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Amazon : Le dessous des cartes de son implantation à Douai
Arras # Investissement

Amazon : Le dessous des cartes de son implantation à Douai

Le leader mondial du e-commerce promet «jusqu'à 2.500emplois» à Lauwin-Planque, dans son 4ecentre de distribution en France, à ouvrir dès 2013. Pourquoi avoir choisi le Douaisis? Quel niveau d'investissements en attendre? Combien d'aides publiques et d'emplois réels? Décryptage.

Plus habitué à les distribuer qu'à en faire, Amazon offre pourtant un beau cadeau de Noël au Nord-Pas-de-Calais en annonçant son implantation à Lauwin-Planque, aux portes de Douai. À la clé de sa future plateforme logistique européenne: 2.500emplois et, chiffre jamais divulgué, 50millions d'euros d'investissement immobilier supportés par Goodman (hors équipement).




Vite, vite, vite!

Comme pour distribuer ses colis, Amazon veut aller vite. Cette boîte de 82.673m² exactement, dont 5.000m² de bureaux, doit ouvrir en juillet 2013. «C'est un monstre!», selon l'expresison de spécialistes de la logistique. Et un dossier bien ficelé. La Communauté d'agglomération du Douaisis (CAD) y travaillait depuis dix mois. Dès le 21 juin, ses services signaient un accord avec le promoteur Goodman portant sur la vente de 46 hectares sur la zone d'activités de Lauwin-Planque, en vue de la construction de quatre bâtiments indépendants, pour un total de 200.000 m² d'entrepôts logistiques. Le site séduit, même s'il n'est pas embranché fer ni raccordé au fluvial. Au départ, les discussions se sont faites «à l'aveugle», le seul interlocuteur étant Goodman. Dès septembre, le cahier des charges d'Amazon se précise par rapport aux territoires ciblés (ou non) dont Arras, Douvrin, Valenciennes et Douai, pour la région, sur 21 sites potentiels dont la Belgique proche. Un copié-collé de ce qu'Amazon fait en Allemagne où ce leader mondial prépare quatre centres de distribution du même type.




Dés pipés d'avance?

Une semaine après seulement, son partenaire de toujours Goodman dégainait avec le dépôt d'un permis de construire... à Lauwin-Planque. Ce document contient d'ailleurs 1.200places de parking (contre 420évoquées à l'origine) et une extension possible à 110.000m². D'autres territoires en lice et des confrères de Goodman trouvent que les dés étaient pipés d'avance: «Dès le début, c'était perdu!», note ce témoin anonyme proche du dossier. Goodman a gagné du temps. Le mois dernier, 38.000m³ de terre ont déjà été déplacés à Lauwin-Planque. Les premiers travaux de l'entrepôt ont débuté ce 3décembre... Et l'éternelle querelle de clochers de ressurgir, entre collectivités mais aussi concurrents amers. Pas rancunier, le syndicat mixte d'Artois-Flandre: «Le Siziaf est heureux d'avoir porté avec la société ProLogis une candidature qui répondait en tout point aux attentes d'Amazon et se félicite d'être resté dans la course jusqu'au bout.» ProLogis y poursuit d'ailleurs les procédures de permis de construire et d'autorisation d'exploiter, pour «proposer une solution clé en main, rapidement disponible, aux acteurs du e-commerce ou de la logistique à forte valeur ajoutée».




L'A1, le critère décisif

De son côté, le parlementaire local Nicolas Bays (PS) n'exprime qu'un regret: «Il est cependant dommage que le groupe américain n'ai appuyé sa décision que sur l'unique critère de proximité avec l'A1.» Autoroute dont on connaît la saturation. De même que l'accessibilité de la zone de Lauwin-Planque est à revoir, avec un feu rouge à la sortie de la bretelle d'autoroute et un seul accès très facilement bloqué en cas de mouvement social! À l'agglomération, on assure que les voies vont être élargies sans autre problème. Avec cette prochaine ouverture, «la zone de Lauwin-Planque sera la plus grande plateforme logistique au Nord de Paris», se félicite son président divers droite et maire de Lauwin-Planque, Christian Poiret. Il lui reste 120.000 m² à commercialiser.




Un «Toyota bis»

Une chose est sûre, c'est toute la région Nord - Pas-de-Calais qui gagne avec un tel investisseur. Car ils se font rares en cette période. Tapis rouge donc. «Pour la région, c'est le dossier de l'année, voire d'une décennie!», confie Yann Pitollet, de Nord France Invest (NFI) qui a beaucoup oeuvré pour cette implantation. Beaucoup parlent d'un «Toyota bis» et d'une année qui sera d'ailleurs meilleure que la précédente en terme d'investissements étrangers en région.




Quelles aides publiques ?

Amazon a trouvé là des hectares disponibles et mise sur un maximum de flexibilité côté main-d'oeuvre, peu qualifiée au passage. A priori, aucune aide directe n'aurait influencé la prise de décision. La Région pourrait cependant débloquer un million et la communauté d'agglomération du Douaisis 800.000euros. En Bourgogne, où Amazon ouvre aussi un nouvel entrepôt, la Région va lui accorder 1,125 million d'euros cette année pour les 250 emplois créés. Là-bas, la firme américaine percevra 3.400euros par emploi. Une somme que l'État pourrait abonder de 1.000 à 2.000 euros. Amazon, volontairement discret, ne mise pas sur ces subsides publics, mais dans le Nord la firme américaine pourrait compter sur 7.000 à 9.000€ par emploi créé... en CDI. Une fourchette régulièrement avancée par les experts de l'aide publique.




Combien d'emplois réels?

Amazon prévoit «jusqu'à 2.500emplois en période haute d'activité, permanents et temporaires, incluant des postes d'encadrement», d'ici à 2015. «Dans notre esprit, on était sur un millier d'emplois», pensait le président de la CAD, finalement agréablement surpris. Christian Poiret traduit la demande de parkings supplémentaires comme une volonté de travailler en 3x8 en période de pointe. Mais à ce jeu-là, les spécialistes de l'emploi tablent plutôt sur 700 CDI maximum sur les 2.500emplois promis «sous conditions» de développement. Beaucoup de CDD et de contrats à temps partiel donc, en fonction notamment de la saisonnalité de l'activité liée au web marchand, en plein boom cependant. L'emploi féminin, très touché par le chômage, y serait gagnant. Sur cette zone de Lauwin-Planque sont déjà installés Kiabi, avec 280emplois en CDI et la perspective de 550 postes en 2015, les entrepôts Gécina et BigBen Interactive (150 emplois chacun). BigBen a d'ailleurs déposé un permis de construire pour une extension de 10.000m² d'entrepôts. Toujours l'e-commerce qui gagne!



Géry Bertrande avec DominiqueThomas

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