Alpes-Maritimes

Innovation

Interview Wenaël Regnier (Sempack) : "Il y a un manque de culture industrielle innovante"

Entretien avec Wenaël Regnier, fondateur et dirigeant de Sempack

Propos recueillis par Olivia Oreggia - 13 juin 2022

Dirigeant depuis 2011 de la monégasque Semco, qui fabrique des emballages rigides, Wenaël Regnier a fondé Sempack en 2020 pour développer des packagings flexibles et recyclables. C’est à Roguez Village près de Nice qu’il a décidé d’implanter son usine en 2021. Si elle semble donc cocher toutes les cases, entre éco conception et réindustrialisation, Sempack se heurte à la difficulté d’être une start-up industrielle.

Wenaël Regnier est le fondateur et dirigeant de Sempack, fabricant d’emballages innovants et responsables
Wenaël Regnier est le fondateur et dirigeant de Sempack, fabricant d’emballages innovants et responsables — Photo : Olivia Oreggia

Depuis 2021, Sempack (15 salariés, CA : NC) dispose d’une usine de 350 m2 au sein de Roguez Village près de Nice, où sont fabriqués ses emballages innovants et durables. Quel a été le coût d’un tel projet ?

Entre l’usine et les machines, il faut compter près de 3 millions d’euros. Et ce n’est pas simple à financer ! Les start-up traditionnelles semblent "facilement" lever des fonds mais pour une start-up industrielle, c’est beaucoup plus compliqué. Il y a bien une émergence de fonds à impact mais ils sont dans une logique de suiveurs, ils s’attendent tous. Les business angels traditionnels n’ont pas toujours la même sensibilité quant au développement industriel. Il y a un manque de culture industrielle innovante.

Pourtant, la tendance est à la relocalisation et à l’industrialisation…

Pendant très longtemps, l’industrie était un peu un gros mot et maintenant qu’on décide de réindustrialiser, on a oublié ce que c’était. Quand j’ai repris Semco en 2011, l’entreprise réalisait 70 % de sa production d’emballage plastique en Chine. Aujourd’hui, j’ai réindustrialisé 70 % de la production en France, à Oyonnax (Ain), avec des partenaires qui jouent le jeu. Pour réindustrialiser, soit on réintègre des activités déjà existantes, soit, et c’est une des clés de l’avenir, on développe vraiment l’innovation mais cela a un coût avant d’être un prix, et ce coût-là, il faut le financer. Une start-up industrielle a besoin de soutien à long terme. Des collectifs se créent, comme les Forces Françaises de l’Industrie par exemple, mais il ne faut pas perdre de temps. Ma crainte est qu’à force de passer du temps à chercher des financements, on passe à côté du go to market (mise sur le marché, NDLR).

Où en êtes-vous justement du développement de votre activité ?

Nous avons démarré l’industrialisation et la commercialisation avec un premier grand client. On a désormais deux lignes. Nous avons développé nous-mêmes de nouvelles machines. Mais nous ne sommes pas qu’une start-up industrielle, nous voulons aussi créer une vitrine, une sorte de laboratoire de l’entreprise de demain. Nous avons mis en place une gouvernance sur la base de l’entreprise libérée. Nous sommes en cours de labélisation RSE. Et nous poursuivons l’intégration et la formation de la génération Y et Z, managée par nos seniors, pour rester dans une logique de transmission. Nous sommes une quinzaine à ce jour, avec plus de femmes que d’hommes. En parallèle, nous travaillons sur une levée de fonds.

Dédiés à l’alimentation, la cosmétique ou encore la pharmaceutique, les emballages Sempack se veulent une solution innovante face à la pollution plastique.
Dédiés à l’alimentation, la cosmétique ou encore la pharmaceutique, les emballages Sempack se veulent une solution innovante face à la pollution plastique. - Photo : Olivia Oreggia

Quel sera l’objectif de cette levée de fonds ?

Je ne préfère pas communiquer d’objectif chiffré à ce jour mais il s’agit de financer notre outil industriel. Nous sommes en train de mener une innovation technologique avec un nouveau brevet, qui entraînera une petite révolution dans l’univers de l’emballage, avec une nouvelle technologie qui intègre de l’ultra son et permet d’aller cinq fois plus vite. Il nous faut aussi financer des actions commerciales et marketing.

Quand j’ai démarré avec Semco en 2012 sur le plastique végétal, personne n’y croyait. On me disait que je n’y arriverais pas. Cela ne représentait qu’1 % du chiffre d’affaires, aujourd’hui, c’est 30 %. Mais nous avons pu, depuis, en démontrer les avantages environnementaux. Mais entre plastique bashing et green washing, on est en train d’égarer le consommateur, il faut donc faire de la sensibilisation, de la persuasion, de la communication… mais il est difficile d’être sur tous les fronts à la fois pour une start-up surtout que nous commençons à avoir des contacts en Allemagne, en Angleterre ou encore au Canada. Heureusement, nous avons un capital humain très fort.

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