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Biom’Up, sur orbite américaine

Par Pierre Tiessen, le 14 février 2018

La biotech rhodanienne change de braquet après avoir reçu fin 2017 l’approbation de la FDA (Food & Drug Administration) pour son produit phare : l’Hemoblast.

Ce feu vert de l’administration américaine permet à Biom’Up, qui pour l’heure génère un modeste CA (moins de 4 millions d’euros), d’amortir de longues années de R&D. — Photo : Biom'Up

New-York dans le viseur. « Le marché US est enfin à portée de main », s’enthousiasme Etienne Binant, DG de Biom’Up. « C’est l’achèvement de notre stratégie de développement et le début, espérons-le, d’une belle aventure commerciale ». Un nouveau départ donc pour cette biotech de Saint-Priest (69) qui a reçu en décembre l’approbation de la FDA (Food & Drug Administration) pour son produit phare : l’Hemoblast. Une poudre hémostatique destinée à arrêter les saignements pendant les opérations chirurgicales. Et à révolutionner les usages en salle d’opération.

Outre son efficacité testée sur 412 patients admis en chirurgies cardio-thoracique, ce produit maison est en particulier reconnu pour sa rapidité d’utilisation. Quelques minutes suffisent pour que la poudre pulvérisée cautérise la plaie et stoppe l'hémorragie « là où il faut en moyenne 15 minutes pour les produits concurrents », assure le dirigeant.

Une avance technologique « différenciante » dixit, sur un marché estimé à 2 milliards d’euros, majoritairement générés sur le sol étatsunien. Le feu vert de l’administration américaine permet ainsi à Biom’Up, qui pour l’heure génère un modeste CA (moins de 4 millions d’euros), d’amortir de longues années de R&D. 

« Nous sommes 80 aujourd’hui, nous serons 120 en fin d’année ».

Des capacités de production « décuplées »

Cette ouverture sur le marché US oblige toutefois la biotech rhodanienne créée en 2005 à avancer son planning de « scale-up » (changement d’échelle, NDLR). « Nous attendions cette approbation pour cet été. Nous allons donc très vite devoir décupler nos capacités de production, ici à Saint-Priest », précise sa direction. « Nous sommes 80 aujourd’hui, nous serons 120 en fin d’année ».

Dans le même temps, ses équipes américaines – une dizaine de commerciaux actuellement – vont doubler. Cette montée en puissance qu’elle entend « mener au pas de charge », la PME l’avait anticipée en signant fin 2017 sa plus importante levée de fonds lors de son entrée sur Euronext. Un « ticket » record de 42,5 millions d’euros (alors qu’elle visait initialement 33 millions d’euros), complété par 17,3 millions d’euros de dettes transformées en actions. Au total, ses fonds propres ont ainsi été renforcés de 60 millions d’euros (voir encadré ci-contre). « Nous arrivons armés pour attaquer le marché US », se félicite Etienne Binant. Ce dernier a par ailleurs décidé de lancer une nouvelle augmentation de capital de 40 millions d'euros, dont la première tranche (pour un total de 16 millions d'euros auprès des actionnaires historiques de l'entreprise) a été finalisée mi-février. 

Etats-Unis / Europe : même tempo

Pas question pour autant de tourner le dos au Vieux Continent. Le lancement commercial « full speed de notre Hemoblast – que nous espérons effectif fin 2018 – sera harmonisé entre les Etats-Unis et l’Europe », précise ce dernier, qui note une convergence des pratiques chirurgicales des deux côtés de l’Atlantique. « C’est donc important d’être sur le même tempo entre les deux continents ».

Les équipes de Saint-Priest vont également concentrer leurs efforts à l’amélioration du produit et à la possibilité d’élargir la gamme d’hémostase actuelle. Autre sujet en cours : l’autorisation - sur le marché US toujours - de l’Hemoblast en chirurgie minimale invasive. « Ce qui nécessite un ajustement du produit », explique le DG de Biom’Up.

La PME devrait en revanche abandonner son programme de production et de commercialisation d’une gamme de produits collagènes. Un programme qui lui assure jusqu’alors l’essentiel de son CA. Et ce pour éviter tout « effet de dispersion », appuie Etienne Binant. 

L’homme qui vaut 100 millions d’euros

Propulsé en 2014 à la tête de Biom’Up – dirigée alors par ses co-fondateurs – Etienne Binant a transformé cette PME dispendieuse en R&D (plusieurs millions d’euros par an) en une « riche » et confortable biotech cotée sur Euronext. Depuis son arrivée à Saint-Priest, ce jeune quadra a en effet bouclé 3 augmentations de capital, pour un total de quelque 100 millions d’euros ! Et placé Biom’Up aux portes du marché US. Sa recette ? « Aucune », jure-t-il. « Mais il est vrai qu’avant mon arrivée, il manquait sans doute quelqu’un pour incarner l’entreprise. Ce que j’ai fait. Nous avons par ailleurs la chance d’avoir un excellent produit ».

Ce touche-à-tout – qui a autrefois administré le réseau des MJC franciliennes et créé le cabinet de conseils Global SAS – promet de rester à la barre de Biom’Up, au moins jusqu’au lancement commercial de son Hemoblast. « C’est une étape essentielle. Partir maintenant serait irresponsable ».

Ce feu vert de l’administration américaine permet à Biom’Up, qui pour l’heure génère un modeste CA (moins de 4 millions d’euros), d’amortir de longues années de R&D. — Photo : Biom'Up