Olivier Dardé n’est pas un inconnu dans le monde de l’hôtellerie-restauration. Présidant l’Umih 44 et ancien président de l’association des commerçants Plein Centre, il est à la tête de la branche locale de l’une des plus grandes organisations professionnelles du secteur. "L’Umih 44 représente plus de 600 adhérents dans le département, et la confédération nationale regroupe environ 35 000 entreprises", explique-t-il. Les membres de l’Umih couvrent une large gamme de métiers, allant des cafés aux hôtels, en passant par les restaurants, traiteurs, mais aussi les activités de loisirs comme les bowlings ou les thalassos.
"Plus de 80 établissements sont en redressement judiciaire au tribunal de commerce de Nantes"
Les temps sont plus durs que jamais dans l’hôtellerie et la restauration qui traversent une période délicate. La situation économique actuelle est préoccupante, et Olivier Dardé ne cache pas son inquiétude pour le secteur de la restauration. "Plus de 80 établissements sont en redressement judiciaire, au tribunal de commerce de Nantes, et d’autres n’arrivent pas à vendre leur restaurant, explique Olivier Dardé. Un certain nombre, s’ils passent en liquidation judiciaire, vont perdre toutes leurs économies et se retrouver sur la paille."
Dans la restauration, le nombre de défaillances est fortement reparti à la hausse depuis le Covid, selon les données d'Altarès. Le nombre de sauvegardes, de redressements et de liquidations judiciaires reste toutefois inférieur en 2024 (239) à ce qu'il était 10 ans plus tôt (334 en 2015). Selon l'Umih 44, la situation se dégrade fortement en début d'année 2025.
Activité hôtelière en déclin
En Loire-Atlantique, les difficultés se font aussi sentir au niveau de l’hôtellerie. "L’activité hôtelière est en léger déclin depuis quelques mois. Bien que le taux d’occupation des chambres ait été stable en 2024, nous avons observé une baisse significative sur les trois derniers mois", explique-t-il. Cette tendance est accentuée par des facteurs externes tels que les incertitudes économiques mondiales, les tensions politiques et un pouvoir d’achat qui se resserre.
"Les entreprises commencent à réduire leurs budgets pour des séminaires ou autres événements, et beaucoup de déplacements se font désormais en train ou en voiture, plutôt qu’en avion, ce qui touche directement nos établissements", analyse le président de l’Umih 44.
Concurrence internationale et concurrence déloyale
Sur le plan de la destination, pour le tourisme, Olivier Dardé alerte également sur l’impact d’une concurrence de plus en plus féroce. "Nous devons faire face à des destinations étrangères comme la Grèce ou l’Afrique du Nord, qui sont de plus en plus agressives en matière de prix, attirant une partie de notre clientèle", ajoute-t-il.
Parallèlement, l’émergence de plateformes comme Airbnb complique encore la situation des hôtels. L’Umih 44 se positionne fermement contre cette forme de concurrence déloyale. "Nous sommes pour une concurrence loyale. Aujourd’hui, Airbnb, par exemple, ne respecte pas les mêmes normes que nos établissements, que ce soit en termes de sécurité, de fiscalité ou même d’accessibilité", déplore Olivier Dardé. L’argument de la régulation est au cœur de son discours : "Nous voulons que ces plateformes soient soumises aux mêmes obligations que les hôtels et les restaurants pour éviter un déséquilibre qui pénalise les professionnels du secteur".
La restauration encaisse une baisse de la fréquentation
Du côté de la restauration, les difficultés sont tout aussi présentes. La crise sanitaire a profondément modifié les habitudes des consommateurs. "Le midi, les gens privilégient de plus en plus des repas rapides, dans des lieux moins formels, comme les boulangeries, qui proposent même quelques tables où déjeuner", explique Olivier Dardé. Les comportements ont changé, et les établissements de restauration traditionnelle se retrouvent face à une baisse de la fréquentation. "Les jeunes générations, par exemple, optent davantage pour la restauration rapide, la livraison à domicile ou la street food", constate-t-il. La restauration traditionnelle souffre également de la hausse des prix, des coûts des matières premières et des charges sociales. Selon nos confrères du journal Le Monde, le prix moyen à la carte d’un menu aurait augmenté en France de 20 % en deux ans.
Avec l’inflation, "le pouvoir d’achat des clients a diminué, et la classe moyenne ressent cette pression, poursuit-il. Cela se traduit par des repas moins fréquents à l’extérieur, moins de repas de groupe ou de séminaires, et moins de dépenses en général". La pandémie a également accentué la tendance au télétravail, modifiant les habitudes de consommation. Les restaurants, qui dépendaient en grande partie de la clientèle de bureau, voient cette source de revenus s’amenuiser.
Une profession face à la pénurie de main-d’œuvre et aux difficultés économiques
Au-delà des changements dans les comportements des consommateurs, l’hôtellerie-restauration fait également face à un autre problème majeur : la pénurie de main-d’œuvre. "Aujourd’hui, nous avons du mal à recruter. Les jeunes ne sont plus aussi nombreux à vouloir travailler dans ces métiers, et les conditions de travail sont parfois difficiles. La revalorisation des salaires, nécessaires, visait à attirer de nouveaux talents, mais elle a aussi augmenté les charges des entreprises, explique Olivier Dardé. La masse salariale a augmenté de 27 % en trois ans, sans compter la hausse des prix de l’énergie et des matières premières", rappelle-t-il. Avec des marges de plus en plus serrées, la pression économique devient insupportable pour certains établissements, qui doivent jongler avec les coûts et les investissements tout en maintenant un service de qualité.
Face à cette conjoncture difficile, Olivier Dardé reste cependant optimiste. "Nous devons continuer à nous adapter, à trouver de nouvelles solutions et à renforcer notre compétitivité et la qualité de notre offre", conclut-il.