Mais ces projets-là manquent dans l'Ouest. L'Ouest manque de sociétés à très forte valeur ajoutée, à très haute rentabilité qui sont les employeurs de demain. Le territoire en a besoin ! Les grandes entreprises qui plongent actuellement n'ont pas assez de rentabilité car elles ne sont pas de technologie à forte valeur ajoutée, sans débouché sur l'international. Si Fair West génère une pépite sur cinq, ce sera largement gagnant. Il y aura fatalement de belles réussites. La chance se provoque. Il faut accepter le risque car il est maîtrisé et le jeu vaut la chandelle.
Quel est l'enjeu de Fair West ? Nous allons doubler le nombre de membres pour arriver à une trentaine d'investisseurs et atteindre le bon trend, soit trois millions d'euros. Nous n'investirons pas dans tous les domaines. Nous recherchons l'innovation et l'internationalisation. Cela demande une étude pointue et de multiples compétences pour un minimum de risque. L'autre atout de Fair West, c'est de ne pas se contenter d'apporter des fonds ; nous sommes capables d'accompagner de façon régulière le porteur de projet. Autre avantage : nous avons une garantie de Bpifrance qu'un investisseur individuel n'a pas, à hauteur de 65 % sur nos huit premières participations. Avec un effet de levier : quand Fair West investit 1, l'entreprise lève 5. Fair West participe au développement du territoire et on crée peut-être aussi les emplois de nos enfants et de nos petits-enfants. À travers nos huit premières participations, nous consolidons 90 emplois. C'est une participation citoyenne, ma raison d'être. J'ai moi-même été aidé en mon temps par Yves Rocher et Jean Guyomarc'h. Je renvoie l'ascenseur. L'Ouest manque de pépites contagieuses qui serviraient de moteur à l'économie.
Vous sentez-vous soutenu notamment par les politiques ? Oui les politiques ont pris conscience qu'il faut aider les jeunes entrepreneurs qui créent de la richesse. Mais il y a parfois un décalage entre les discours et les actes, et une inadéquation entre l'investissement public et les besoins spécifiques des projets. Aussi, pour mieux coller aux besoins, les politiques pourraient collaborer avec des acteurs économiques réunis dans un réseau d'entrepreneurs investisseurs tel que Fair West.
Propos recueillis par G.B.
À l'origine du nouveau fonds d'amorçage Fair West et à la parole libre, Alain Le Roch en appelle aux chefs d'entreprise et aux politiques pour développer le territoire et créer les pépites de demain. Son cheval de bataille : l'innovation et l'international.