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Fram : Les raisons du fiasco

Par Jean-Pierre Marinot, le 04 décembre 2015

Chez Voyages Fram, comment en est-on arrivé à l'issue la plus dramatique pour une entreprise, la cessation de paiement ? Un actionnariat divisé et une faillite managériale, plus que la conjoncture, en sont les causes.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

En raccourci, quand on évoque la chute de Fram, on avance deux raisons : révolutions du « Printemps arabe » et guerre entre Marie-Christine Chaubet et Georges Colson, son demi-frère. Un groupe de salariés croisé au tribunal de commerce n’hésite pas à attribuer seulement 20 % des responsabilités à la conjoncture et les 80 % restants au management, au sens large.

Évacuons la conjoncture, toute la profession a été touchée et beaucoup ont su s’adapter. Fleuron du capitalisme familial jusqu’en 2003 et 2004 où il a connu ses premières pertes, Fram a souffert de la prééminence familiale. Selon un ancien cadre, le fondateur Philippe Polderman, sûrement visionnaire au départ, a manqué de doigté dans la gestion de sa succession : conservant jusqu’à sa mort à 88 ans, en 2006, la tête du conseil de surveillance, le patriarche n’a pas su imposer sa répartition des rôles. D’où les affrontements, à la dimension quasi psychanalytique, entre les deux successeurs putatifs.

Quel rôle pour Air France ?

Selon plusieurs ex-salariés, le rôle de la nièce de M. Colson, Marie Laurence Vieuille Féral (contrôleur de gestion depuis 1990 et présidente du directoire depuis 2014) a été néfaste, accordant son soutien tantôt à l’un, tantôt à l’autre, dans leur guerre pour le pouvoir. On pourra aussi s’interroger sur le rôle d’Air France avec ses 8 %. « Nous ne pouvons pas laisser Air France et des minoritaires jouer les arbitres » déclarait Marie-Christine Chaubet en 2010 alors qu’elle voulait acquérir les parts de Georges Colson. Selon M. Polderman, « mieux valait être la tête d’une sardine que la queue d’un cachalot... » et il a fait manquer, dans les années 2000, le virage de la redistribution des cartes du secteur en laissant passer le rachat du réseau Havas Voyages (pris par Thomas Cook) et à un degré moindre du tour-opérateur du nord de la France, Aquatour. D’où la création sous la houlette de Marie-Christine Chaubet du réseau en propre, Framagence, constitué « de bric et de broc » selon un salarié, sans véritables études stratégiques : un réseau qui a perdu beaucoup d’argent et dont seules 35 agences sur 51 seraient viables, selon un des repreneurs potentiels.

« On se demande à qui on doit s’adresser »

Toujours selon certains salariés, il y a depuis longtemps une rupture entre la base et les directions, même si chacun a sûrement un attachement à l’entreprise : là aussi le paternalisme social a touché ses limites, ces postes de direction étant en grande partie tenus par des personnes ayant atteint leurs limites : « on se demande à qui l’on doit s’adresser » soupire une salariée. Un constat qu’avaient très vite partagé les quatre dirigeants extérieurs, appelés en sauveurs, qui se sont succédé à la vitesse de l’éclair entre 2011 et 2014. C’est, en partie, ce qui a causé leur éviction car ils mettaient en cause les divers prés carrés familiaux : un rejet de solutions venant de l’extérieur qui prend presque la forme d’un suicide familial collectif alors que les chiffres s’emballaient dramatiquement !

Voyages Fram (Toulouse)

Dirigeante : Marie-Laurence Vieuille-Feral 560 salariés CA consolidé 2014 : 373 M€

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