À écouter Christophe Pelletier expliquer comment les équipes d'Adventech travaillent sur le terrain auprès de leurs clients industriels, on pourrait se croire dans un atelier de haute-couture ! Alors que le profane n'y verrait que des gaines isolantes -matelas- destinées à recouvrir des vannes susceptibles de monter fortement en températures, le passionné qu'il est évoque des prises de cotes, du sur-mesure, « comme chez un tailleur ». Alors finalement, quoi de plus normal pour ce spécialiste de la couture technique que de s'imaginer passer pour de bon de l'autre bord en proposant des gammes de sacs qui valorisent ses savoir-faire ? Pour fêter dignement l'anniversaire de l'entreprise qu'il a créée voilà dix ans, cet ancien du groupe public de Défense GIAT Industrie, devenu Nexter, a décidé de dévoiler au grand jour une nouvelle branche de ses activités qui, à défaut de préfigurer un virage industriel pour Adventech, lui ouvrira, espère Christophe Pelletier, de nouvelles perspectives.
Une machine à coudre dans un bureau
Installée à Elbeuf, la PME emploie aujourd'hui vingt-cinq personnes et affiche un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros pour 2013. Mais c'est seul que le chef d'entreprise a démarré en 1994, « avec une machine à coudre dans un bureau ». Depuis, Adventech a fait du chemin... et s'est fait un nom auprès de clients industriels qui naviguent autant dans la pétrochimie, la cosmétique ou la pharmacie que dans l'agroalimentaire. Son credo : les matelas isolants thermiques qui entourent les vannes sur des installations industrielles. « Nous travaillons actuellement pour EDF sur une centrale thermique où des groupes de générateurs de vapeur de 30 m de haut peuvent dégager une température de 650 Cº à l'intérieur », cite en exemple le dirigeant. Véritable tournant dans le développement de l'entreprise, c'est un autre marché, pour le compte de Thales celui-ci, qui a permis en 2008 à Adventech de faire étalage de tout son savoir-faire pour produire et livrer près de 5.000 matelas sur-mesure pour le laser mégajoule (LMJ) du CEA (Commissariat à l'Énergie Atomique). « Ce marché nous a donnés de la visibilité », reconnaît Christophe Pelletier qui pour l'occasion a investi pour permettre à ses équipes de travailler sur des outils 3D plus performants. « Aujourd'hui, la modélisation 3D nous fait gagner un temps fou. On prend des mesures et la découpe est automatique ! » Sans compter la rationalisation apportée à la gestion des stocks de matière première dont les volumes sont en baisse grâce à l'optimisation de la découpe numérique.
Passé d'artisan à industriel
« Ce marché pour Thales a représenté en 2008 l'équivalent de notre chiffre d'affaires de 2007 », se souvient le dirigeant. « Nous sommes alors passés d'artisan à industriel ». Pourtant, quatre ans plus tard, la PME va vivre sa première véritable épreuve, « un septembre noir » de 2012 où l'avenir de l'entreprise va se jouer. « Nous avons dû mettre l'ensemble de nos collaborateurs en congé pendant la première semaine d'octobre », faute d'activité, raconte le chef d'entreprise. La décision est alors prise d'aller chercher les marchés là où ils sont, en dehors de l'Hexagone : « en Russie, en Corée du Sud... partout où nos clients (Technip, Dresser Rand) nous emmenaient avec eux », avant de se lancer dans la prospection directe en 2013 qui va déboucher sur des marchés auprès de laboratoires Suisse, et aujourd'hui au Maroc. Le second relais de croissance imaginé par Christophe Pelletier sera plus iconoclaste, même s'il s'en défend. « Nous avons décidé de sortir de l'industrie, mais tout en conservant ce qui fait l'ADN de l'entreprise : les tissus techniques ». De là a germé l'idée de créer des sacs « à valeur ajoutée », évolutifs et personnalisables. « Nous étions créatifs, donc il y avait plein de choses à faire ! » Lancé en fin d'année dernière, le projet a donné naissance à cinq lignes de produits distinctes dont les premiers éléments sont disponibles sur la plate-forme Amazon depuis peu. Histoire de tester le marché... « Nous sommes dans un autre monde, nous avons donc choisi de faire du Lean Développement », en écho au Lean Management dont le dirigeant s'efforce d'appliquer les principes dans son entreprise. « L'idée consiste à être à l'écoute des internautes pour évoluer, à l'image des créateurs d'applications ». Les premiers modèles s'appellent Kobasak, Advenbags, Sac Business ou Sac Transport et visent autant de marchés distincts : celui de la protection, du transport des équipements EPI, ou plus simplement sur sportswear comme ce sac cabas destiné à équiper... les trottinettes ! « Ce n'est pas de la haute technologie, reconnaît Christophe Pelletier, mais on reste dans l'innovation ! »
Guillaume Ducable
Le spécialiste des matelas isolants pour l'industrie fête ses dix ans en imaginant des lignes de bagagerie professionnelle et sportswear innovantes.