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Pourquoi les négociations entre Peak6 et l'AS Saint-Etienne ont échoué

Par Gilles Cayuela, le 25 mai 2018

L'AS Saint-Etienne (ASSE) ne passera pas sous pavillon américain. Pourtant bien parties, les négociations avec le fonds d'investissement Peak6, représenté par Jérôme de Bontin, n'ont pas abouti. Explications.

Matt Hulsizer, fondateur de la société Peak6. — Photo : DR

"L'AS Saint-Etienne a décidé de cesser toute discussion et négociation avec le groupe américain Peak6. Les investissements prévus par Peak6 dans le club ne correspondent pas aux engagements pris de faire de l'ASSE un club pérenne et ambitieux. Les actionnaires actuels comme le club subissent un préjudice important liée à des engagements non tenus. Leur sentiment est que les valeurs historiques de l'ASSE n'ont pas été respectées."

Repreneur mais pas investisseur

C'est en ces termes que la direction de l'ASSE a justifié l'arrêt des négociations avec le fonds d'investissement américain fondé par Matt Hulsizer et sa compagne Jenny Just. Communiqué qui laisse à penser que Peak6 Investments L.P, qui pourtant dispose d'une surface financière importante - plus de 2 milliards de dollars gérés via sa filiale de conseil en placements Peak6 Advisors LLC - n'était peut être pas prêt à mettre le prix pour faire franchir un palier au club.

"Qu'un fonds d'investissement américain soit prêt à reprendre le club, oui ! Mais qu'il ait réellement la volonté d'investir 100 à 150 M€ supplémentaires pour permettre au club de viser plus haut, j'en doute, nous confiait la semaine passée une source anonyme proche du club. Saint-Etienne reste Saint-Etienne avec son potentiel économique et je pense qu'il y a une limite qui sera toujours bloquante. J'ai du mal à croire à l'arrivée d'un vrai investisseur. D'abord parce qu'on ne sait même pas si dans un an il y aura toujours un aéroport pour qu'il puisse se poser. Ensuite parce qu'un investisseur ne pourra pas devenir propriétaire du stade et qu'en termes de billetterie et espaces VIP il sera difficile de faire mieux que ce qui se fait aujourd'hui."

Bataille sur le prix ?

Un brin visionnaire, notre source nous avait aussi alerté sur la problématique du prix de vente du club, inévitablement impacté par les fameuses "limites économiques" du territoire. Le duo Roland Romeyer et Bernard Caïazzo semblaient en vouloir entre 70 et 80 M€ et le journal L'Equipe annonçait de son côté une possible vente aux alentours de 45 à 55 M€.

Suite à l'audit effectué par Peak6, il semblerait que l'offre de rachat ait été considérablement revue à la baisse. L'Equipe annonçant une proposition faite autour de 30 M€. Un prix sans doute beaucoup plus proche de la valeur réelle du club surtout quand on sait que l'investisseur n'allait pouvoir acquérir que 66% des parts (44% de Bernard Caïazzo et 22% Roland Romeyer) en déboursant une telle somme.

En effet, outre les 12% de l'association ASSE, qui détient le droit d'enregistrement du club dans le championnat de France, 22% des parts détenues par le sulfureux "troisième homme" Adao Carvalho sont pour l'heure gelées par la justice. Une situation délicate qui pour un investisseur peut être perçue comme une véritable épée de Damoclès.

La faiblesse du portefeuille d'actifs joueurs a sans doute aussi pesé dans la proposition faite par Peak6, qui dans une logique de revente et de plus-value, ne pensait pas être en mesure d'assurer une rentabilité suffisante à ses actionnaires.

Des vendeurs pas prêts à laisser la main

Côté américains, il semblerait que l'hyper-présence du tandem Caïazzo-Romeyer ait été perçue comme un problème. Le premier ayant clairement fait savoir qu'il souhaitait conserver une place dans l'organigramme et par conséquent à la Ligue de football professionnel "pour que l'ASSE ne perde pas son influence dans les instances".

"Si je reste, ce ne sera pas dans l’opérationnel, mais pour passer le flambeau. Pour le respect des valeurs, être proche des gens et aider dans la représentation du club auprès des partenaires financiers, industriels, des supporters, des collectivités…", avait pour sa part fait savoir Roland Romeyer dans les médias.

En se positionnant comme les gardiens du temple, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo ont semble-t-il irrité les Américains qui espéraient sans doute, de leur côté, avoir les coudées franches pour mettre en place leur projet. 

Quid du pôle d'investisseurs régionaux ?

Enfin, parmi les raisons qui peuvent expliquer l'échec des négociations, difficile ne pas s'interroger sur le rôle joué en coulisses par le pôle d'investisseurs régionaux qui, la semaine passée encore, planchait sur un projet de reprise du club.

Selon notre source, ce pôle d'investisseurs régionaux a trouvé "un peu cavalier la manière dont l'ASSE a signé de manière hâtive un accord de négociations exclusives avec Peak6". Une manière de laisser entendre que leur projet n'avait pas été vraiment étudié.

Après l'annonce de l'échec des négociations avec Peak6, ce projet porté par un certain nombre d'industriels et investisseurs régionaux pourrait donc reprendre du crédit.

Matt Hulsizer, fondateur de la société Peak6. — Photo : DR