Industrie

Haute-Garonne.Thales Cryogenie double ses ventes en trois ans

Par Agnès Baritou, le 02 mars 2016

Face à une forte croissance depuis trois ans, la filiale de Thales experte en machines à froid a dû se réorganiser. En parallèle, plusieurs actions de diversification ont été lancées.
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Sait-on que le leader mondial de la cryogénie (qui se partage le marché avec la société israélienne Ricor) est niché à quelques encablures de l'aéroport Toulouse-Blagnac ? Filiale 100 % du groupe Thales, créée à Blagnac en 1989, Thales Cryogenie a, ces trois dernières années, multiplié ses activités par deux. Un véritable boom, vécu en toute discrétion par cette société qui évolue dans le domaine de la défense.

Refroidissement à - 200º
Son coeur de métier ? Concevoir, produire et commercialiser des machines qui ont pour mission de refroidir à - 200°, de façon continue, les détecteurs infrarouge (puces principalement) utilisés en majorité dans les caméras infrarouge. Précision technique du président Marc Komorniczak : « Il faut que ces composants soient refroidis pour optimiser leur performance, en terme de qualité d'image et de distance de vision. » Une société soeur a été établie en Hollandequi fabrique ces machines mais sur des gammes de produits différents. Thales Cryogenie vend donc ces machines à froid aux fabricants de détecteurs infrarouge, qui eux vendent leurs produits aux fabricants de caméras dont le groupe Thales : l'ensemble des caméras de Thales sont équipées des systèmes de refroidissement de sa filiale toulousaine. Mais le premier client de cette dernière est Sofradir, société française leader en Europe en matière de détecteurs infrarouge. 
L'export fait aussi partie de son terrain de chasse, puisque Thales Cryogenie y réalise 40 % à 45 % de son chiffre d'affaires (70 % à 75 % indirectement, au travers de Sofradir). Depuis trois ans, la filiale du groupe Thales a dû faire face à une très forte croissance, passant de la vente annuelle de 2.500 à 3.000 produits jusqu'en 2012 à celle de plus de 6.200 produits en 2015. Soit une croissance de 20 % à 25 % par an. Un boom que Marc Komorniczak explique de deux manières : « Nous avons développé depuis 2012 une nouvelle machine qui a bien marché, avec une grande performance technique sur le temps de mise à froid sur le composant, et sur la consommation d'énergie. Cette nouvelle machine, ainsi que notre gamme totalisant six systèmes différents, ont été davantage sollicités sur un marché de l'optronique infrarouge lui-même en croissance dans le monde. » Et de rajouter : « Nous avons aussi pris des parts de marché à nos concurrents, dont l'Israélien Ricor, grâce à une force commerciale plus agressive, avec des percées sur l'export aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et en Asie. » 
Cette croissance de l'entreprise a évidemment impacté le personnel toulousain, qui est passé de 80 salariés en 2012 à 120 aujourd'hui. Des optimisations ont été instaurées en interne, le travail en équipes, des investissements en outillages et machines, une campagne de réorganisation industrielle... « Nous travaillons en flux tendu, sur le principe du lean depuis deux ans, ce qui augmente notre productivité vis-à-vis du client. »


Plus de diversification
2016 sera l'année de la stabilisation, avec une légère croissance prévue, de 3 à 5 %. Objectif : amplifier l'effort de diversification, qui s'est concrétisé en 2013 avec un « gros marché » gagné auprès d'un fabricant américain de systèmes de détection de gaz toxique, travaillant pour l'administration américaine - les produits de Thales Cryogenie sont en effet traditionnellement utilisées dans les caméras infrarouge par les armées ou les organisations paramilitaires. 
« Les systèmes de détection de gaz toxique sont une nouvelle application pour nous, confie le patron toulousain. Nous analysons actuellement les opportunités de marché sur une autre application, celle du refroidissement des circuits électroniques pour les systèmes de télécommunications. Ce sont des besoins qui vont apparaître dans trois ou quatre ans, sur un marché qui sera davantage dual, défense et civil. » 
Côté export, la filiale a dans son viseur le continent asiatique - Asie du Sud-Est notamment - où elle « n'est pas assez présente ». Un marché qu'elle compte séduire avec une nouvelle génération de machines à froid, présentées en avril 2015 lors du salon américain SPIE, qui ont pour caractéristiques une masse et un volume réduits de 45 % par rapport à ses machines actuelles. Forte de plusieurs brevets déposés en 2015, liés à la miniaturisation et au gain de consommation énergétique, cette machine sortira en 2017. Ses avantages ? « La caméra étant de plus en plus intégrée, par exemple dans des jumelles, sur des drones, etc. les besoins en miniaturisation augmentent », conclut Marc Komorniczak. Le produit d'un important effort de R&D sur les trois dernières années.

Thales Cryogenie
(Blagnac) 
Président : Marc Komorniczak 
120 salariés 
CA : NC 
CA du groupe Thales : 14 Mds€ 
www.thales-cryogenics.com

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