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Événement

Michel-Edouard Leclerc/Gérard Mulliez : face-à-face amical entre deux géants de la distribution

Par Élodie Soury-Lavergne, le 02 juin 2017

Mi mai, le dirigeant du groupe E.Leclerc a animé le 100e déjeuner du Flandres Business Club, en compagnie de Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan.

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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

C'est le genre de rencontre qui n'arrive pas si souvent. Deux mastodontes de la grande distribution ont partagé mi mai la même table, à la Cité des Échanges de Marcq-en-Baroeul, le temps d'un déjeuner. L'un, s'appelle Gérard Mulliez. Il est le fondateur du groupe Auchan et à 86 ans, il n'a pas la langue dans sa poche. L'autre, c'est Michel-Édouard Leclerc, fils des fondateurs du groupe E.Leclerc, dont il est l'actuel dirigeant. Sollicité par le Flandres Business Club (FBC), un réseau d'affaires régional, Michel-Edouard Leclerc a accepté d'animer un déjeuner un peu particulier : le centième du réseau. Avec de tels invités, le Flandres Business Club a fait salle comble, comptant 680 inscrits parmi les dirigeants membres des quatre business club régionaux : Flandres, Hainaut, Artois et Audomarois. « Nous avons dû refuser plus de 200 personnes », souligne Olivier Talbert, fondateur et animateur de ce groupe de clubs d'affaires.

Montrer l'utilité des entrepreneurs

Il se destinait à être professeur ou journaliste... Michel-Edouard Leclerc est aujourd'hui à la tête du premier groupe de distribution en France, avec 20,9 % de parts de marché. Après quelques années de discrétion, il a choisi de revenir sur le devant de la scène : « J'ai pensé que votre club pouvait être pour ma part un premier pas dans le réinvestissement public, que j'ai mis de côté il y a 5 ou 6 ans. » Et d'expliquer ses motivations : « Le débat de la présidentielle a montré que le grand public a une méconnaissance totale des conditions économiques du pays. Le monde de l'entreprise n'a pas assez donné de sa personne pour légitimer son action. » Au cours de son intervention, Michel-Edouard Leclerc a donc brandi son bâton de pèlerin, incitant les quelque 700 dirigeants qui lui faisaient face à agir de même : « Le discours public du patronat ne peut pas porter exclusivement sur la lourdeur des charges sociales et fiscales. Il faut aussi parler de l'investissement sociétal que comporte la fonction entrepreneuriale : montrer que nous agissons pour créer de meilleurs services, de l'emploi, une meilleure nourriture dans notre cas, etc. Il faut montrer aux citoyens qu'ils ont des raisons de nous faire confiance quand nous demandons des baisses de charges et des ouvertures de marché ! ».

Un face-à-face amical entre concurrents

Une partie de l'intervention de Michel-Edouard Leclerc s'est déroulée en compagnie de celui qu'il surnomme amicalement "le lion du Nord", à savoir Gérard Mulliez. Et loin d'être un face-à-face entre concurrents, ce moment s'est révélé être un côte à côte amical. Il faut dire que les deux hommes se connaissent de longue date. Pour la petite histoire, le groupe Auchan doit une part de sa réussite aux Leclerc. Michel-Edouard Leclerc raconte : « A l'âge de 30 ans, Gérard Mulliez s'est rendu en Bretagne pour rencontrer mes parents, à leur domicile, où ils venaient de se lancer dans la distribution. Il était jeune, issu d'une famille d'industriels et cherchait à se lancer dans la distribution, dont mon père se faisait l'évangéliste ». Un brin taquin, Gérard Mulliez renchérit en souriant : « Édouard Leclerc m'a raconté l'histoire et c'est moi qui l'ai vécue ».

Deux groupes aux parcours différents

S'ils se sont croisés au début de leur histoire respective, les Leclerc et les Mulliez ont construit différemment leurs groupes de distribution. Gérard Mulliez a démarré directement avec le format hypermarché, qui s'essouffle aujourd'hui en France. Le premier est né à Roncq et le deuxième à Englos, deux ans plus tard. De leur côté, les Leclerc démarrent avec des petits magasins qu'ils agrandissent au fur et à mesure, en se structurant en coopératives de commerçants. Un format qui leur a réussi puisque le groupe E.Leclerc affiche en 2016 un chiffre d'affaires de 43,4 milliards d'euros avec 123.000 collaborateurs et 660 magasins. Mais ce succès concerne essentiellement le territoire français, Michel-Edouard Leclerc reconnaît que la coopérative est un format qui repose sur la proximité et rend donc compliqué le développement à l'étranger. Un état de fait auquel il compte remédier. De son côté, le groupe Auchan (CA 2016 : 52,8 milliards d'euros, 345.000 collaborateurs) est devenu avec son modèle le premier distributeur physique en Chine et un des leaders en Russie.

Le poids d'E.Leclerc sur les terres des Mulliez

Sans surprise, les magasins E-Leclerc sont arrivés tardivement dans les terres nordistes, déjà bien occupées par les magasins Mulliez. La coopérative Scapartois, basée à Tilloy-lès-Mofflaines, y a vu le jour en 1992. « C'est l'avant-dernière coopérative que nous avons créée en France », indique Michel-Edouard Leclerc. Cette coopérative nordiste compte aujourd'hui 41 hypermarchés, quelque 8.000 salariés et une part de marché de 14 % sur son territoire, loin derrière la part de marché nationale. L'expansion se poursuit d'ailleurs dans la région avec l'ouverture d'un 42e magasin à Herlin-le-Sec et d'un 43e à Samiez. Le groupe a également des vues sur le futur centre commercial Lillenium, qui s'étendra dès 2019 sur 30.000 m² à Lille, après un investissement de 70 millions d'euros.

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