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Un printemps capital pour le groupe Casino
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Un printemps capital pour le groupe Casino

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Le printemps, saison du renouveau ? C’est ce que souhaite ardemment la direction du groupe Casino. Engagée depuis novembre dans des discussions âpres avec ses créanciers, FRH, l’actionnaire majoritaire du distributeur stéphanois espère aboutir d’ici la fin du premier semestre 2026 à une nouvelle recapitalisation et restructuration de sa dette. Condition sine qua non à la poursuite de son plan de redressement "Renouveau 2030".

Philippe Palazzi, le directeur général de Casino lors de la présentation du plan stratégique "Renouveau 2028", qui a depuis été étendu à 2030 — Photo : Casino

Les jeux ne sont pas faits mais rien ne va plus chez Casino ! Passé en 2024 sous le contrôle de FRH, le véhicule d’investissement du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky et de Fimalac, la holding de Marc Ladreit de Lacharrière, le distributeur stéphanois joue son avenir dans les semaines qui viennent.

À l’heure où nous écrivons ses lignes, Casino (25 500 salariés) est engagé, selon bon nombre d’observateurs, "dans une lutte de poker menteur avec ses créanciers" pour tenter de renégocier sa dette de 1,4 milliard d’euros. Une dette que casino doit rembourser d’ici mars 2027. "Tant que le problème de la dette de Casino ne sera pas réglé, Casino restera fragile. À l’époque de Jean-Charles Naouri, le poids de la dette sur le chiffre d’affaires était de 19 % (6,4 milliards de dette pour 33,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, NDLR). À fin 2024, il est passé à 14 % (1,2 milliard de dette pour 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, NDLR). Cela n’a donc pas tellement bougé. Le problème reste donc entier pour Casino", estime un expert de la grande distribution, qui a préféré garder l’anonymat.

Un constat que n’est pas loin de partager le directeur général de Casino. Quand Philippe Palazzi prend la tête du groupe en mars 2024, il sait très bien que cette renégociation de la dette fait partie de sa feuille de route. "La dette du groupe avait été calibrée pour un périmètre intégrant notamment les hypermarchés et les supermarchés. La décision de céder ces activités, prise fin 2023 par l'équipe dirigeante précédente pour générer des liquidités, a modifié le profil du groupe. Dans ce nouveau contexte, le niveau de dette n'était plus aligné avec la taille et le chiffre d'affaires du périmètre restant, ce qui rend nécessaire cette restructuration financière", confiait en janvier Philippe Palazzi, lors d’une réunion informelle avec quelques journalistes.

Des négociations âpres avec les créanciers

Pour tenter de se donner un peu d’air, Casino a engagé, fin octobre, des négociations avec ces créanciers en vue d’une restructuration de sa dette. Courant novembre, FRH a fait savoir qu’il serait prêt à garantir une augmentation de capital de 300 millions d’euros. En contrepartie de cette recapitalisation, l’actionnaire majoritaire espérait convaincre ses créanciers de réduire sa dette à 800 millions d’euros (contre 1,4 milliard d’euros aujourd’hui), d’abaisser le taux d’intérêt de cette dernière de 9 % à 6 % et de repousser sa maturité à cinq ans après la validation de l’opération.
Une proposition qui a fait rire (jaune) lesdits créanciers, qui ont estimé "la proposition déséquilibrée, voire humiliante", nous indique une source. Ces derniers, soit une dizaine de fonds qui détiennent environ 30 % du capital, ont alors engagé un bras de fer avec Daniel Kretinsky, lui proposant non pas un abandon de créances mais de transformer une partie de la dette en capital. Une proposition qui, il y a encore un mois, impliquait la perte de contrôle du milliardaire tchèque à leur profit.

Vers un rapprochement des positions

Depuis, les positions des deux parties se sont rapprochées. Dans une proposition en date du 17 février 2026, rendue publique le 5 mars, FRH se propose de relever son apport d’argent frais de 300 à 390 millions d’euros et ouvre la voie à une augmentation de capital réservée aux créanciers de 542 à 575 millions d’euros "souscrite par compensation de créances".

