Dieppe : L'EPR de Penly survivra-t-il à la présidentielle?

Par la rédaction, le 02 mars 2012

Candidat à l'élection présidentielle, François Hollande est jusque-là resté ferme sur son intention de ne pas aller au bout du projet de l'EPR de Penly. Pourtant, le président de la CCIT de Dieppe Dominique Garçonnet ne croit pas qu'un retour en arrière soit possible.
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Après l'euphorie suscitée par un débat public sans surprise mais riche de promesses pour les entreprises locales, l'approche de l'élection présidentielle apporte un vent glacial sur les côtes normandes, propre à rafraîchir les promoteurs les plus zélés de la cause de l'EPR de Penly3. Pressés par l'opinion publique de se positionner sur la question de l'avenir de la filière nucléaire en France suite au drame de Fukushima, les principaux partis politiques oscillent depuis entre sortie pure et simple de l'atome et fermetures programmées de sites en fin de vie. S'agissant des réacteurs dits de troisième génération (EPR), si l'avenir du site de Flamanville dans la Manche semble assuré malgré les retards et les surcoûts inhérents, celui de Penly paraît plus que compromis.




EDF joue la prudence

Le candidat socialiste et favori des sondages François Hollande l'a annoncé haut et clair: s'il est élu, le projet sera purement et simplement abandonné! Le maître d'ouvrage (EDF) sentant peut-être le vent tourner depuis quelques mois a très prudemment demandé dès octobre dernier à l'État de surseoir à l'enquête publique relative au décret d'autorisation de création de l'EPR de Penly3. Un choix justifié, explique EDF, par un dossier «incomplet» et des «équipes pleinement mobilisées sur les audits de sûreté en cours sur l'ensemble du parc nucléaire français». Du côté du gouvernement, si le Premier ministre lui-même s'était voulu rassurant il y a quelques mois de cela, relayé en cela par le préfet de région de l'époque Rémi Caron, rien n'a véritablement été fait depuis pour que les choses aboutissent rapidement; à l'inverse d'un autre dossier jugé, celui-là, hautement prioritaire: l'appel à projets pour l'éolien offshore dont les résultats doivent être annoncés avant le premier tour de l'élection présidentielle. Autre élément qui ne plaide pas en faveur d'une résolution rapide du dossier: le sous-préfet coordonnateur «du grand projet» de l'EPR de Penly3 n'a pas pris ses fonctions en fin d'année dernière, comme initialement prévu.




La confirmation faite par Nicolas Sarkozy en janvier2009 de la nécessité de construire après Flamanville un second EPR en Normandie avait suscité beaucoup d'espoir chez les entreprises de la région dieppoise. Emmenés par la CCIT de Dieppe, les sous-traitants de la mécanique se sont notamment réunis au sein du cluster Dieppe Meca-Energies avec en ligne de mire le projet de parc éolien offshore des Deux Côtes mais aussi et surtout les opportunités liées au gigantesque chantier de l'EPR -chantier prévu pour employer près de 3.000 personnes lors de son pic d'activité!


Mais même face aux incertitudes électorales qui pèsent sur ce dossier, le président de la CCIT de Dieppe Dominique Garçonnet ne désarme pas et affiche même volontarisme et sérénité: «La réalité mène toujours à la raison!», explique l'élu consulaire. «Aujourd'hui, il n'existe pas d'alternative suffisante pour remplacer la filière nucléaire. Et quel que soit le candidat élu à l'élection présidentielle, on ne pourra pas couper au fait d'aller jusqu'au bout de ce projet». Les choses sont allées trop loin, juge Dominique Garçonnet. Il ne fait aucun doute pour lui qu'au lendemain de l'élection présidentielle, «le projet reprendra sa marche en avant», quitte à ce que le candidat socialiste et ses alliés Verts «se déjugent!».

«Les rois du nucléaire»

Au-delà, pour le président de la CCIT, l'EPR reste un atout inestimable dans un contexte «où d'autres se désintéressent de cette filière et où nous pouvons devenir des fournisseurs incontournables». À défaut d'être des «rois du pétrole», Dominique Garçonnet verrait bien les Français jouer les «rois du nucléaire!» Le nucléaire, une spécificité nationale et régionale à laquelle Patrice Gault, le président de Dieppe Meca-Energies, tient tout particulièrement: «au-delà de l'EPR, il y a les perspectives des travaux de maintenance (décennale de Paluel) ainsi que les mises en conformité», suite directe de l'accident nucléaire de Fukushima. Des chantiers de plusieurs milliards d'euros sur lesquels le cluster travaille intensément.

«Un travail de transparence sur le coût réel du nucléaire»
Interrogé par «les Échos» au coeur de la primaire socialiste sur l'avenir de l'EPR de Penly, le président de la Crea et alors soutien de Martine Aubry, Laurent Fabius, avait déclaré que «si l'on va vers une sortie du nucléaire, il est alors logique d'y renoncer». L'avenir dira si le propos était plus prudent que prémonitoire.

En plein débat sur l'avenir du site nucléaire de Fessenheim, un rapport commandé par le ministre de l'Industrie Éric Besson et publié en février préconise de «s'interdire toute fermeture administrative d'une centrale qui n'aurait pas été décidée pour des raisons de sûreté». Rapport contesté, par ailleurs, mais qui place le
débat sur le terrain du coût de l'énergie avec ou sans le nucléaire. La bataille des chiffres est lancée! Au final, «il faudra faire un travail de transparence sur le coût réel de l'électricité nucléaire en France», tranche Claude Taleb, le vice-président EELV de la région.


Guillaume Ducable

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