Ils sont quatre en ce 15 septembre à composer le comité de suivi de 60.000 rebonds. Réuni dans une salle sans âme que leur prête EY, ils attendent un chef d'entreprise en faillite qui vient solliciter de l'aide. A eux de décider si oui ou non l'association a vocation à l'accompagner. Autour de la table, on retrouve Henry de Taillac, jeune retraité du Crédit agricole, Frédéric Patrier, ex-Dg d'une entreprise de BTP en phase de reprise, un ex-directeur qui a connu une liquidation judiciaire (et qui souhaite conserver l'anonymat), et Max Forestier, jeune retraité ayant connu de grands groupes, mais aussi les affres d'une faillite alors qu'il était entrepreneur. Leur point commun ? Une forte expertise du milieu de l'entreprise, et ces quelques heures qu'ils offrent chaque mois bénévolement à l'association 60.000 rebonds.
Un contrat non concrétisé
François (le prénom a été modifié), qui se présente ce jour-là, est un patron aquitain d'une cinquantaine d'années dans le desarroi. L'ambiance chaleureuse qui accompagne son accueil devient de plus en plus lourde au fur et à mesure que celui-ci raconte son histoire. François a connu très jeune l'aventure entrepreneuriale, encouragé par l'exemple paternel. Sa première société comptait cinq salariés. L'entreprise qui lui vaut aujourd'hui son passage chez 60.000 rebonds employait jusqu'à cinq personnes, et a fermé ses portes en octobre 2013. Sous-traitant industriel, François était présent sur une micro-niche où il disposait d'un véritable savoir-faire, et d'outils très performants, mais de très peu de clients. Quand un contrat espéré depuis longtemps ne s'est pas concrétisé, c'est tout l'édifice qui s'est effondré.
Nouveau projet non abouti
Les bénévoles de 60.000 rebonds interrogent en premier lieu François sur son projet entrepreneurial, son marché, ses perspectives commerciales. Mais celui-ci a rompu les contacts avec la plupart de ses clients et ses brevets sont tombés dans le domaine public. S'il est convaincu que sa technologie peut encore servir, il admet toutefois ne pas être sûr qu'elle soit adaptée aux dernières innovations.
Entrepreneur ou patron?
François est ensuite interrogé sur ses projets actuels. « Cela fait 18 ans que je suis à mon compte. Je vois bien que même si j'ai des compétences, je n'ai aucune qualification ». Et François de s'interroger : « Je suis entrepreneur, je sais gérer un projet, avoir 100 idées à la seconde. Mais je ne suis pas sûr d'être chef d'entreprise ». Max Forestier l'interroge: « Aimes-tu le mot patron ? » La réponse fuse : « Non. D'ailleurs, je ne maîtrise pas la gestion ni le management ». La situation financière de François est délicate, sans être désespérée. Celui-ci n'avait aucune caution personnelle sur son entreprise. Mais sa banque l'a assigné pour non-paiement d'un découvert. La situation est apurée et les 25.000? ont été remboursés. Désormais François s'en sort péniblement, et est « à 50 ou 100? près en fin de mois ». Il n'a pas pu régler ses 1.500€ d'impôts en temps et en heure. Dans sa grande mansuétude, le Trésor public a réalisé une saisie sur salaire qui lui vaut à nouveau des bisbilles avec sa banque. Pour arrondir ses fins de mois, François travaille en intérim dans une grande surface. Et il occupe son temps auprès d'associations.
Spirale
Quand les sujets de la santé et de la famille sont abordés, les réponses deviennent particulièrement courtes. François, qui visiblement, a besoin de raconter son histoire, ne souhaite pas s'étendre sur ces points. Tout juste concède-t-il qu'il a attrapé une hépatite, désormais soignée, et que son couple n'est pas au meilleur de sa forme. Après 1h30 d'échanges, François est invité à patienter dans une pièce voisine le temps que les bénévoles s'accordent sur leur soutien éventuel. Ceux-ci lui reconnaissent du courage et un bon niveau d'expertise, mais s'interrogent sur ses aptitudes de chef d'entreprise.
Forte attente de soutien
Lorsque que François revient dans la salle de réunion, 10 minutes plus tard, on comprend de suite qu'il attend beaucoup de l'association. Et la réponse communiquée par Henry de Taillac est immédiate : « C'est un oui sous condition. Nous vous encourageons à entrer dans un schéma de recherche d'emploi de salarié, et en parallèle à vérifier l'adéquation entre votre outil de travail et le marché actuel ». Rendez-vous est pris pour novembre afin de faire un point sur ces sujets, et accompagner François dans son rebond.
L'association post-faillite reçoit une fois par mois des entrepreneurs en situation de liquidation judiciaire pour décider ou non d'un accompagnement. Récit in vivo.