Haut-Rhin

Textile

Coronavirus : l'usine de fabrication de masques Barral voit le jour en Alsace

Par Charlotte Stiévenard, le 29 avril 2020

Barral, la nouvelle usine de masques lancée par le Pôle textile Alsace devrait démarrer sa production la semaine du 4 mai. Propulsée par des commandes publiques, elle prévoit de produire jusqu’à deux millions d’unités par semaine. Son installation doit débuter dans les locaux de Mahle Behr à Rouffach.

Dès le début du confinement, le Pôle textile Alsace a organisé la production de masques par une trentaine d'entreprises de son réseau.
Dès le début du confinement, le Pôle textile Alsace a organisé la production de masques par une trentaine d'entreprises de son réseau. — Photo : ©Pôle textile

Quand il parle de l’installation de la première usine de production de masques du territoire alsacien, Philippe Chican, le porte-parole du Pôle textile Alsace n’est pas avare en métaphores : « nous faisons en quelques semaines ce qui se fait normalement en plusieurs mois. On prépare le débarquement en Normandie ». Cette nouvelle entreprise s’appellera Barral, l’acronyme de Barrière Alsace. Derrière cette initiative, se trouvent six industriels membres du Pôle textile Alsace, dont le porteur du projet, Benoît Basier, président du Pôle, qui est également à la tête de la corderie Meyer-Sansboeuf (CA : 4,5 M€, 45 collaborateurs) à Guebwiller dans le Haut-Rhin. Le Pôle textile Alsace ne communique pour l'instant pas sur le montant des investissements.

« Valoriser les compétences locales »

L’usine Barral sera installée non loin de là, dans les locaux de Mahle Behr à Rouffach. L’équipementier automobile allemand (CA groupe : 12,6 Md€, 79 000 collaborateurs) a ouvert un plan de sauvegarde de l’emploi en début d’année et prévoit de supprimer 236 postes sur les 639 collaborateurs du site. Le Pôle textile Alsace applique ainsi sa stratégie affichée sur son site internet : « valoriser les compétences de la filière locale et le travail en réseau ».

Un prêt de salariés de Mahle Behr devrait permettre de démarrer la production aussitôt que les machines seront arrivées dans la semaine du 4 mai. Selon Philippe Chican du Pôle textile, « cela nous facilite la vie car il aurait été difficile de rencontrer des gens et de les recruter en plein confinement. De plus, Mahle Behr travaille pour le secteur de l’automobile. C’est une filière très exigeante. Les salariés ont des compétences pointues qui vont du pilotage de lignes automatisées, à la maintenance industrielle en passant par la production ». À terme, entre 40 et 50 personnes seront employées par Barral qui prévoit de tourner en 3 X 8.

Concernant le choix des machines, le Pôle textile a voulu, là encore, mettre en valeur l’industrie nationale. « Les machines ont été commandées à une entreprise du centre de la France », indique Philippe Chican sans donner davantage de détails. « Ce fabricant français a un carnet de commandes plein. Nous avons dû trouver quelqu’un en Alsace pour l’assemblage ». Le spécialiste des machines à tisser N. Schlumberger installé à Guebwiller sera chargé de cette tâche.

Des commandes publiques

Les masques produits par Barral seront de catégorie 1, soit des masques à usage grand public selon la dernière dénomination du gouvernement. Ils seront lavables et composés notamment d’une couche d’Evolon. Ce textile en microfibres est produit par l’usine colmarienne de l’allemand Freudenberg, spécialisée dans les textiles filtrants. Les masques ont, pour l’instant, été testés par la Direction générale de l’armement jusqu’à dix lavages. D’autres tests sont en cours pour vérifier la capacité de filtration sur un nombre de lavages plus important. Une partie de l’activité de Barral sera également dédiée à la recherche et au développement pour « développer le meilleur masque possible », selon Philippe Chican.

L’usine n’est pas encore montée qu’elle a déjà reçu ses premières commandes. Le département du Haut-Rhin a ainsi commandé 700 000 masques pour les distribuer aux habitants, tandis que le Bas-Rhin en a commandé plus de trois millions.

Une solution pérenne

La filière textile alsacienne n’en est pas à son coup d’essai. Dès le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus, le Pôle textile avait déjà organisé une première production de masques à l’aide d’une trentaine d’entreprises de la région et 250 collaborateurs. La capacité actuelle de la filière est de 150 000 à 200 000 masques par semaine, vendus à 3,98 euros HT l’unité. Alors que certaines entreprises doivent reprendre leur activité comme le fabricant d’équipement automobile Faurecia dans les Vosges, « il a fallu trouver une solution pour rendre cette initiative pérenne », explique le porte-parole du Pôle textile Alsace. L’usine Barral devrait permettre de produire plus de deux millions de masques par semaine. Côté prix de vente, « il a été baissé par rapport à celui de la filière, précise Philippe Chican qui précise qu’il reste solidaire. Nous ne profitons pas de la situation. »

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