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Politique

Grand débat national : les chefs d'entreprise occitans avancent leurs idées

Par Paul Falzon, le 14 février 2019

La CCI Occitanie a organisé, cette semaine, la première manifestation impulsée par le monde économique régional, dans le cadre du "Grand débat national". Retour sur des échanges nuancés, où la demande d'une meilleure maîtrise des dépenses de l'Etat s'est doublée de propositions plus spécifiques aux entreprises.

Plus de 130 chefs d'entreprise ont répondu à l'appel de la CCI Occitanie pour contribuer au "Grand débat national", le 12 février 2019 à Blagnac.
Plus de 130 chefs d'entreprise ont répondu à l'appel de la CCI Occitanie pour contribuer au "Grand débat national", le 12 février 2019 à Blagnac. — Photo : © Paul Falzon / Le Journal des Entreprises

La salle de conférence de la CCI Occitanie était pratiquement comble, ce 12 février, pour le "Grand débat entreprises", organisée par la chambre consulaire. Trois thèmes avaient été retenus pour la soirée : les dépenses publiques, la fiscalité des entreprises et le coût du travail. Des échanges intenses, mais nuancés, ont permis d'aboutir à un certain nombre de propositions concrètes.

La question des dépenses publiques a plutôt fait consensus, avec une demande d'une optimisation des usages des deniers publics. « Nous sommes le pays qui redistribue le plus via la protection sociale, ce qui n'empêche pas la progression de la pauvreté », a souligné André Benhamou, président d'AB Business Industriel. « La Cour des Comptes est la seule juridiction qui ne peut pas prononcer de peines : elle pourrait identifier dans chaque région les best practices, comme on dit dans le monde de l'entreprise, pour les étendre à tout le territoire », poursuit un autre participant.

« Moins d'Etat, mais mieux d'Etat »

Les effectifs de la fonction publique ont plusieurs fois été pointés du doigt, avec notamment le regret du « manque de leviers de management pour motiver les agents ». Mais à la question posée par le président de la CCI Toulouse Haute-Garonne, Philippe Robardey, de savoir « à quoi les entreprises elles mêmes seraient prêtes à renoncer », le discours s'est nuancé. Le monde économique peut-il se passer des 5 milliards de fonds que lui verse directement l'Etat, sans parler des nombreux soutiens indirects ?

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Yann Barbaux, président d'Aerospace Valley, a rappelé que « la redistribution reste un outil important si l'on veut que l'Etat joue un rôle stratégique, par exemple pour développer les nouveaux métiers demandés par l'économie ». Poser la seule question des moyens ne suffit pas, a abondé Thierry Pédeloup, président d'Ethics Group, « il faut poser la question du sens et de l'ambition collective : notre société doit apprendre à vivre avec ressources limitées, et l'entreprise peut avoir un rôle fondamental dans cette réflexion ». L'enjeu, a résumé un autre participant, c'est « moins d'Etat, mais mieux d'Etat ».

« La CFE, une aberration française ! »

Sur la fiscalité des entreprises, un point a fait consensus : la lourdeur des impôts dits "de production" (CVAE, CFE, C3S...) qui s'appliquent aux entreprises avant même le premier euro de chiffre d'affaires. Un entrepreneur espagnol récemment installé à Toulouse témoigne : « La CFE (cotisation foncière des entreprises, NDLR), c'est une aberration française ! Surtout quand on voit les géants du numérique échapper à l'imposition puisqu'ils ne sont pas physiquement installés sur le territoire. » Ces impôts de production pèsent jusqu'à 3,2 % du PIB français contre 0,5 % en Allemagne, a confirmé Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, qui assurait l'animation du débat. 

Les débats ont été plus nuancés sur l'impôt sur les sociétés, les chefs d'entreprises toulousains prenant note de la baisse annoncée de l'IS, de 33 % à 25 % des bénéfices. Deux demandes ont émergé : une harmonisation européenne pour éviter le dumping fiscal, auquel se prêtent certaines multinationales, et un traitement différencié selon les tailles d'entreprise. « Peut-on traiter de la même façon les PME et les grands groupes, surtout quand ces derniers ont les moyens juridiques de faire chuter leur IS ? », a résumé un participant.

Une TVA sociale pour réduire le coût du travail ?

Dernier thème de la soirée, le coût du travail a fait l'objet de propositions plus consensuelles pour une baisse globale des cotisations patronales et salariales. Philippe Robardey a apporté son témoignage comme dirigeant de Sogeclair : « Nous sommes présents dans onze pays : dans 10 d'entre eux, les charges pèsent environ 25 % des coûts, en France nous sommes à 50 %. » Un autre chef d'entreprise a relancé l'idée d'une TVA sociale, « meilleur moyen de casser les dispositifs d'optimisation des grands groupes et, in fine, de réduire le coût du travail ». 

Une synthèse de ce premier "Grand débat entreprises" d'Occitanie doit être prochainement transmise à l’Elysée, avant deux autres rendez-vous planifiés par la CCI Toulouse Haute-Garonne et la Chambre des métiers de l'artisanat 31 ce 18 février à 18h, à Toulouse et Saint-Gaudens. 

Dans le cadre du Grand Débat national, Le Journal des Entreprises donne la parole aux dirigeants d'entreprise.
Dans le cadre du Grand Débat national, Le Journal des Entreprises donne la parole aux dirigeants d'entreprise. - Photo : Le Journal des Entreprises
Plus de 130 chefs d'entreprise ont répondu à l'appel de la CCI Occitanie pour contribuer au "Grand débat national", le 12 février 2019 à Blagnac.
Plus de 130 chefs d'entreprise ont répondu à l'appel de la CCI Occitanie pour contribuer au "Grand débat national", le 12 février 2019 à Blagnac. — Photo : © Paul Falzon / Le Journal des Entreprises