Pierre Alloin : Chef d'entreprise à 120 %

Par la rédaction, le 09 janvier 2009

Pierre Alloin n'envisage pas la vie autrement que dans son costume de dirigeant. L'autodidacte a imposé son style au groupe caladois Firalp Sobeca, qui a triplé de taille depuis 1999. Claire Pourprix
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Lauréat national des Victoires des autodidactes 2008, Pierre Alloin n'est pourtant pas un homme de concours. Il est plutôt du genre discret, mais efficace. Intimidant sous son masque d'homme d'affaires expérimenté, il en impose par son charisme. Mais l'impression de froideur dégagée au premier abord par l'élégante silhouette ne résiste pas au premier sourire. La discussion peut s'engager. Et le chef d'entreprise a beaucoup à dire sur sa conception du travail, de l'engagement. C'est avec un BEPC en poche qu'il a quitté l'école, à 17 ans. En 1964, il crée les Transports Alloin. L'entreprise démarre avec trois véhicules pour transporter des fruits. En 1984, elle se positionne sur la messagerie. Tout récemment, le groupe a été repris par le suisse Kuehne+Nagel. «J'ai ressenti un pincement au coeur», confie Pierre Alloin. Pourtant, il a tiré un trait depuis longtemps sur les Transports Alloin, qu'il a quittés en 1999. Le groupe employait alors 1.200 personnes sur 25 sites. «Je voulais faire autre chose, j'ai donc demandé à prendre les pleins pouvoirs, ce qui m'a été refusé. J'ai été révoqué par le conseil d'administration. Ca fait un drôle d'effet quand on a été président toute sa vie... »




Décideur et entraîneur

Mais il ne connaîtra pas longtemps l'inactivité: trois semaines après, il reprenait Sobeca! Pendant deux à trois ans, il est «resté tranquille», à observer. En 2002, il a repris des actions pour atteindre 85% du capital de l'entreprise spécialisée dans la réalisation de réseaux secs et humides. Un fonds commun de placement a été créé pour les cadres, qui seront actionnaires à 15% à compter de cette année. Pour Pierre Alloin, détenir le pouvoir est fondamental: «Si l'on n'est pas seul, cela génère une certaine frustration. Être seul, c'est risquer de se tromper. Mais je préfère la deuxième solution!» La tempête de 1999, qui avait mis à bas le réseau électrique, a généré un surplus d'activité à la reprise de Sobeca. Depuis, le groupe a grossi fortement, sous l'impulsion de son président: il est passé de 90M€ de chiffre d'affaires et 900 personnes en 1999 à 300M€ en 2008, avec 2.800 personnes. Pour Pierre Alloin dirigeant, être chef d'entreprise relève du «sacerdoce»: il a dédié sa vie au travail. «Je ne sais faire que ça», glisse-t-il en souriant. Lever tôt, coucher tôt, alimentation saine sont des prérequis pour tenir le rythme. «Quand on veut tirer les autres, il faut faire un effort physique supplémentaire pour être en forme.» S'il reconnaît que le travail prend «120% de son temps», il ajoute aussi que c'est un choix et toujours un réel plaisir. À 65 ans, Pierre Alloin n'a pas l'intention de quitter la direction de son groupe. Mais tout est organisé en cas de départ. Quant à ses trois enfants, il préfère qu'ils «acquièrent leurs lettres de noblesse à l'extérieur.» Ils auront alors toute la légitimité pour prendre part à la destinée de l'entreprise familiale s'ils le désirent.




Attachement à la terre

Très attaché à sa région, Pierre Alloin est élu à la CCI de Villefranche-sur-Saône depuis 1989. Président de la chambre de 1997 à 2004, il lui a inculqué une certaine culture de l'entreprise, des valeurs managériales. À la fin du mandat, il quittera la CCI. Sans pour autant délaisser son implication sur le territoire, puisqu'il préside la société HLM de Villefranche. «C'est une façon de savoir ce qui se passe dans toutes les couches sociales. Professionnellement, c'est aussi le moyen d'être informé de tous les problèmes du bâtiment.»




La vie de château

L'amateur de vieilles pierres s'est porté acquéreur, en 2006, du château de Lachassagne, près d'Anse, et de son vignoble. Non pas pour y habiter avec sa famille, mais pour y installer le siège du groupe. 60 personnes ont pris possession des 2.000m² de planchers, qui comportent aussi des installations propices aux réunions et à la formation. «Je pense qu'il est important de travailler dans un cadre agréable. C'est aussi une façon de donner une certaine notoriété à l'entreprise.» Et de signer un acte en faveur du territoire beaujolais, qu'il affectionne. Le vignoble, en fermage, est d'ailleurs prometteur: Pierre Alloin s'est associé avec un professionnel du vin pour produire un vin, blanc notamment, de très bonne qualité. Toujours ce souci d'être le meilleur...

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