En réponse à cette offre, les créanciers demandent, eux, l’injection de 400 millions d’euros dans le capital de la part de FRH et se proposent de transformer 510 millions d’euros de dette en capital pour l’obtention de 49,9 % de ce dernier. Dans ce scenario, Daniel Kretinsky (FRH) conserverait le contrôle de Casino avec 50,1 % du capital. La dette serait, elle, ramenée à 900 millions d’euros avec une maturité de 3 ans à partir de la réalisation de la restructuration "avec 2 ans d’extension à la main de l’emprunteur sous réserve du respect des engagements financiers", précise l’offre.

La répartition du capital pour enjeu

Le principal point d’achoppement reste la répartition du capital. Le milliardaire tchèque souhaiterait monter au capital entre 66 % et 72 % (contre 68 % dans sa proposition initiale). Les créanciers, eux, souhaitent que leur prise de risque soit plus justement récompensée pour atteindre 49,9 % des parts. "Les créanciers ont déjà consenti à ne plus prendre le contrôle du groupe contrairement à ce qu’ils demandaient au départ. C’est maintenant à Daniel Kretinsky de faire un effort", estime un observateur.

Le milliardaire tchèque, qui entend par ailleurs prendre le contrôle de Fnac-Darty, sera-t-il prêt à faire une telle concession ? Et dans ces proportions ? C’est tout l’enjeu de la poursuite des négociations que le groupe Casino entend voir aboutir sur un accord d’ici la fin du premier semestre 2026. Une date butoir qui sonne comme la dernière chance pour le distributeur de mener à bien son plan de redressement "Renouveau 2030".

15,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030

Présenté par la direction du groupe comme une extension du plan "Renouveau 2028" avec de nouveaux objectifs et non comme "un report du plan initial", ce plan de redressement doit conduire le distributeur stéphanois à un volume d’affaires de 15,8 milliards d’euros à horizon 2030 et un EBITDA de 644 millions d’euros (contre 111 millions d’euros en 2024). Un véritable bond en avant pour Casino, qui a généré seulement 8,26 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en repli brut de 2,5 % sur un an et en croissance organique de 0,5 % à périmètre comparable. Une performance en demi-teinte qui intervient après une réduction drastique du périmètre du distributeur, qui s’est délesté de près de 1 000 points de vente l’an dernier (cédés ou fermés).

Des franchisés qui quittent le navire

Parmi les magasins sortis du périmètre, les 83 supérettes sous enseignes Casino, Spar et Vival du groupe Magne. Un gros franchisé avec qui le distributeur stéphanois a décidé de mettre fin à sa collaboration arguant, dans un communiqué, "la volonté du nouveau Casino de privilégier la rentabilité plutôt que la recherche de parts de marché à tout prix".

En janvier 2025, le groupe Puig & Fils, gros partenaire de Casino avait déjà annoncé le passage de ses 92 supérettes Petit Casino, Vival et Spar chez la concurrence. "Quand de gros franchisés comme Magne et Puig & Fils quittent le navire, ce n’est pas bon signe", estime l’expert de la grande distribution.

Pour quasiment doubler son chiffre d’affaires à horizon 2030 tout en multipliant par près de 6 son EBITDA, Casino mise sur trois marchés clés : les courses alimentaires du quotidien, la restauration à emporter et les nouveaux services de la vie quotidienne.

300 millions d’euros d’investissement par an

Une stratégie qui repose sur un plan d’investissement ambitieux de plus de 300 millions d’euros par an (sur 2025-2030) pour moderniser ses magasins et déployer ses nouveaux concepts. Le distributeur prévoit notamment de rénover 100 % du parc de ses magasins Monoprix à horizon 2030, de déployer ses nouveaux concepts Casino et Spar dans 300 magasins avec l’ouverture de plus de 210 nouveaux magasins ou encore d’élargir le déploiement de son nouveau concept de magasin Franprix baptisé "Oxygène" à 800 magasins d’ici 2030 (soit 85 % du parc) avec l’ouverture de 200 nouveaux points de vente. L’ensemble des magasins Petit Casino, Casino Shop et Casino passeront, eux, sous la seule marque Casino dont le nouveau concept devrait être présenté dans les mois qui viennent, dans la Loire, berceau historique du groupe.

Problème, "sans abaissement du poids de la dette, Casino n’aura pas les capex (dépenses d’investissement de capital, NDLR) pour mener à bien sa modernisation. Lancer de nouveaux concepts, c’est bien mais il faut que cela marche et il ne faut pas le faire sur 10 magasins. Il faudrait aller plus vite", estime notre expert en grande distribution.

La course contre la montre est lancée pour le nouveau Casino !

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