Le groupe Actual prévoit de construire son nouveau siège social au nord-ouest de Laval, près de l’Espace Mayenne. Le permis de construire est déjà validé. Le long de la rocade, le bâtiment de 6 000 m2 sera particulièrement visible. Il doit remplacer l’actuel siège, devenu trop exigu, et accueillir 400 collaborateurs aux fonctions support à partir de 2027. "À moins que nos dirigeants ne nous contraignent à délocaliser ou à céder nos activités…" C’est pour l’heure, ce que les passants et des dizaines de milliers d’automobilistes circulant à proximité au quotidien peuvent lire sur une grande pancarte plantée sur la parcelle, début novembre.
Une construction ajournée
Le projet immobilier, qui s’élève à plus de 20 millions d’euros, a été "mis en attente". Une décision prise le jour même de la signature de l’acte de vente du terrain, le 29 octobre. Une date qui coïncidait avec les débats parlementaires sur la première partie du projet de loi de Finances 2026 (PLF).
"C’est une suspension du projet à date parce que la situation politique dans notre pays n’est pas claire"
Ce report du projet, "c’est le constat lucide d’un chef d’entreprise qui veut continuer à investir en Mayenne, mais qui ne peut plus le faire sereinement", explique le président du groupe, Samuel Tual. "[Ce projet immobilier] est un projet structurant pour les vingt ans à venir, mais c’est aussi un investissement lourd. Au-delà du dimensionnement du siège, c’est l’avenir des activités elles-mêmes qui est en question. C’est une suspension du projet à date parce que la situation politique dans notre pays n’est pas claire. Et lorsque je pourrai prendre une décision, ce sera soit de poursuivre le projet, soit de revendre le terrain", précise le dirigeant lavallois.
Une tribune publique
Se servant de l’emplacement acquis comme tribune publique, Samuel Tual dénonce ici le manque de visibilité économique et s’oppose au projet de nouveaux impôts sur les sociétés envisagées dans le PLF.
"Aujourd’hui, je pense que nous avons perdu le combat sémantique face à des slogans politiques très clientélistes. La taxe Zucman en est une illustration. Il faut donc que les gens comprennent que les entreprises, ce sont des capitaux, des résultats mais également de la création d’emplois, cela concerne donc tout le monde. Je veux bien être imposé sur ce que je gagne, mais pas sur ce que je vaux. Or, envisager de taxer la valorisation des entreprises incite davantage à délocaliser."
Un transfert du siège à l’étranger envisagé
Bien sûr, Actual ne pourra pas transférer ses métiers dans l’intérim, le recrutement et la formation. "Mais nous avons un projet de développement fort à l’étranger. Nous sommes déjà implantés, modestement pour l’instant, en Suisse, en Espagne, au Portugal. Nous avons aussi envie de nous installer un jour à l’Italie. Nous pourrions donc décider de déplacer notre siège social dans l’un de ces pays", menace le président d’Actual.
Une position de militant
S’afficher publiquement correspond à l’ADN du groupe et de son dirigeant. "Nous sommes une entreprise militante sur les questions du travail, depuis longtemps. J’ai un engagement patronal, que je pense utile", poursuit Samuel Tual, également vice-président du Medef. "Il faut que le public se rende compte de ce qui est en train de se passer. On entend des monstruosités matin, midi et soir qui ne correspondent pas à ce qui se passe réellement" dans les sociétés. Le Medef engage d’ailleurs les chefs d’entreprise à se faire davantage entendre sur les questions économiques".
Un ras-le-bol
La pancarte d’Actual est-elle une provocation ? Le patron mayennais parle plutôt "d’un ras-le-bol". Particulièrement sur l’une des mesures fiscales prévues dans le PLF 2026, jugée "confiscatoire" par le Medef. Celle-ci concerne la suppression d’avantages fiscaux sur les transmissions d’entreprises. Or, Actual Group demeure une entreprise familiale : le dirigeant a hérité d’Actual de son père Gérard Tual et a intégré deux de ses fils dans le groupe.
Une galaxie de groupe, ETI et PME aux capitaux majoritairement familiaux, et français, est, selon lui, un gage de stabilité pour le développement économique du pays.
Inquiet de la réaction des salariés
En voulant emmener le débat sur la place publique pour prendre le contre-pied "des raccourcis et propos électoralistes", Samuel Tual avait cependant une crainte : la réaction de ses collaborateurs. "Jusqu’ici, ils se sentaient plutôt protégés au sein d’une entreprise familiale, avec des projets sur le long terme. Cela aurait pu les inquiéter. Finalement, ils comprennent le sens de la démarche et les effets néfastes du contexte politique actuel", affirme le dirigeant.
Quant au retour du monde économique, là, Samuel Tual se dit "agréablement surpris des réactions". Un post très étayé sur Linkedin a enregistré 2 500 réactions, 160 commentaires et 230 republications en moins de 24 heures ce mercredi 5 novembre. "C’est une petite consolation", glisse Samuel Tual.
Un manque de majorité, et de rationalité
Reste donc à convaincre les politiques avec son argumentaire et celui du Medef. "Quand on parle aux hauts dirigeants politiques, ils nous entendent, rapportent Samuel Tual. Mais la question aujourd’hui est de savoir qui a le pouvoir. On voit que les parlementaires tiennent des postures clientélistes, clivantes, à visée électoraliste. Cela manque de bon sens, de rationalité." Espérant désormais que les alertes des dirigeants d’entreprises pèsent sur les décisions politiques.
Lors des débats sur le PLF la semaine dernière, le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure a mis garde les parlementaires sur la recherche de "justice fiscale" devenue à ses yeux "une surenchère fiscale".