Strasbourg

Agriculture

Une ferme hors sol de 9000 m² sur une friche industrielle du Port de Strasbourg

Par Lucie Dupin, le 21 mai 2019

Elever des truites et faire pousser de la vanille dans le port de Strasbourg, bientôt possible ? Un projet de ferme urbaine hors sol de 9 000 m², alimentée par la chaleur de récupération d'une centrale biomasse, pourrait s'installer sur une friche industrielle du port autonome. L'exploitation, qui emploierait 12 personnes, serait l'un des plus grands projets d'aquaponie à se lancer d'ici 2020 en France. 

Félix Haget et Pierre Weinstein développent un projet en aquaponie sur une friche industrielle du Port autonome de Strasbourg.
Félix Haget et Pierre Weinstein développent un projet en aquaponie sur une friche industrielle du Port autonome de Strasbourg. — Photo : © Lucie Dupin

En 2020, le port de Strasbourg pourrait accueillir l’une des plus grandes fermes urbaines hors-sol de France. Pour valoriser la chaleur fatale issue de l’exploitation, par Électricité de Strasbourg (ÉS), de la centrale de biomasse située dans le port de Strasbourg, l’Eurométropole a en effet lancé un appel à manifestation d’intérêt en juillet 2018. Le projet retenu correspond à l’installation d’une ferme en aquaponie avec 9 000 m² de serres hors-sol sur un terrain d’une surface de 1,3 hectare. La culture d’un bassin d’élevage de truites alimenterait ainsi en circuit fermé une exploitation de fruits et légumes sous serres chauffées par la chaleur de récupération de la centrale de biomasse.

Économie circulaire

« Le port, zone d’activité générant 10 000 emplois, gère 1 000 hectares de terrain le long du Rhin. Ce projet répond à des engagements qui rencontrent notre démarche de développement de la biodiversité », constate Frédéric Doisy, directeur général délégué du Port autonome de Strasbourg. Le terrain d’implantation de la ferme en aquaponie accueillait une ancienne activité industrielle de stockage des métaux. Le Port autonome indique que celui-ci a été dépollué, pour autant, la culture hors sol est retenue pour l’exploitation de la ferme.

« Au-delà du métier de distributeur d’énergie, Électricité de Strasbourg se doit d’accompagner l’Eurométropole dans sa transition énergétique. Ce projet entre dans le cadre de la démarche d’écologie industrielle et circulaire lancée au port de Strasbourg », constate Bernard Kempf, directeur du développement d’ÉS. Pour son fonctionnement, l’exploitation nécessitera la consommation de 1 500 mégawattheures par an, une capacité que la centrale biomasse pourra fournir à travers la chaleur de récupération. Reste à fixer le prix de cette énergie, élément à intégrer pour finaliser le modèle économique de la ferme.

Investissement de près de 2 millions d’euros

L’ingénieur toulousain Félix Haget et les agriculteurs et investisseurs alsaciens Rémy Gilgert, Jean-Philippe Weinstein et Pierre Weinstein portent ce projet qui vise la création de 12 emplois. « L’investissement nécessaire est de 1,4 à 2,2 M€. Nous apportons les garanties financières en montrant patte blanche et nous sommes ouverts aux partenaires financiers. Nous pourrions également être éligibles à des subventions de l’Ademe ou de l’Union européenne », projette Pierre Weinstein. L’homme d’affaires, originaire d’Alsace Bossue, où son frère est exploitant agricole aux côtés de Rémy Gilgert, travaille dans une société d’investissement à New York.

Circuits courts et production bio

Actuellement en phase d’études, le projet doit évaluer le potentiel commercial de débouchés dans les circuits locaux, auprès de la grande distribution, des magasins spécialisés, des collectivités et des restaurateurs. La production moyenne est estimée à 60 tonnes par an de produits aquacoles et de 100 à 130 tonnes par an de végétaux. Un espace dédié à la pédagogie serait également destiné aux écoles. À moyen terme, le site souhaite aussi proposer la transformation de produits et la vente directe au public, ainsi que la mise à disposition de jardins partagés hors sol.

« Les températures atteintes dans les serres chauffées pourraient permettre la production de produits à forte valeur ajoutée comme les saumons de fontaine, la vanille ou le gingembre. Pour le moment, il n’existe pas de label certifiant la production en aquaponie comme étant bio. Pour autant, la qualité équivaut à une production bio », explique Félix Haget.

L’ingénieur spécialisé dans l’aquaculture et l’aquaponie a notamment développé des projets en Polynésie française et à l’étranger, à Hawaï, Hambourg et aux Maldives. Actuellement, une trentaine de projets en aquaponie se développe en France. Avec ses 9 000 m² de serres, la ferme strasbourgeoise constituerait l’une des plus grandes exploitations en aquaponie à se lancer dans l’Hexagone en 2020.

Félix Haget et Pierre Weinstein développent un projet en aquaponie sur une friche industrielle du Port autonome de Strasbourg.
Félix Haget et Pierre Weinstein développent un projet en aquaponie sur une friche industrielle du Port autonome de Strasbourg. — Photo : © Lucie Dupin

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