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Santé

Interview Pierrick Lefranc (Ipsen Pharma Biotech) : « Nous réalisons des investissements jamais vus à Signes »

Entretien avec Pierrick Lefranc, président d'Ipsen Pharma Biotech

Propos recueillis par Hélène Lascols - 28 février 2019

Le groupe pharmaceutique Ipsen engage de lourds investissement pour agrandir son usine Ipsen Pharma Biotech, basée à Signes, dans le Var. Pour doubler son volume de production, le site mise aussi sur la motivation de ses salariés et s'appuie sur cela sur une démarche managériale qui sort des sentiers battus.

Pierrick Lefranc, président d'Ipsen Pharma Biotech
Pierrick Lefranc, président d'Ipsen Pharma Biotech — Photo : Ipsen Pharma Biotech

Le Journal des Entreprises : Ipsen Pharma Biotech est l’un des cinq sites de production du groupe Ipsen. Quelle part prend-il dans l’ensemble du groupe ?

Pierrick Lefranc : Ipsen est un groupe familial créé en 1929. Il est le troisième groupe pharmaceutique français, affichant un chiffre d’affaires global de 1,9 milliard d’euros et 5 400 salariés. Il est présent dans 120 pays, compte 5 sites de production et 3 centres de R&D. Ici, à Signes, le groupe emploie actuellement 260 personnes et 40 intérimaires. Nous réalisons 260 M€ de chiffre d’affaires.

Ipsen a d’abord produit des médicaments de médecine générale, comme le Smecta, avant de basculer sur des médecines de spécialité pour produire aujourd’hui des médicaments différenciés et innovants, spécialisés dans l’oncologie, les neurosciences et les maladies rares. Notre site Ipsen Pharma Biotech est spécialisé dans l’oncologie et les maladies rares. Nous produisons deux des produits-phares du groupe qui soulagent et améliorent la vie des patients atteints de cancer ou de maladie grave et nous allons prochainement intégrer la production d’un troisième médicament, qui pourrait devenir le futur meilleur produit du groupe.

C’est justement pour intégrer cette nouvelle ligne de production qu’un important chantier est en cours ?

P. L. : En effet. Baptisée Signes 2020, le chantier en cours sera une partie de la réponse, et il nous amène à réaliser des investissements jamais vus à Signes. Au cours des trois dernières années, nous avons investi en moyenne 20 M€ par an pour l’acquisition de nouvelles machines de haute technologie, pour répondre à la réglementation, et pour améliorer la sécurité des salariés.

« L’accroissement de notre production passe aussi par la motivation de nos salariés. »

Une enveloppe de 50 M€ sera consacrée au seul projet Signes 2020, qui vise l’édification de deux nouveaux bâtiments. Un bâtiment (le n°7) sera le « back-up » d’un bâtiment existant, dédié au produit numéro 1 du groupe, en croissance de 20 % par an. Nous allons aussi créer un centre de vie avec une cafétéria et notre site deviendra 100 % piéton. Notre site est celui pour lequel le groupe investit le plus et nous avons encore fait l’acquisition de 44 hectares au mois de décembre. Le chantier en cours nous offre une visibilité à 10 ans. En faisant l’acquisition d’un nouveau terrain, nous consolidons l’avenir de l’entreprise.

Signes 2020 n’est pas seulement un chantier. Expliquez-nous...

P. L. : L’accroissement de notre production passe aussi par la motivation de nos salariés, qui représentent le cœur de la machine. Ensemble, nous avons signé une charte, qui fixe différents objectifs à atteindre d’ici au 31 décembre 2021 : il s'agit de placer le patient au centre de nos actions (ce qui sort clairement de l’ordinaire pour un site de production), de doubler notre volume de production et d'augmenter notre profitabilité avec l’effectif actuel. Il s'agit aussi d'obtenir le prix Shingo d'or en 2020, 100 % de robustesse, zéro lot non-conforme, être la meilleure entreprise où fabriquer les nouveaux produits Ipsen, être dans le top 10 en matière de performance « environnement, hygiène et sécurité » parmi nos pairs.

Aujourd’hui, je suis fier de mes équipes - qui sont devenues plus ambitieuses que moi - car nous sommes en avance sur ce scénario. Pour envisager de le réussir, nous avons partagé les confiances et les craintes et ensemble, nous partageons depuis les résultats positifs, comme les résultats négatifs.

