Alain Cougrand : L'amour du risque

Alain Cougrand : L'amour du risque

Gérant des Conserves du Gascon à Cestas, Alain Cougrand est aussi président du pôle de compétitivité Prod'innov, qui réunit l'agroalimentaire et la pharmacie, élu à la CCIB et président de l'Ardia. Touche à tout hyperactif, il aime prendre des risques et être là où on ne l'attend pas.

Si Alain Cougrand avait suivi la voie toute tracée que suivent les titulaires d'une thèse de physique chimie, il serait chercheur au CNRS à la retraite ou presque. Oui mais voilà Alain Cougrand aime prendre des risques et surtout ne pas forcément suivre les chemins balisés. L'homme a d'ailleurs un certain franc-parler et ne cache pas ce qu'il pense. «Après l'obtention de ma thèse, je suis resté trois mois à l'Inra puis j'ai démissionné parce que je voulais gagner de l'argent, dit-il sur un ton amusé, et aussi parce que si on ne peut pas être le meilleur, dans un labo, on devient vite un OS de la science et cela ne me convenait pas.»




De l'Inra à IBM

Exit la recherche, Alain Cougrand rejoint donc les rangs d'IBM à Bordeaux. Nous sommes en 1976. Il devient ingénieur commercial en charge de la vente des grands systèmes. Il travaille pour Sanofi, la Saft... «À l'époque, IBM avait une image prestigieuse, celle d'une entreprise qui avance, qui recrute les meilleurs et j'étais fier d'en faire partie.» Au bout de dix ans, il change de poste et devient responsable du service approvisionnement à la centrale d'achat d'IBM pendant 7 ans. «Après 30 ans chez IBM, j'en ai eu assez. Le groupe devenait trop grand, trop lourd. En local nous avions de moins en moins d'autonomie et l'idée d'être indépendant, de gérer ma propre entreprise me titillait depuis longtemps.» Il démissionne en 1995. L'aube d'une nouvelle vie, celle de chef d'entreprise car un jour de cette même année 1995, Alain Cougrand déjeune avec un ami, Christophe Lataste rencontré chez IBM et qui dirige Lou Gascoun. «Je lui dis que je cherche une boîte à acheter. Il me dit qu'il connaît une conserverie et surtout il me fait cette réflexion: dans l'agroalimentaire, il y a un vrai problème commercial. Je me dis, le commercial je sais faire, la partie industrielle ça s'apprend et un peu par hasard et je me retrouve à la tête des conserveries Alain Martin, explique avec le sourire Alain Cougrand. Je n'avais aucune idée de comment cela fonctionnait. J'ai pataugé pendant deux ans!» Car si Alain Cougrand aime prendre des risques, il n'avait pas mesuré les problèmes qu'il devrait affronter. «J'ai changé radicalement d'environnement et je me suis retrouvé seul et isolé. Je n'avais plus de réseau et surtout, je ne connaissais pas tous les codes du business. Mais je me suis accroché, j'ai appris, j'ai fait beaucoup d'efforts et ça a réussi.» Aujourd'hui, Alain Martin emploie 15 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 2,5M€. «Beaucoup m'ont pris pour un fou quand j'ai quitté IBM mais personnellement je n'aime pas le pantouflage, trop de confort. J'aime entreprendre. Pour certaines personnes je suis même passé d'un salarié honorable à un salopard de patron. Je n'ai jamais vu les choses comme ça car pour moi les deux choses importantes dans la vie c'est construire et transmettre. On peut tout faire si on est motivé et pour peu qu'on s'en donne la peine, on y arrive.»




La retraite c'est la mort!

À 61 ans, et après une carrière professionnelle bien remplie, Alain Cougrand n'est pourtant pas prêt à raccrocher les crampons. «Je déteste l'idée de la retraite. Je trouve ça déprimant. La retraite, c'est la mort! Moi j'aime le mouvement. D'ailleurs j'ai changé de métier tous les 10 ans alors sait-on jamais ce que réserve l'avenir» conclut-il de façon très énigmatique.