Haute-Garonne

Ressources humaines

Interview Pascal Grémiaux (Eurécia) : «Nous favorisons désormais le retour au bureau»

Par Paul Falzon, le 03 juin 2020

Fort de 80 salariés, l'éditeur de logiciels haut-garonnais Eurécia n'a pas attendu la crise du coronavirus pour pratiquer le télétravail. Pourtant, son président et fondateur Pascal Grémiaux souligne l'importance de faire revenir les équipes au bureau pour favoriser les dynamiques collectives.

Pascal Grémiaux, président fondateur de l'éditeur de logiciels Eurécia.
Pascal Grémiaux, président fondateur de l'éditeur de logiciels Eurécia. — Photo : ©Eurécia

Quelle a été votre expérience du télétravail au sein d’Eurécia (80 salariés, CA 2019-2020 : 7,40 M€) durant la crise ?

Pascal Grémiaux : Comme beaucoup d’entreprises, nous avons basculé l’ensemble des collaborateurs en télétravail dès le 17 mars, et l’entrée en vigueur du confinement. Le télétravail n’est pas un sujet nouveau chez nous : depuis deux ans, une charte encadre la pratique à hauteur d’un jour par semaine et par salarié. Nous sommes d’ailleurs convaincus de ses avantages, pour l’organisation personnelle ou le temps gagné dans les transports. Mais là, nous avons fait face à une situation de télétravail contraint, et généralisé.

« Les salariés attendent aussi de leur travail une dimension sociale »

Les premières semaines, on a pu constater une forte mobilisation des équipes pour continuer à faire avancer les projets. Mais au fil du temps, beaucoup de collaborateurs nous ont fait remonter un sentiment d’usure lié au travail à distance, une perte de repères, et l’envie de se retrouver. Avec la première phase du déconfinement le 11 mai, nous avons maintenu la préconisation du télétravail tout en ouvrant la possibilité de revenir travailler dans l’entreprise. Désormais, nous souhaitons favoriser le retour au bureau.

Quelles limites voyez-vous au télétravail ?

P. G. : Les salariés n’attendent pas seulement de leur travail une rémunération et un épanouissement dans leurs fonctions, mais ils y cherchent aussi une dimension sociale. La simplicité des échanges quotidiens, l’attention portée par les collègues, le dialogue sur les projets en cours : tout cela contribue au développement personnel des salariés. Aussi performants soient-ils, les outils collaboratifs utilisés pendant la crise ne remplacent pas une véritable relation humaine. Avec la généralisation du télétravail, certains salariés ont aussi eu plus de difficultés à établir la coupure entre vie privée et vie personnelle, voire à déconnecter, avec le risque de burn-out. Il leur manquait ce sas de décompression que constitue le trajet domicile-travail.

« Quand j’entends que des entreprises veulent généraliser le télétravail pour l’ensemble de leurs salariés, je me dis qu’elles font fausse route ! »

J’ai aussi constaté des limites dans l’efficacité individuelle et collective. Tant qu’un salarié sait sur quelle tâche il doit se concentrer, le télétravail n’a aucune incidence, il peut même favoriser sa productivité. Mais dès qu’il s’agit de sujets plus complexes, où les salariés doivent faire preuve de créativité pour construire de nouveaux projets ou faire évoluer les modèles, on ressent vite le manque de dynamique collective. On l’a d’ailleurs vu avec le retour progressif des salariés au bureau courant mai : des sujets qui patinaient depuis plusieurs semaines ont pu trouver des solutions après quelques minutes de discussion. La crise a mis en évidence l’importance du bureau, tout autant que celle du management. Quand j’entends que des entreprises veulent généraliser le télétravail pour l’ensemble de leurs salariés, je me dis qu’elles font fausse route !

En tant que chef d’entreprise, avez-vous fait évoluer vos pratiques durant la crise ?

P. G. : Nous avons adapté notre management avec un objectif majeur : conserver le lien avec les équipes. Chaque semaine, j’ai organisé un point d’avancement avec l’ensemble des 80 salariés d’Eurécia. Le service communication a proposé des pauses-café pour inciter les salariés à couper. Ma préconisation aux managers a été de varier les formes de contact : ne pas envoyer systématiquement un mail mais choisir parfois d’appeler un salarié, limiter le nombre de participants aux visioconférences pour favoriser l’échange, prendre le temps de prendre des nouvelles de chacun…

À titre plus personnel, la crise m’a confirmé dans l’idée que rien n’est jamais gagné dans le monde de l’entreprise, et qu’il était encore plus important qu’avant d’être vigilant et réactif sur ses marchés. Elle m’a aussi conforté dans le projet de campus que nous avons lancé il y a deux ans, pour regrouper l’ensemble des salariés d’Eurécia sur un seul site à Castanet-Tolosan, dans un bâtiment de 1 300 m2 entouré d’un parc de 20 000 m2. J’ai toujours vu ce bâtiment comme un espace de vie plus que comme un simple bureau. La crise a retardé notre déménagement, qui est prévu d’ici la fin de l’année 2020.

Pascal Grémiaux, président fondateur de l'éditeur de logiciels Eurécia.
Pascal Grémiaux, président fondateur de l'éditeur de logiciels Eurécia. — Photo : ©Eurécia

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