Vous avez évoqué le Shingo d’or. Quelle est cette certification ?

P. L. : Notre site a obtenu de nombreuses certifications internationales, ce qui nous permet de distribuer les produits fabriqués à Signes au Japon, aux Etats-Unis ou au Brésil. En matière d’énergie et d’environnement, nous sommes ainsi certifiés ISO 14001, ISO 50001 ou encore OSAS 18001. Nous visons désormais le Shingo d’or, la certification la plus exigeante au monde !

L’obtention du Shingo d’or est un voyage que nous avons commencé en 2013, un voyage dans lequel tous nos salariés ont embarqué, un voyage vers l’excellence. À ce jour, nous avons passé trois évaluations. En 2013, notre niveau a été évalué au niveau bronze : nous avions les outils, mais pas l’état d’esprit. En 2016, notre niveau a été évalué au niveau silver et en 2017, « The manufacturing Institute », un organisme habilité à délivrer le Shingo, a aussi évalué notre site au niveau silver. Désormais, notre objectif est de décrocher la certification Shingo d’or en 2020, ce qu’aucune entreprise française n’a réussi à ce jour. Pour espérer être les premiers, nous devons être excellents en termes de productivité, nous devons être en croissance au cours des cinq dernières années, notre qualité doit être irréprochable, nos salariés doivent être engagés à 100 %.

Un management original qui fidélise les salariés

À ce propos, votre politique managériale sort des sentiers battus. Racontez-nous.

P. L. : Pour réaliser nos objectifs et pour être une entreprise profitable, nous avons beaucoup misé sur nos salariés et nous avons commencé par enlever toute notion hiérarchique et par créer un comité de direction de 14 personnes, baptisé « site leadership transformation ». Nous avons aussi créé une charte de bienveillance (faire confiance, partager et apprendre chaque jour, être maître de ses résultats, tenir ses engagements, réussir ensemble), assortie d’indicateurs, qui révèlent par exemple que 87 % des salariés sont engagés dans la stratégie de l’entreprise, que 99 % d’entre eux ont confiance en leurs responsables et que 91 % sont confiants en l’avenir de l’entreprise.

« Un chiffre résume bien l’état d’esprit qui règne chez Isten : nous enregistrons un départ de salarié tous les trois ans. »

Mais l’innovation dont nous sommes peut-être le plus fiers et qui place régulièrement nos salariés sur le devant de la scène (dans les couloirs, les réalisations des salariés sont affichées sur "les murs des célébrités") réside dans notre boîte à idées pour gagner en efficience et concourir au bien-être au travail. En 2018, nos salariés ont ainsi généré 1 180 idées, dont 75 % sont mises en œuvre. Cette année, nous avons estimé que ces idées avaient permis de réaliser 2,7 millions d’euros d’économies.

Quels sont les bénéfices en termes de ressources humaines ?

P. L. : Ils sont énormes. Un chiffre résume bien l’état d’esprit qui règne chez nous : nous enregistrons un départ de salarié tous les trois ans. Les salariés sont très fiers de leur entreprise et cela se traduit par un esprit entrepreneurial très fort : ils font de l’usine dans l’usine. À travers quelques outils de management, nous encourageons l’imagination et les idées, nous encourageons les mobilités aussi et des salariés présents chez Ipsen depuis 25 ans ont l’impression d’avoir été embauchés hier !

Votre entreprise a récemment reçu le trophée RSE 2018 au niveau départemental, mais aussi au niveau régional. Comment s’incarne cette politique RSE chez Ipsen ?

P. L. : D’abord, notre politique managériale, en offrant bien-être et sécurité au travail, y concourt. Grâce à l’implication de tous, notre entreprise est profitable et donc pérenne. Nous sommes aussi une entreprise citoyenne et nous nous sommes ainsi engagés, en partenariat avec le Rugby Club toulonnais, à réaliser 7 défis dans l’année avec tous les salariés. Ces défis sont sponsorisés et les fonds ainsi collectés, reversés à l’association Le Rire Médecin, qui forme et emploie des clowns hospitaliers dans les services pédiatriques. C’est un exemple parmi tant d’autres. Chez nous, la RSE fait partie de notre ADN. Une telle politique ne coûte pas cher et motive les salariés de façon exponentielle.

Pierrick Lefranc, président d'Ipsen Pharma Biotech
Pierrick Lefranc, président d'Ipsen Pharma Biotech — Photo : Ipsen Pharma Biotech

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